3000 cas par jour en janvier si on se rassemble à Noël?
TVA Nouvelles
Les conséquences des réunions familiales du temps des Fêtes valent-elles le coup, surtout qu’elles risquent de provoquer une augmentation des cas de COVID-19 dès le mois de janvier?
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Les messages de plus en plus nombreux et défavorables à la mise en place de festivités se font entendre. L’Ontario qui, au prorata de la population, a moins de cas que le Québec, a interdit les rassemblements de Noël, sauf pour les personnes seules qui ont le droit de rejoindre un proche ou un ménage.
Pour le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), les rassemblements des Fêtes, dans l’état des choses actuel, n’en valent pas la peine, a-t-il plaidé en entrevue à l’émission de Mario Dumont.
«On est plus à risque encore que lorsque l’on s’est parlé la semaine dernière. Lorsqu’on s’est parlé, il y avait 1100 cas, hier, on a eu plus de 1400 cas de COVID, malgré les restrictions quand même relativement lourdes sur l’isolement social», a lancé d’entrée de jeu le médecin.

«Malgré deux mois de restrictions, on n’a pas réussi à faire d’autres choses que d’aplatir un peu la courbe et à peine l’infléchir», constate-t-il.
En plus d’une hausse des hospitalisations, la situation est particulièrement difficile au Saguenay–Lac-Saint-Jean où les ressources «sont à genoux, les gens sont débordés».
Selon le Dr Simon, la grande liberté que tous souhaitent à Noël ne pourra pas se concrétiser.
«On ne réussira pas à infléchir la courbe suffisamment, à réduire le taux de portance de la maladie dans la population pour se dire: on se récompense à Noël et au jour de l’An en se rapprochant un peu plus [...]. Ce serait célébrer une victoire alors qu’on ne l’a pas eue», insiste-t-il.
«Malheureusement, l’ennemi attend juste qu’on se relâche pour frapper un dernier coup, et ce sera un grand coup cette fois-ci. J’anticipe que la troisième vague pourrait être pire que les deux premières que nous avons traversées.»
Soulignant que le travail des politiciens est très difficile actuellement, il considère que la population ne devrait pas attendre leurs messages pour prendre les bonnes décisions afin de se protéger face au virus.
Il serait dommageable, selon lui, de voir des policiers intervenir lors de fêtes à Noël, tout comme il ne serait pas socialement acceptable de voir les cas exploser avec 3000-4000 nouvelles infections par jour après le temps des Fêtes.
«Est-ce qu’on veut vraiment d’une fête aseptisée avec les conséquences qui viendront après quand même? Je peux concevoir qu’il y a un enjeu de santé mentale, mais en même temps, avec la technologie qu’on a, il y a des façons de se parler!» ajoute-t-il en faisant référence à la visioconférence.
- Écoutez la professeure de psychologie en médecine du comportement Kim Lavoie sur l’adhésion des gens aux mesures sanitaires:
Personne n’est à l’abri
Par ailleurs, il insiste pour dire que bien des gens sous-estiment la maladie, qui ne touche pas seulement les aînés. Actuellement, dans son unité, les deux patients les plus malades ont moins de 60 ans.
Les cas de personnes qui refusent de croire à cette maladie sont aussi nombreux, même lorsque des proches deviennent malades.
«J’ai eu des gens qui même avec un tube dans la bouche, leur famille ne croyait pas que leur état était lié à la COVID-19. C’est malheureux, mais le déni va jusque-là. Vous savez, le déni, c’est un mécanisme de protection de l’humain. Lorsqu’on a peur de quelque chose, l’un des mécanismes que l’on a, c’est de nier que ça existe. Probablement que les dinosaures niaient que la météorite s’en venait, mais elle est arrivée quand même», illustre-t-il.
«On devrait repousser ce geste de solidarité [se voir pour les Fêtes] au prix de montrer la porte des soins intensifs à nos proches que l’on espère aimer [longtemps]», conclut-il.