2022: annus horribilis

Denise Bombardier
Certains se souviendront que cette expression en latin a été utilisée par la reine Elizabeth dans un discours, il y a trente ans, alors qu’elle célébrait ses quarante ans sur le trône d’Angleterre. Elle faisait référence à l’incendie qui venait de dévaster une partie du château de Windsor, mais également au divorce de la princesse Anne et aux révélations scandaleuses concernant le mariage de la princesse Diana avec le prince Charles.
Mais revenons au Québec. L’année 2022 devait marquer la fin de la pandémie, qui nous a tant bouleversés et divisés à cause des antivax, des manifestations anti-mesures sanitaires et du militantisme à tout crin des complotistes.
Or, avant même que la pandémie disparaisse, nous assistons, traumatisés comme le reste du monde, à l’invasion et à la destruction de l’Ukraine par Poutine, l’émule de Staline qui veut rétablir l’empire soviétique. Il méprise la démocratie occidentale et ses droits de la personne et n’a cure dans sa vision impérialiste de la souveraineté des peuples.
- Écoutez l'édito de Denise Bombardier à l'émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 8 h via QUB radio :
Péril
Cette guerre que la Russie, la plus grande puissance nucléaire du monde, a déclarée unilatéralement nous met tous en péril. Et les spécialistes les plus compétents de la Russie moderne sont en général très inquiets pour la suite. Donc, l’annus horribilis se poursuit.
Au Québec, nous sommes dans une année électorale qui se terminera début octobre. Étant donné que les élections ont lieu à date fixe, il est impossible d’en déroger. Plusieurs Québécois souhaiteraient éviter une campagne électorale qui risque de nous diviser encore plus. Nous en avons assez avec la pandémie et le climat délétère d’affrontements qui nous touche tous.
Les sondages sont toujours aléatoires, mais celui effectué par Mainstreet pour le compte des compagnies pétrolières et publié en fin de semaine a de quoi nous surprendre. Selon le sondage, la CAQ obtient 36 % des intentions de vote, le PLQ 17 %, QS 16 % et le PQ 7 %. Mais le Parti conservateur d’Éric Duhaime récolterait 24 %, un bond de 11 % en l’espace de quelques semaines.
Opposition conservatrice
Si on imagine le pire, le gouvernement Legault serait réélu avec une majorité de sièges, mais le PCQ aurait une chance de devenir l’opposition officielle s’il réussissait à percer en dehors de quelques circonscriptions autour de Québec.
Ce dont on est assuré, c’est qu’il existe une proportion non négligeable de Québécois francophones, dont des antivax, des conspirationnistes, des fans de Trump et des sans étiquette, qui estiment que tous les politiciens sont des pourris et des corrompus. Ceux-là profiteront de la campagne électorale pour antagoniser les candidats.
Il faut s’attendre à vivre une campagne électorale dure et pénible où nombre de candidats pratiqueront l’attaque personnelle, comme on l’a expérimentée à l’Assemblée nationale et lors des dernières manifestations des camionneurs et autres antitout.
Donc, l’annus horribilis s’étendra jusqu’à l’automne. Le climat politique sera lourd à n’en point douter. À l’image des bagarreurs, des idéologues et des insulteurs qui parasitent la vie sociale et qui rejettent les règles faisant de la démocratie un système qui fait encore place – mais pour combien de temps ? – au respect, à la politesse et à une correction langagière.