Agriculture: le Bloc veut solidifier le système de gestion de l’offre

Raphaël Pirro
Yves-François Blanchet a indiqué mercredi son intention de déposer à nouveau un projet de loi pour empêcher «toute future brèche» dans le système de gestion de l’offre, dont le Canada «sacrifie des morceaux» dans «chaque traité commercial».
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Le Bloc québécois avait déposé un projet de loi à cet effet plus tôt cette année, mais il n’a pu aller de l’avant en raison d’un manque de temps.
Celui-ci avait pour objectif d’exclure des traités de libre-échange certains secteurs de l’agriculture québécoise et canadienne qui sont régis par le système de gestion de l’offre.
M. Blanchet était accompagné d’Yves Perron, député de Berthier-Maskinongé et porte-parole en matière d’agriculture. Ils s’étaient déplacés pour la conférence de presse à la Maison de l’Union des producteurs agricoles, située à Longueuil.
Même si le modèle québécois «est un modèle qui se protège lui-même», estime M. Blanchet, celui-ci doit «quand même évoluer parce qu’il est confronté à la concurrence étrangère qui n’applique pas les mêmes règles, les mêmes normes, la même sévérité, la même prudence en matière de contenu, en matière de ce qui se rend à notre assiette».
Le chef bloquiste a aussi réitéré son opposition à l’augmentation des seuils tolérés de glyphosate épandus dans les fermes du pays.
«La hausse de glyphosate va se faire s’il y a un gouvernement majoritaire. Ça ne doit pas arriver», a-t-il affirmé.
M. Blanchet est revenu sur son engagement à faire respecter la loi C-208, qui met en place une série de mesures fiscales visant à favoriser le transfert intergénérationnel des fermes agricoles familiales plutôt que la vente à des spéculateurs ou investisseurs étrangers.
«La pression a fait reculer Ottawa à la veille des élections, mais nous serons vigilants pour que le prochain gouvernement ne vienne pas défaire le travail accompli. Il faut qu’il soit au moins aussi avantageux de transférer une ferme à ses enfants que de la vendre à un étranger. Nous ne laisserons personne faire obstacle à la relève agricole», a déclaré dans un communiqué M. Perron.
Changement d’idée pour un candidat
Un candidat du Bloc québécois, l’économiste et ancien collaborateur au «Journal de Montréal» Jean-Denis Garon, avait publié en 2015 un billet dans lequel il défendait une position qui va à l’encontre de celle du parti aujourd’hui.
M. Garon estimait que la gestion de l’offre, «en plus d’être incompatible avec le libre-échange, elle nuit à notre productivité et augmente artificiellement le prix du lait».
Celui-ci avait toutefois indiqué dans un courriel à l’Agence QMI en mars qu’il s’agissait d’une «chronique erronée».
«C’est la preuve ultime que la gestion de l’offre, un système cher aux Québécois, est souvent mal comprise, même par des spécialistes de l’économie. Le monde agricole et le Québec dans son ensemble ont choisi ce modèle parce qu’il est bon pour notre agriculture. Et je vais me battre pour eux sans réserve avec toute mon énergie», avait-il ajouté.
Questionné à ce sujet pendant un point de presse récent, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a défendu son candidat, assurant qu’il avait changé d’idée.
«Les vertus de la réflexion, c’est d’évoluer. M. Garon est un gars d’une intelligence absolument exceptionnelle», avait-il dit.
Marie-Claude Bibeau, ministre de l’Agriculture, a accusé vendredi Yves-François Blanchet de faire de la «désinformation» au sujet des positions libérales, qui viendraient, selon lui, affaiblir la gestion de l’offre en signant des traités de libre-échange.
«Les libéraux sont fermement engagés à ne céder aucune part de marché sous gestion de l’offre. La Loi sur les transferts générationnels a bel et bien été adoptée. Les décisions relatives aux résidus de pesticides sont suspendues et le gouvernement libéral a débloqué 50M$ pour obtenir davantage de données indépendantes et des recherches scientifiques afin de trouver des alternatives plus durables, comme des biopesticides», a-t-elle fait savoir dans une déclaration écrite transmise à l’Agence.