Rosemont–La Petite-Patrie : 24 ménages face aux rénovictions

Martin Cardinal, Gladys Osorio et Omar Tadjer
Martin Cardinal, Gladys Osorio et Omar Tadjer Clara Loiseau / JdeM
Photo portrait de Clara Loiseau

Clara Loiseau

2021-05-10T23:39:29Z

Des résidents de deux bâtiments abritant 24 logements abordables dans Rosemont–La Petite-Patrie sont menacés d’éviction alors que le quartier connaît une hausse historique des rénovictions.

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«Avec mon mari, ça fait 26 ans qu’on reste ici. On ne pensait pas déménager, on voulait vivre ici jusqu’à la fin. [...] Là, on va faire tout ce qui est possible pour pouvoir rester», lance Gladys Osorio, une travailleuse du milieu communautaire âgée de 62 ans.

Mme Osorio et son mari font partie des 16 familles menacées d’éviction qui résident au 3255 et au 3265 rue Saint-Zotique et qui ont décidé de se battre pour garder leur logement.

En décembre dernier, les deux immeubles ont été acquis par l’entreprise CJM Saint-Zotique Property inc. Deux mois plus tard, l’ensemble des locataires recevaient une lettre pour les aviser que des travaux forceraient leur éviction pour plusieurs mois.

«Un vendredi soir, trente minutes avant le couvre-feu, on a un huissier qui est venu cogner aux portes pour nous donner les lettres pour nous dire qu’on doit quitter pour un minimum de 8 mois, avec une liste de 26 travaux et une somme dérisoire pour compenser», explique Martin Cardinal, un travailleur de la santé qui vit dans l’immeuble depuis 21 ans.

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Quelques semaines plus tard, certains résidents ont reçu des lettres leur offrant jusqu’à 5000$ pour résilier leur bail et les deux derniers mois de loyer gratuits.

Pour Omar Tadjer, technicien chez Vidéotron, qui vit ici depuis 3 ans, il est impossible de trouver un 41⁄2 dans le coin pour le même prix.

«J’ai essayé de chercher à gauche à droite, mais c’est presque minimum le double. Là je paie 759$ et sur la rue derrière ça passe à 1320$ avec le chauffage pas inclus», déplore-t-il.

Crainte

Mais cette histoire ne fait malheureusement pas exception dans le quartier, déplore l’organisateur communautaire du Comité logement Rosemont, Jean-Claude Laporte. 

Jean-Claude Laporte
Jean-Claude Laporte Clara Loiseau / JdeM

Depuis l’été dernier, 18 immeubles, soit 177 ménages, ont été la cible de rénovictions, une première historique, selon M. Laporte. Habituellement, on en recense entre 0 et 3 par an dans le quartier, dit-il.

«Ces promoteurs immobiliers n’en ont rien à faire des humains qui vivent ici, c’est juste “dehors qu’on fasse du cash”», lance-t-il.

Pour le député de Rosemont (Québec solidaire), Vincent Marissal, il faut que la situation du marché locatif, qu’il qualifie de «Far West», change au plus vite.

«En ce moment, le gouvernement Legault s’entête à ne pas voir l’évidence, mais moi je leur dis l’évidence elle est ici. [...] Ça suffit! Il y a 18 cas à Rosemont, il y en a combien comme ça au Québec?», demandait-il lors d’une conférence de presse organisée devant l’immeuble hier après-midi.

Il interpelle Québec et veut mettre en place un moratoire, un registre public des loyers et une taxe anti-flip pour éviter les rénovictions.

«Tout ça, ce n’est pas un remède parfait, mais ça fonctionnerait. Mais pour que ça fonctionne, il faut un ingrédient essentiel et c’est la volonté politique», ajoutait-il.

En attendant, les 16 familles continuent de garder espoir de pouvoir rester chez eux, dans leur maison.

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