10 faits fascinants sur le temps
La liste

Jean-Philippe Lepage
Au moment où l’on s’apprête à reculer nos horloges, prenons quelques instants pour nous intéresser à la notion du temps. Ce concept universel, qui régule autant la marche du monde que la vision que l’on s’en fait, est source de faits aussi intéressants qu’étonnants. En voici 10 exemples.
Nos journées auraient pu avoir 60 heures
La longueur d’un jour était bien plus courte dans le passé que les 24 heures que l’on connait. Il a été estimé que, lors de la formation de la Lune, il y a 4,5 milliards d’années, la durée d’un jour était de moins de 10 heures. Lorsque la photosynthèse est apparue, il y a environ 3,5 milliards d’années, elle était de quelque 12 heures. Quand les premiers coraux se sont formés, il y a 500 millions d’années, elle était de 21 heures. L'attraction exercée par la Lune sur la Terre ralentit la rotation de notre planète, et ce ralentissement se traduit par une augmentation de la durée des jours qu’on évalue aujourd’hui à 1,7 milliseconde par siècle. Toutefois, selon une étude de scientifiques de l’Université de Toronto, cet allongement régulier aurait été interrompu il y a environ 2 milliards d’années. À ce moment, une marée atmosphérique provoquée par le Soleil aurait contrebalancé l’effet de la Lune, et ce, pendant près de 1,5 milliard d’années. Résultat: durant tout ce temps, la vitesse de rotation de la Terre a été stabilisée pour qu’une journée ne dure que 19,5 heures. Selon l’astrophysicien Norman Murray, un des chercheurs ayant collaboré à cette étude, sans cette pause d’un milliard d’années dans le ralentissement de la rotation de notre planète, notre journée actuelle de 24 heures s’étendrait sur plus de 60 heures!
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Quand le Soleil fait la grasse matinée
Pour favoriser l’unité du pays, la Chine a adopté l’heure normale de Pékin, seul fuseau horaire du pays, qui s’étend sur quelque 5000 km d’est en ouest. Cela fait toutefois en sorte que, dans des villes comme Urumqi, à l’extrême ouest du pays, le soleil ne se lève pas avant près de 10 h durant l’hiver et il se couche à minuit en été.

Nous ne voyons pas le monde en temps réel
On pense généralement que nos yeux sont comme des caméras et que notre cerveau nous transmet une image du monde tel qu’il est de façon instantanée. Or une étude de chercheurs de l’Université d’Aberdeen et de l’Université de Californie à Berkeley a récemment dévoilé que, plutôt que de percevoir le monde en temps réel, notre cerveau créé une sorte de moyenne des 15 dernières secondes. Pourquoi fait-il cela? Parce que se servir de ces 15 secondes lui permet de synthétiser le flux d’informations qu’il reçoit pour créer une image visuelle plus lisse, cohérente et fluide de notre environnement. De là à suggérer que nous vivons dans le passé, il n’y a qu’un pas!

Nos calendriers sont réutilisables
Lorsqu’on s’attarde à notre calendrier, on remarque vite qu’il ne peut commencer que de sept façons différentes: l’un ou l’autre des sept jours de la semaine. En prenant en compte le fait qu’on a un calendrier de 366 jours pour les années bissextiles et un de 365 jours pour les années non bissextiles, on arrive vite à la conclusion qu’il existe 14 calendriers qui sont donc condamnés à se répéter. Ceux-ci reviennent selon un cycle de 28 ans au cours duquel les calendriers ordinaires se répètent trois fois chacun. Bref, si vous avez un calendrier de 2015, de 2009, voire de 1998 qui traîne au grenier, il servira à nouveau en 2026!

Une vie équivaut à 0,23 seconde cosmique
On estime que l’Univers a environ 13,8 milliards d’années. À la fin des années 1970, l’astronome américain Carl Sagan a popularisé son concept de calendrier cosmique, qui met l’humanité en perspective en compressant les événements clés de l’histoire de l’Univers. Si le Big Bang, premier événement du calendrier, survient le 1er janvier, la formation de notre système solaire, elle, n’arrive pas avant septembre, et la vie multicellulaire, en décembre! Les dinosaures font leur apparition le 25 décembre et disparaissent le 30. Nous, les humains, faisons notre apparition le 31 décembre à 23h52! Dans ce calendrier, chaque seconde équivaut à environ 435 ans. À l’échelle cosmique, une vie humaine dure donc quelque 0,23 secondes.

À l’origine de nos 24 fuseaux horaires: un train manqué
Avant l’établissement d’un système de fuseaux horaires, le temps solaire rythmait la vie des localités, où midi coincidait avec le moment où le Soleil atteignait son zénith. En conséquence, l’heure variait en augmentant de 1 minute tous les 18 km, d’ouest en est. Ainsi, dans la deuxième moitié du XIXe s., l’Amérique du Nord comptait pas moins de 144 fuseaux horaires! Cela ne posait toutefois pas de problème, jusqu’à ce que le développement des chemins de fers s’intensifie. Cette multitude d’heures municipales pose alors un grave danger, puisque deux trains suivant des références horaires différentes pouvaient se trouver à rouler l’un vers l’autre sur la même voie, en plus de devenir un casse-tête pour les voyageurs en correspondance. Un jour, après une longue attente à la suite d’une méprise sur un horaire de train, l’ingénieur canadien Sanford Fleming en vient à défendre le concept de fuseaux horaires, préconisant la division de la planète en 24 fuseaux horaires, chacun correspondant à 15 degrés de longitude, en commençant par le méridien de Greenwich. Il jouera un rôle déterminant dans la convocation d’une conférence mondiale sur le sujet, en 1884, au cours de laquelle 25 pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie adoptent son système international d’heure normale, dont on utilise aujourd’hui une version modifiée.

Notre tête veillit plus vite que nos pieds
Rassurez-vous, personne n’a encore vu un humain d’un certain âge avec des pieds d’enfant, cette différence étant beaucoup trop faible pour être perçue. Grâce à la précision des horloges atomiques, des scientifiques ont démontré, il y a déjà des décennies, que le temps passe plus vite à plus haute altitude, un phénomène qu’Albert Einstein avait expliqué dans sa théorie de la relativité générale. Or, grâce à l’évolution de la technologie, la précision de ces horloges ne cesse de s’améliorer. Ainsi, en 2010, des physiciens de l’Institut national américain des normes et de la technologie (NIST) ont pu mesurer cet effet sur une distance de seulement 33 cm, l’équivalent d’environ deux marches d’escalier. Cela leur a permis de calculer que, au cours d’une vie de 79 ans, cette différence est de seulement d’environ 90 milliardièmes de seconde — à titre de comparaison, le clignement d’un œil dure entre 100 et 150 millisecondes. Bref, bien que cet écart soit infime, il permet tout de même d’affirmer que notre tête vieillit plus vite que nos pieds.

Heure normale permanente ou heure d’été à l'année?
Depuis quelques années, la question d’abandonner le changement d’heure est largement discutée, et ce, tant au Québec qu’en Europe ou aux États-Unis (les deux pays les plus peuplés de la planète, la Chine et l’Inde, ne changent pas d’heure). Le gouvernement du Québec a consulté les Québécois à ce sujet à l’automne 2024. Il en est ressorti que 91 % des répondants souhaitaient le cesser et que 72 % souhaitaient conserver l’heure d’été tout au long de l’année. À ce sujet, le ministre Jolin-Barrette a déclaré: «Des réflexions et des consultations supplémentaires sont nécessaires pour s’assurer de prendre la meilleure décision pour les citoyens. La volonté des Québécoises et des Québécois de mettre fin au changement d’heure est très claire et soyez assurés qu’elle guidera la suite de nos travaux dans ce dossier.» Il faut savoir que cette pratique a notamment été adoptée pour économiser l’énergie, notamment pour la lumière et le chauffage. Or, les revues des études scientifiques, qui résument l’ensemble des articles publiés à ce sujet, concluent qu’on ne peut pas démontrer un effet positif sur la consommation d’électricité annuelle ou estiment cet effet comme étant une réduction très modeste. De plus, des études ont montré que le changement d’heure perturbe les cycles de sommeil, ce qui peut affecter la santé tant physique que mentale. Certaines recherches ont dénoté une augmentation du nombre de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) liée à ce changement. D’autres études ont par ailleurs observé une augmentation des accidents de la route au cours des premiers jours suivant un changement d’heure. Des accidents dont des piétons sont souvent victimes. En revanche, plaident nombre d’acteurs du milieu de la santé, un passage à l’heure normale de façon permanente pourrait notamment permettre de prévenir les risques accrus de diabète, de maladies cardiaques et de dépression que les études associent à l’heure d’été.

Une seconde en moins, un nouveau bogue de l’an 2000 en plus?
Comme on l’a vu plus tôt, en moyenne, et depuis quelques milliards d’années, les jours terrestres s’allongent parce que la Terre ralentit légèrement d’année en année. Par ailleurs, on a longtemps définit la seconde en termes astronomiques, comme étant la 86400e partie du jour solaire moyen (le temps que la Terre met à faire un tour sur elle-même). Puis, en 1967, lorsqu’on a commencé à mesurer le temps avec des horloges atomiques, la durée d’une seconde a été fixée à 9 192 631 770 vibrations d’un atome de césium 133, ce qui veut aussi dire qu’une journée est composée de 86 400 de ces secondes. Toutefois, étant donné que les jours s’allongent, la seconde astronomique s’est progressivement allongée par rapport à la seconde atomique. Pour compenser ce phénomène on a commencé, à partir de 1972, à ajouter occasionnellement une seconde intercalaire, soit une seconde supplémentaire, à la fin d’un jour atomique (27 de ces secondes ont été ajoutées depuis). Aujourd’hui, dans notre société ultra-informatisée où le temps fait l’objet d’un chronométrage précis (pensez aux systèmes qui régissent le trafic aérien ou les échanges boursiers, entre autres), cette opération est un véritable cauchemar technique, à tel point qu’après des années de négociations, on a récemment décidé d’abandonner la seconde intercalaire d’ici 2035. Or, plus ironique encore, il semble que la rotation de notre planète se soit accélérée au cours des cinq dernières années, et il est maintenant question de supprimer une seconde d’ici 2035. Et, comme cela n’a encore jamais été fait, les préoccupations concernant cette seconde intercalaire négative sont encore plus grandes. On parle même d’un drame similaire à celui du fameux bogue de l’an 2000. Reste à espérer qu’il se terminera de la même façon, soit avec plus de peur que de mal.

Les Suédois ont vécu un 30 février
Lorsqu’il a été instauré par le pape Grégoire XIII, en 1582, le calendrier grégorien est venu corriger le décalage du calendrier julien. Toutefois, certains pays, comme la Suède, ont longtemps hésité à suivre cette réforme imposée par l’Église catholique romaine. Celle-ci a attendu jusqu’en 1700 pour l’adopter, et plutôt que de supprimer d’un coup les jours nécessaires pour s’aligner, elle a choisi de faire une transition progressive en éliminant les 29 février des années bissextiles entre 1700 et 1740. C’était toutefois compter sans l’éclatement de la grande guerre du Nord, un conflit entre puissances du nord de l’Europe qui allait durer plus de deux décennies. Très occupé par la guerre, le pays a alors oublié d’appliquer son calendrier de transition. De plus, en 1711, les Suédois ont décidé de revenir au calendrier julien, et, pour recoller au calendrier de Jules César, il fallait ajouter une journée quelque part. C’est ainsi que le mois de février 1712 en est venu à compter 30 jours dans ce pays, le seul à avoir connu un 30 février dans l’histoire. Par ailleurs, il faudra attendre jusqu’en 1753 pour que les Suédois rattrapent le Soleil en adoptant le calendrier grégorien — cette année-là, leur calendrier est passé d’un coup du 17 février au 1er mars.