Affaire Epstein: l'ex-ministre français Jack Lang «assume» ses liens passés sur fond de révélations financières
AFP
L’ex-ministre français de la Culture Jack Lang a déclaré lundi à l’AFP «assumer pleinement» ses relations passées avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein tout en assurant avoir ignoré ses crimes, alors que des documents américains dévoilent des liens financiers entre l’ancien ministre, sa famille et l’homme d’affaires.
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Le nom de l’actuel président de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris et celui de sa fille aînée Caroline apparaît dans une nouvelle salve de documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice, notamment pour une transaction immobilière «offshore» au Maroc et une société fondée dans un paradis fiscal.
«J’assume pleinement les liens que j’ai pu créer, à une époque où rien ne laissait supposer que Jeffrey Epstein pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité», a indiqué Jack Lang, 86 ans, dans une déclaration transmise à l’AFP.

Démission de Caroline Lang
Sa fille Caroline a pour sa part annoncé en soirée démissionner de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI) à la suite de ces révélations.
Dans un communiqué à l’AFP, elle qualifie Jeffrey Epstein, qui lui a été présenté en 2012, de «connaissance» et de «mécène généreux» dont «l’idée de constituer un fonds, parfaitement légal, destiné à favoriser l’acquisition d’œuvres» lui avait semblé «pertinente». Elle assure n’avoir perçu «aucune rémunération ni aucun bénéfice de ce fonds».
Jack Lang fut l’emblématique ministre de la Culture (1981-1986 et 1988-1993) sous les gouvernements de gauche des deux septennats de François Mitterrand, à l’origine de manifestations aussi populaires que la Fête de la musique ou les Journées du patrimoine. Il est devenu en 2013 président de l’Institut du monde arabe (IMA), vitrine de la culture arabe. Un poste où il a été renouvelé fin 2023 pour trois ans.

Selon une enquête publiée lundi par le site français Mediapart, Caroline Lang, personnalité du monde du cinéma âgée de 64 ans, a fondé en 2016 avec l’homme d’affaires américain une société «offshore», Prytanee LLC, domiciliée aux îles Vierges américaines.
Si Jack Lang affirme être «tombé des nues» en découvrant les crimes sexuels du financier, décédé en prison en 2019, les échanges de courriels tirés des «Epstein files» détaillent des discussions d’affaires directes entre la famille Lang et le criminel sexuel.
Un riad à 5 400 000 euros
Une série d’échanges datés de mars 2015 révèle des négociations précises autour de la vente d’un riad à Marrakech, le «Ksar Masa».
Selon le récit chronologique tiré des documents, tout débute le 29 mars 2015 par l’envoi d’une présentation de la propriété via WeTransfer par un tiers, Dominique Silberstein, «suite à la demande de Jean Poniatowski».
Le lendemain, Monique Lang, l’épouse de l’ex-ministre, écrit depuis le compte de son mari à l’adresse «jeevacation@gmail.com» utilisée par Jeffrey Epstein.
«Dear Jeffrey» («Cher Jeffrey»), écrit-elle, expliquant qu’un ami souhaite vendre sa propriété et préfère «que nous en parlions directement».
Elle précise que le vendeur a confié la vente à une agence, mais privilégie ce canal direct, espérant voir le financier à Marrakech «entre le 25 avril et le 2 mai».
Jeffrey Epstein répond le jour même, s’enquérant du prix.
Le mardi 31 mars 2015, c’est Jack Lang qui répond précisément sur les conditions financières: «le prix est de 5 400 000 euros, offshore»), écrit l’ancien ministre.
Interrogé par Mediapart sur cet épisode, Jack Lang a indiqué ne pas se souvenir «très bien de cette histoire», estimant avoir «dû simplement transmettre les prétentions du vendeur, sans commentaire».
Achat d’œuvres d’art
Au-delà de cet épisode immobilier, les documents exhumés mettent en lumière les liens d’affaires de Caroline Lang.
La société Prytanee LLC, immatriculée à Saint-Thomas (îles Vierges américaines), avait pour objet l’achat d’œuvres d’art et a vu ses comptes crédités de 1,4 million de dollars, selon Mediapart.
Caroline Lang détenait la moitié des parts via le «Pierre Trust».
Selon un courriel de l’avocat d’Epstein, Darren Indyke, cité par le média d’investigation, «STC (la société d’Epstein, NDLR) fournit les fonds et Mme Lang apporte son expertise».
«J’ai été d’une naïveté confondante», a déclaré Caroline Lang à Mediapart, reconnaissant ne pas avoir déclaré cette société au fisc français. Elle affirme n’avoir «pas mis d’argent dedans» et ne pas avoir «mesuré les implications».

Dans sa déclaration à l’AFP lundi, Jack Lang n’aborde pas ces volets financiers, mais insiste sur le contexte de sa relation avec le financier, rencontré «voici une quinzaine d’années» par l’intermédiaire du réalisateur Woody Allen.
«Volontiers mécène, il fréquentait alors le tout Paris. Il nous avait séduits par son érudition, sa culture, sa curiosité intellectuelle», explique-t-il.
«Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire», se défend-il. «Les valeurs humaines qui m’habitent, de dignité et de probité notamment [...] sont radicalement étrangères à ces pratiques odieuses».
De son côté, Caroline Lang figure sur un testament financier signé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort, lui promettant 5 millions de dollars, une somme dont elle affirme avoir ignoré l’existence, ayant demandé la liquidation de la société commune après le suicide du financier.
La simple mention du nom d’une personne dans le dossier Epstein ne suppose aucun acte répréhensible a priori de cette personne. Mais les documents rendus publics montrent à tout le moins des liens entre Jeffrey Epstein ou son entourage et certaines personnalités qui ont souvent minimisé, voire nié, l’existence de tels rapports.
Jeffrey Epstein a été retrouvé pendu dans sa cellule à New York en août 2019, alors qu’il attendait d’être jugé pour trafic sexuel de mineures.