Afghanistan: nous sommes tous concernés

Joseph Facal
J’ai toujours déploré le peu d’intérêt de beaucoup de gens pour la politique internationale.
Plus c’est loin, moins c’est important ?
Parfois vrai, souvent faux.
Fanatiques
Voyez le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan.
Oui, Montréal et Québec sont à 10 352 et 10 134 kilomètres de Kaboul, et la plupart des gens seraient incapables de situer l’Afghanistan sur une carte sans noms.
Et pourtant, cette affaire nous concerne tous directement.
- Écoutez la chronique de Joseph Facal, chroniqueur au Journal de Montréal & au Journal de Québec avec Richard Martineau sur QUB radio :
Pourquoi ? Petit rappel auparavant.
Les talibans furent chassés du pouvoir en 2001 par une coalition menée par les États-Unis.
Pendant leurs cinq années au pouvoir, les femmes ne pouvaient travailler ou sortir sans escorte masculine, et les filles n’allaient plus à l’école.
Les femmes adultères étaient lapidées, les voleurs amputés, les homosexuels exécutés.
Musique, cinéma et théâtre ? Interdits.
Bref, l’islam dans sa version la plus sauvage et primitive.
Pendant vingt ans, ils ont patiemment attendu que le fruit soit mûr et, aujourd’hui, les revoilà.
Quand on a cette patience, quand on a cette détermination, vous pensez qu’on se ramollit idéologiquement ? Sérieusement...
Ce sera donc un régime théocratique, sans doute accompagné d’une guerre civile et, bien sûr, de réfugiés par millions.
On s’étonne ici et là de l’effondrement rapide de l’armée nationale afghane.
C’est qu’elle n’avait d’une armée « nationale » que le nom.
Il n’y a aucun sentiment « national » en Afghanistan, donc aucune volonté de se battre pour une abstraction.
L’Afghanistan n’est pas un pays au sens occidental du terme. C’est un ensemble disparate de tribus montagnardes sur lesquelles on a planté un drapeau « national ».
Les talibans eux-mêmes ne sont pas plus afghans que pakistanais ou ouzbeks. Ils ne voient pas le monde à l’aide de ces concepts.
Les talibans sont une secte religieuse armée, appuyée en sous-main par des régimes qui ont leurs propres intérêts.
Déjà, la Chine récupère la débâcle américaine à son profit en disant au monde entier : voyez à quel point l’appui des États-Unis ne vaut pas grand-chose.
Il est vrai, par ailleurs, comme le notait l’administration Biden, qu’une année ou cinq années de plus d’engagement américain n’auraient rien changé à l’issue finale.
Je reviens à mon énoncé du début : cette lointaine affaire nous concerne. Pourquoi ?
Les États-Unis ont envahi l’Afghanistan en 2001, après les attentats du 11 septembre, parce que ce territoire servait de base d’opération et de repli à Al-Qaïda, et à Ben Laden en particulier.
C’est là – ailleurs aussi, bien sûr – que l’on planifiait, entraînait, équipait les terroristes qui partaient ensuite semer la mort chez nous.
Le régime des talibans les hébergeait et les protégeait.
Il risque d’arriver quoi maintenant, vous pensez ?
Danger
Pire encore, cette terrible défaite américaine donnera à tous les ennemis de l’Occident une confiance et une énergie renouvelées.
Ils voient non seulement une Amérique humiliée, mais un Occident peuplé de dirigeants naïfs et candides comme Trudeau.
Quand votre adversaire dévoile sa faiblesse, vous attaquez encore plus.