«À hauteur d'enfant»: Un documentaire sur la beauté de l'enfance
Dimanche 25 janvier 20 h, TQc
Julie Loiselle
Il aura fallu près de quatre années de récolte d’archives visuelles pour voir naître ce projet documentaire signé par Mélanie Carrier et Olivier Higgins. Parents de Béatrice et d’Émile, les cinéastes souhaitaient immortaliser les moments les plus précieux de l’enfance, loin du regard et des interprétations des grands. Présenté à Télé-Québec, leur film documentaire est à la fois doux, nostalgique et légèrement confrontant, alors qu'il s'interroge sur la perte du pouvoir d’émerveillement des adultes.
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Bien que le documentaire soit entièrement tourné vers les jeunes et leur univers, la présence des parents se fait sentir en filigrane. Les pauses narratives d’Olivier, souvent poétiques et propices à la réflexion, ponctuent le film. «Parfois, je crois à l’effet papillon. Que chaque petit mot qu’on se dit a peut-être une importance. Que chaque mot dur qu’on se crie a peut-être une importance. Que chaque histoire qu’on se raconte est là pour durer, se transmettre», entend-on dès les premières minutes, alors que défilent des images touchantes de Béatrice et Émile, d'hier à aujourd'hui.
Le film ne suit toutefois pas une chronologie linéaire, préférant naviguer librement d’une année à l’autre. Il s'ouvre sur l’effervescence de la rentrée scolaire, alors que parents et enfants, certains anxieux, d’autres, fébriles, se rassemblent dans la cour d’école. Émile, le cœur battant, entre dans l’établissement sous le regard attentif de ses parents. Du haut de ses trois pommes, il commence une vie qui, peu à peu, l'éloignera de ses parents. Combien d’expériences comme celle-ci devra-t-il vivre avant de devenir entièrement autonome? La caméra le suit alors qu’il découvre sa classe et sa nouvelle professeure, qui se présente en parlant de sa famille. Une question jaillit, spontanée, lancée par un camarade: «Pourquoi es-tu séparée?» Dans sa réponse parfaitement adaptée aux enfants, l’enseignante démontre l’importance d'adopter le point de vue des tout-petits pour expliquer les réalités des grands, sans masquer la vérité.
Premières fois
À plusieurs reprises, le documentaire attendrit le public: des yeux qui brillent devant un «livre magique», la fierté d’une réussite, les éclats de rire qui surgissent pendant les jeux... autant de petits moments chargés de sens pour ces enfants. L’un des passages marquants du documentaire est d'ailleurs une randonnée nocturne féérique, orchestrée par les adultes pour offrir un souvenir inoubliable à leur marmaille. Le groupe part à l'aventure au son de clochettes, à la recherche d’un message laissé par le père Noël. Lorsque la lettre est lue, l’euphorie est palpable.
Béatrice est particulièrement touchante, convaincue de l'existence de l’homme à la barbe blanche venu du pôle Nord. Le narrateur pose alors un regard juste et sensible sur les «premières fois»: les positives, comme celles qui nous plongent dans la magie des Fêtes, mais aussi les négatives. «Les yeux grands ouverts, on regarde, on écoute les récits de ceux arrivés avant nous. Des histoires fragiles. On les reçoit avec toute la curiosité du monde et la naïveté des premières fois. Il faudra sautiller pour décoder le monde et naviguer dans ce qui nous est raconté.»
Promesses d'avenir
À hauteur d’enfant accorde une grande place aux moments simples du quotidien, comme les cours en classe, les visites chez le dentiste, les repas parfois chaotiques ou encore les comptines murmurées en berçant bébé. Mais il propose aussi une réflexion sur ce que les adultes lèguent aux générations à venir, en particulier quand la famille Carrier-Higgins participe à une marche pour dénoncer le manque d’actions gouvernementales en matière d’environnement.
Les yeux remplis de points d’interrogation, Émile observe la scène, dont se détache notamment une femme qui scande un message confus. «Les grands ont-ils toujours raison?», semble-t-il se demander. Le documentaire se conclut alors sur une discussion poétique et tournée vers l’avenir, alors que Béatrice se questionne sur l’existence même de la vie. Un film d’une grande douceur, à écouter (et à méditer) avec son cœur d’enfant.