4B Movement: ces femmes qui ne veulent plus des hommes en Corée du Sud

Léa Martin
Écœurées par la misogynie encore trop présente en Corée du Sud, des femmes ont décidé de ne plus se marier ou de faire d’enfants avec des hommes. Le mouvement, baptisé 4B, inspire d’autres femmes dans le monde.
4B réfère à quatre mots coréens qui débutent tous par le préfixe «bi», ou «non» en français. Le premier mot, «bihon», est le refus du mariage hétérosexuel. Le deuxième, «bichulsan», est le refus de l'accouchement. Le troisième, «biyeonae», est le refus des relations amoureuses et le dernier, «bisekseu», le rejet des relations sexuelles hétéros.
@denimchromosome also hilarious that the govt thinks just throwing money at pregnant ppl is gonna fix the problem instead of addressing the cutthroat lvls of competition, insane housing prices, misogyny, and the worst gender gap in OCED 😌 #fypシ #korea #4b ♬ original sound - jeanie
En gros, les femmes adeptes du mouvement ne voient plus de solutions pour faire évoluer les hommes coréens. Elles ont donc décidé de leur tourner le dos. Le mouvement, qui a pris de l’ampleur en 2023, s’est depuis fait connaître partout dans le monde, notamment grâce à TikTok.
Des inégalités qui persistent
En Corée du Sud, les inégalités entre les hommes et les femmes sont encore bien présentes: dans le monde du travail, à la maison, etc.
«La culture coréenne conservatrice continue de renforcer les rôles traditionnels genrés lors des réunions familiales, des mariages et des fêtes nationales, où les femmes sont censées préparer les repas et où il leur est interdit de participer à certaines activités lors des cérémonies commémoratives ancestrales», peut-on lire dans un article du Yale Journal of International Affairs.
Plusieurs femmes souhaitent garder leur identité et leur carrière en devenant mères, ce qui n’est pas toujours simple dans cette société parfois très conservatrice.
Jinwoo Park, un écrivain coréen basé à Montréal, se souvient de son arrivée au Canada à l’âge de 12 ans. «En Corée, les gens vont appeler les parents par le nom de leur enfant. Pour les pères qui travaillent hors du foyer, ils ont l’occasion d’être quelqu’un à leur travail où on les nomme par leur nom, mais pour les femmes, être la mère de quelqu’un devient leur identité à part entière», explique-t-il à 24 heures.
L’écrivain basé à Montréal se souvient également qu’en grandissant, la cuisine était une zone exclusivement féminine. «Les hommes n’ont rien à faire dans une cuisine», lui lançait sa grand-mère lorsqu’il voulait donner un coup de main.
Alors que le 4B Movement prenait de plus en plus de place sur TikTok, il a décidé de faire une vidéo qui référence des ouvrages sur le sujet afin d’expliquer un peu mieux au public occidental l'origine de ce mouvement et de la colère des femmes coréenne. Sa vidéo a eu plus de deux millions de vues.
Beaucoup de violences
Mais au-delà des traditions qui persistent, les violences contre les femmes sont répandues au pays.
En 2019, la Korea Women’s Hotline estimait qu'une femme sud-coréenne était assassinée tous les 1,8 jour. Une autre enquête réalisée en 2018 a révélé que la moitié des quelque 3000 répondants masculins avait des attitudes «anti-féministes».
Le nombre de femmes filmées sans leur consentement avec des téléphones intelligents a aussi été multiplié par 11 entre 2008 et 2017, rapporte Human Rights Watch.
Dans le monde du travail, les inégalités sont aussi encore bien présentes. En 2022, l'écart salarial entre les hommes et les femmes en Corée du Sud était en effet de 31,5 %, le plus élevé des États membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Au Québec, l’écart est d’environ 10% selon les chiffres de 2021 de l’Institut de la statistique du Québec.
C’est notamment à cause de ces violences et du climat économique incertain que beaucoup de jeunes Coréennes ne veulent plus avoir d’enfant. Le taux de natalité sud-coréen confirme cette tendance: en 2022, il était de 0,78 enfant, un des faibles au monde. En 2020, le taux de natalité était de 1,40 enfant par femme au Canada.
Un mouvement accusé de transphobie
Malgré sa popularité, le 4B Movement est critiqué par certaines féministes pour son manque de diversité et sa fermeture aux enjeux trans.
Jinwoo Park confirme le malaise du mouvement féministe en Corée du Sud vis-à-vis des enjeux LGBTQ+. Il se souvient d’une jeune femme trans qui avait été victime d’une vague de haine après avoir été acceptée en 2020 dans une école réservée aux femmes.
Le magazine The Cut rapportait également que certaines adeptes du mouvement 4B avaient été «rebutées par le fait que le mouvement se concentre sur les femmes cisgenres, à l'exclusion des femmes transgenres».