Après 71 ans, vos droits de cotisations REER inutilisés sont-ils perdus à jamais?

Emmanuelle Gril
À 73 ans, André pensait avoir tout prévu pour sa retraite, jusqu’à ce qu’il découvre qu’il lui restait des droits de cotisations inutilisés dans son REER.
Problème: il est trop âgé pour recommencer à contribuer.
«Il me reste des droits de cotisations REER inutilisés d’environ 15 000$. Comment faire pour les récupérer? Mon épouse et moi avons 73 ans, et je dispose des liquidités pour contribuer, mais il semble que je ne peux plus ouvrir de REER à mon âge. Que faire?» nous écrit notre lecteur André.
Convertir en FERR
Georges Achkar, CFP, CIM, conseiller en placements chez Gestion Patrimoine Manuvie, confirme qu’à partir du 31 décembre de l’année où l’on atteint son 71e anniversaire, il n’est plus possible de cotiser à son REER.
«C’est également à cette période qu’il faudra convertir ses REER en FERR, bien qu’on puisse le faire plus tôt si on le souhaite», précise-t-il.
Si l’épouse d’André avait eu moins de 71 ans, il aurait pu cotiser au REER de conjoint.
«Dans ce cas, la contribution aurait appartenu à sa femme alors qu’André aurait bénéficié de la déduction fiscale», indique Georges Achkar.
Mais, puisqu’elle est également âgée de 73 ans, cela ne constitue pas une option.
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Une bonne option: le CELI
Dans ces conditions, quel serait le bon véhicule pour placer ses 15 000$? Le CELI est une bonne solution si celui-ci n’a pas été maximisé.
«L’un des gros avantages du CELI est qu’il est “élastique”, car contrairement au REER, où l’espace de cotisation est perdu en cas de retrait, on peut récupérer celui du CELI», explique le conseiller.
Si une personne avait cotisé le maximum depuis sa création en 2009, le plafond de cotisation serait de 102 000$ actuellement, mais, avec les rendements, son CELI pourrait facilement grimper jusqu’à de 150 000$ à 200 000$. Le détenteur a la possibilité de décaisser ses contributions et ses rendements (150 000$-200 000$), puis de recotiser la même somme, et ce, même si, techniquement, le plafond est toujours de 102 000$.
«On vient donc créer un espace supplémentaire dans le CELI. Il faudra toutefois attendre après le 31 décembre de l’année durant laquelle on a effectué le retrait pour pouvoir recotiser», précise Georges Achkar. Par exemple, si le retrait a été effectué en 2025, on devra donc patienter jusqu’au 1er janvier 2026.
Il recommande toutefois de vérifier les cotisations passées deux fois plutôt qu’une afin de ne pas commettre d’erreurs dans ses calculs.
«Les institutions produisent leurs relevés fiscaux en fin d’année et les mises à jour dans les dossiers fiscaux des particuliers sont faites plusieurs mois plus tard. Assurez-vous de vous baser sur les bons montants pour ne pas trop cotiser et ne pas vous voir infliger une pénalité», conseille-t-il.
CONSEILS
- Sachez décaisser. Les REER ne sont pas nécessairement la panacée: tout dépend de sa situation personnelle. Il ne faut pas oublier qu’au décaissement, ces revenus seront imposables. Mal orchestrés, les retraits peuvent déclencher l’impôt de récupération de la pension de la Sécurité de la vieillesse.
- Planifiez mieux. Quoiqu’on mette l’accent sur les REER comme outil fiscal et de planification de choix, peu d’information circule sur le décaissement lors de la retraite. Il faut bien planifier pour éviter que ces revenus additionnels ne fassent trop grimper le taux marginal d’imposition, surpassant ainsi les économies d’impôt que l’on avait réalisées lors de la cotisation initiale.
- Pensez-y tôt. Vous pourriez avoir intérêt à commencer à décaisser vos REER dès votre prise de retraite, même si vous avez moins de 65 ans, et ce, pour éviter une lourde facture fiscale par la suite, à vous ou à votre succession.
- Songez à un crédit d’impôt. Contrairement au décaissement de REER, le retrait FERR permet d’avoir accès au crédit d’impôt pour revenus de retraite. Un avantage à ne pas négliger.