5 jours pour enlever un accent aigu: la maison des fous au pays d'Éric Caire


Rémi Nadeau
Avant, il suffisait de quelques minutes pour déremiser mon véhicule sur le site de la Société de l’assurance automobile du Québec le printemps venu. Mais cette année, grâce à l’authentification gouvernementale du ministère d’Éric Caire, il faudra... une semaine ! Récit d’une bureaucratie en folie.
Ayant fait mon devoir de citoyen informé, je me suis installé devant l’ordi, lundi, muni de mon avis de cotisation 2021, de mon permis de conduire et de ma carte d’assurance maladie. Je savais que dorénavant, je devais créer un compte et passer par la nouvelle étape de l’identification gouvernementale.
J’étais plutôt zen, malgré le déplaisir généralement ressenti lors du remplissage de formulaires.
J’entre les informations requises sur le site, je clique sur SUIVANT, mais la même page réapparaît avec une inscription en rouge : RENSEIGNEMENTS NON VALIDES.
Je revérifie. Tout a été bien inscrit. Je réessaie. RENSEIGNEMENTS NON VALIDES apparaît en rouge scintillant.
L’aventure
Je compose le numéro de téléphone d’aide, avec l’appréhension que l’on ressent à l’approche d’un rendez-vous chez le dentiste.
C’est Services Québec qui répond. Devant ma courte explication, le préposé me lance : « Puisque c’est à l’étape de l’authentification gouvernementale que ça bloque, je vous envoie à la SAAQ ».
Après un moment de patience relatif parsemé de notes de piano-de-ligne-en-attente, je réexplique ma situation du début.
Ai-je bien entré mes numéros d’avis de cotisation de référence, etc.
S’ensuit une période de réflexion, puis le préposé me renvoie à Services Québec, car « ce sont eux qui peuvent m’aider à me sortir de cette impasse ».
Re-période d’attente. Re-musique doucerette.
Le délai expire sur la page d’identification gouvernementale et je retombe sur SAAQclic où je dois recréer mon compte du début.
On finit par me répondre. Une nouvelle personne au bout du fil à qui je dois répéter mon histoire.
— Votre nom est bien écrit de la même façon sur vos documents ?
— Oui... eh... bien, sauf qu’il n’y a pas d’accent aigu sur la carte de la RAMQ et mon permis de conduire, là...
— Non, ça c’est normal, il n’y a jamais d’accent sur les cartes, me dit la dame qui, à bout de ressources, m’annonce qu’elle m’envoie à Revenu Québec, où il y a forcément un problème avec mon avis de cotisation.
Re-attente (celle-là plus longue). Re-concerto pour jour de pluie.
— Que puis-je faire pour vous ?
— Simonak, je dois recommencer l’explication du début, hein ?
— Comment puis-je vous aider ? Répète le fonctionnaire, qui sans être un robot, fait néanmoins abstraction de l’émotion que je viens de lui témoigner.
Gna-gna-gna, je répète une autre fois, plus rapidement, poussé par un instinct de qu’on-en-finisse.
Moment de vérité
Il repasse avec moi TOUTES les infos. Me REMET en attente. Piano poche.
— Vous avez un accent aigu dans notre dossier chez Revenu Québec.
— Oui, c’est clair, Rémi, c’est mon nom.
— Je suis sûr que c’est ce qui bloque le système, parce qu’il n’y a pas d’accent sur les permis de conduire et..
— Je sais, mais on me disait tantôt que ça ne devait pas causer problème. Bon, alors, vous me l’enlevez, l’accent, là ?
— C’est ce qu’on fera, mais il faudra attendre un délai d’au moins cinq jours ouvrables.
— C’est une blague ?
— Non.
— Mais-j’ai-besoin-de-mon-char-maintenant, dis-je, excédé.
— Vous pouvez prendre un autre véhicule..., me suggère le fonctionnaire, peut-être bien intentionné.
Après 50 minutes au téléphone, je vais donc attendre cinq jours ouvrables qu’on enlève l’accent de Rémi.
On n’arrête pas le progrès au Québec.