Air Canada lance la serviette
Transat devra trouver du financement ailleurs pour assurer sa survie

Julien McEvoy
Le tout traînait en longueur et voilà que la transaction tombe à l’eau : Transat devra survivre hors des ailes d’Air Canada, qui abandonne finalement l’idée d’acheter le transporteur québécois en raison des trop nombreuses contraintes imposées par la Commission européenne.
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Les deux entreprises ont mis fin à leur convention d’arrangement vendredi. « La Commission européenne nous a fait savoir cette semaine qu’elle ne comptait pas approuver la transaction, donc nous avons pris la décision qu’il fallait », explique le porte-parole de Transat, Christophe Hennebelle.
Si Ottawa avait approuvé la transaction de 190 millions $ en février, la décision de la Commission européenne (CE) était prévue pour juin.
« Ça va nous permettre de retrouver notre liberté et de mettre en place notre financement », ajoute M. Hennebelle, qui fait écho aux propos de Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction de Transat.
De son côté, Air Canada devra payer des frais de résiliation de 12,5 millions $ à Transat pour le mariage avorté. Les demandes des autorités de la concurrence européennes rendaient la transaction inintéressante, a déclaré l’entreprise.
Quel acheteur maintenant ?
Maintenant, la question est de savoir qui achètera l’entreprise en difficulté. Le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui, à titre personnel, a lui aussi offert 190 millions pour Transat, a tenu à préciser, vendredi, que son offre est toujours valide.
« [L’offre] comporte certaines conditions que M. Péladeau souhaite lever rapidement afin de soustraire l’entreprise de l’état d’incertitude dans lequel elle se trouve depuis plusieurs mois », a fait savoir son bureau, vendredi. Tout indique donc que l’homme d’affaires ne veut pas perdre de temps.
L’autre groupe en lice, celui du magnat de l’immobilier Vincent Chiara, s’est retiré depuis que son offre de 14 $ par action a été refusée en 2019.
La fin, sinon ?
Pour le spécialiste du secteur de l’aviation John Gradek, ça sent plutôt la fin pour le transporteur québécois. « Tout dépend du gouvernement du Québec, le sauvetage va venir du Québec, pas du fédéral », dit celui qui enseigne aussi à l’Université McGill.
« Les chances sont vraiment du côté de la fermeture de la compagnie », laisse-t-il tomber.
À Québec, on répond que l’on continuera de suivre ce dossier « de très près ». « Nous ne laisserons pas Transat sans soutien », a indiqué au Journal Mathieu St-Amand, attaché de presse du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.
À Ottawa, on dit discuter « activement des options de soutien financier pour de nombreuses compagnies aériennes canadiennes, y compris Air Transat ».
LA TRANSACTION EN QUELQUES DATES
JUIN 2019
Transat accepte l’offre d’achat de 520 M$ d’Air Canada
AOÛT 2019
Les actionnaires de Transat approuvent une offre bonifiée à 720 M$
MARS 2020
Le Bureau de la concurrence se dit préoccupé par la transaction
MAI 2020
La Commission européenne annonce une enquête « approfondie »
OCTOBRE 2020
En raison de la pandémie, le prix offert par Air Canada passe de 720 M$ à 190 M$
FÉVRIER 2021
Ottawa approuve la transaction
AVRIL 2021
La transaction tombe à l’eau