À qui de payer pour le transport en commun? On vous explique la chicane entre Guilbault et les villes


Gabriel Ouimet
«Chacun gère sa fougère», a lancé cette semaine la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault. Selon elle, l’État n’a pas à gérer le transport collectif. On se pose donc la question: c’est à qui de payer?
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Les revenus des 10 sociétés de transports au Québec ont plongé pendant la pandémie, alors que les transports communs étaient désertés. La reprise espérée depuis n’est pas au rendez-vous et les déficits s’élèvent aujourd’hui à près de 1,5 milliard $.
L’Agence régionale de transport métropolitain (ARTM), responsable des services pour la région métropolitaine de Montréal, prévoit à elle seule un déficit de 561 millions de dollars pour 2025.
Pour éviter de couper dans les services, les villes du Grand Montréal demandent à Québec de les aider à combler le manque à gagner. Le gouvernement de François Legault refuse, rappellant qu'il a déjà injecté 2 milliards $ afin d’aider les sociétés de transport à sortir la tête de l’eau depuis pandémie.
Est-ce au gouvernement, aux villes ou aux usagers de payer?
Tout le monde doit y mettre du sien, affirme la professeure au département d’études urbaines de l’UQAM, Florence Junca-Adenot. Elle nous explique comment.
Le gouvernement
«C’est inadmissible qu’un gouvernement dise que le développement de la mobilité durable ne soit pas de sa responsabilité. C’est un aveu qu’il s’occupe seulement des routes. J’ai l’impression d’être en 1960», dénonce d’entrée de jeu Mme Junca-Adenot.
Elle souligne que le gouvernement subventionne déjà le transport au commun dans la province par l’entremise du Fonds des réseaux de transports terrestres (FORT), qui est financé principalement par deux taxes: celle sur les carburants et celle sur l’immatriculation.
Pour l’experte en mobilité, la première chose à faire serait d’augmenter ces deux taxes.
«La taxe sur le carburant est gelée à 19,2 cents le litre depuis 2013, tandis que celle sur l’immatriculation est de 30$ et n’a pas bougé depuis 20 ans, critique-t-elle. La première chose à faire serait donc d’indexer ces deux taxes, et même de les augmenter davantage. Si on les avait indexés, en date d’aujourd’hui, on aurait 660 millions de plus dans les coffres», explique-t-elle.
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Augmenter les taxes existantes ne suffira toutefois pas pour maintenir le FORT à flot, alors que la consommation d’essence est appelée à diminuer au fur et à mesure que le parc automobile s’électrifiera.
Certains observateurs appellent donc à la création de nouvelles taxes. On peut penser à une taxe kilométrique, dont le principe est simple: plus on roule, plus on paie.
Les municipalités et les usagers
À l’heure actuelle, les villes financent environ un tiers des opérations des sociétés de transport. Les municipalités sont également les principales bénéficiaires du transport collectif et pour cette raison, elles devraient faire preuve d’imagination afin de mieux les financer.
Les villes pourraient, par exemple, taxer les entreprises, les commerçants et les résidents établis à proximité des infrastructures de transport en commun, imagine Florence Junca-Adenot.
«Ça pourrait aussi passer par une taxe sur les stationnements payants», suggère-t-elle.
Les usagers, qui achètent des titres de transport pour profiter des services, financent un autre tiers des services. Pour garnir les coffres des sociétés de transport, il est donc impératif d’accroître l’achalandage ou de charger plus cher aux usagers, croit la professeure.
Pour amener plus de monde dans les réseaux de transport en commun, il faut présenter des projets qui «font rêver les usagers», insiste-t-elle.
Les sociétés de transport
Une étude publiée par le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal en 2023 a établi que les sociétés de transports coûtent trop cher aux Québécois.

Les coûts d’exploitation (entretien, salaires, essence, etc.) par kilomètre sont en effet les plus élevés au pays. À Montréal, le prix est de 9,63$ par kilomètre, comparativement à 9,56 à Vancouver et à 9,54 à Toronto.
Dans ce contexte – et alors que les sociétés de transport font face à d’importants déficits –, il est primordial, selon les auteurs, de revoir leur gestion et leur gouvernance et d’améliorer l’efficacité.
Geneviève Guilbault a elle aussi avancé que les dépenses des sociétés de transports devraient être resserrées.