Bernie Sanders, membre de l’establishment

AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2021-07-12T18:37:46Z

Pendant de nombreuses années, Bernie Sanders fut considéré comme un marginal, un facteur négligeable dont ses collègues du Sénat se souciaient peu. Même s’il se range généralement derrière les démocrates, celui qui siège encore comme indépendant jouit maintenant d’un poids politique avec lequel il faut compter. 

Peu importe que j’apprécie ou non ses projets ou ses orientations politiques, j’ai souvent reproché au sénateur du Vermont de contribuer à la division au sein d’une formation politique qui peine à présenter un front uni.

Déjà, le Parti démocrate ne manque pas de meneurs imbus d’eux-mêmes, toujours prompts à faire la morale au reste du pays, servant ainsi sur un plateau d’argent toutes les munitions dont les républicains ont besoin. Si Bernie est plus modeste, il a tiré la couverture si fort en 2016 qu’on peut l’associer à la défaite d’Hillary Clinton.

Par contre, Bernie Sanders a su exploiter l’engouement qu'il suscitait chez les jeunes pour influencer sensiblement la vision démocrate. Tandis qu’il était souvent seul à pester et à brandir le point, il peut maintenant compter sur l’aide de plusieurs émules ou de politiciens opportunistes qui sentent bien que les choses bougent.

Sanders a toujours été fidèle aux intérêts de la classe ouvrière et des plus démunis. Son influence auprès de Joe Biden est bien réelle. Dans un article où elle relate sa rencontre avec le septuagénaire, Maureen Dowd, du New York Times, parle même de l’ascension du sénateur! 

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Sans verser dans l’âgisme, reconnaissons qu’il est pour le moins étonnant que Sanders et Biden, respectivement âgés de 79 et 78 ans, détiennent plus de pouvoir que jamais auparavant! Si Biden a toujours été associé aux dirigeants de sa formation, je n’ai pu réprimer un sourire lorsque j’ai lu sur le site Axios que le rebelle Sanders était désormais considéré comme un membre de l’establishment! Plus amusant encore, Bernie ne rejette pas l’étiquette.

La situation actuelle est tout à l’avantage de Bernie. Après avoir forcé Hillary Clinton et le Parti démocrate à intégrer plusieurs de ses priorités, il a maintenant l’oreille du président. C’est à Biden que revient le fardeau de trouver un équilibre entre un programme qu’il veut plus progressiste et les détestables excès de la mouvance woke. Déjà que les républicains agitent sans cesse cet épouvantail et qu’on ne votera qu’en novembre 2022...

Le parcours de Bernie Sanders en dit long sur la détermination et la résilience de l’homme, mais il révèle en même temps le déséquilibre de plus en plus important qu’on observe aux États-Unis. Comme je me plais parfois à le souligner, jamais le pays n’a présenté des écarts aussi grands entre les plus grandes fortunes et le reste de la population.

Vous savez probablement comme moi que Richard Branson a été propulsé dans l’espace dimanche à bord de son propre engin et que, très bientôt, Jeff Bezos le suivra. Que des milliardaires s’amusent ainsi avec des jouets qu’eux seuls peuvent se permettre est une chose, mais on comprendra que ces aventures spatiales puissent laisser un goût amer chez ceux et celles qui sont sans emploi ou qui doivent en cumuler deux ou trois pour boucler leur budget.

Après avoir espéré à tort que Donald Trump s’intéresse à leur sort et qu’il les privilégie, il n’est pas étonnant que des électeurs soient ouverts aux propositions d’un politicien également issu de la marge. Sanders profite de son moment et, contrairement à Trump, il connaît bien les rouages de la machine politique. Cette expérience semble bien le servir pour le moment.

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