Biden et la partisanerie


Luc Laliberté
Pendant toute la campagne électorale, ainsi qu’à maintes reprises depuis, Joe Biden a bien souvent répété qu’il tendrait la main à ses rivaux et qu’il souhaitait être un président rassembleur. Si les sondages pointent en direction de résultats positifs au sein de l’électorat, ses adversaires républicains ne semblent pas entichés par cette perspective.
Après des années de divisions et de rhétorique agressive de la part d’un président qui n’a jamais cherché à parler au nom de tous ses concitoyens, il allait de soi que Joe Biden se présenterait en patriote ouvert à la négociation et au compromis. Un objectif noble et un ton rassurant qui se sont rapidement butés à une opposition de tous les instants.
Le 46e président a-t-il renié ses engagements en signant, jeudi, un ambitieux plan de relance? Je ne le crois pas. Politicien pragmatique, il a dès le départ accepté de laisser tomber la hausse du salaire minimum à 15$, même si cette concession lui a valu le courroux des plus progressistes de sa formation politique.
Joe Biden ne s’est guère accroché plus longtemps à son objectif de soutenir un nombre plus important d’Américains qui pourraient toucher la somme de 1400$. Il a accepté de revoir le nombre à la baisse de manière à accélérer le processus. S’il l’a fait d’abord pour s’assurer de l’appui de sénateurs démocrates plus conservateurs sur le plan fiscal, il espérait également s’attirer les faveurs de républicains soucieux de venir en aide à leurs commettants.
Le nouveau président peut bien promettre mer et monde en matière d’unité nationale, pour négocier et discuter, il faut un interlocuteur. Jamais les républicains n’ont offert de répliques sérieuses aux propositions de la Maison-Blanche, se contentant de répliques qui manquaient de sérieux. Malgré les sondages favorables à Joe Biden et au plan de relance, ils se complaisent dans une opposition ou une obstruction systématique. Aucun représentant ou sénateur républicain n’a appuyé le plan de relance... Aucun.
Joe Biden en aura bientôt plein les bras avec une multitude de dossiers, parmi lesquels on retrouve celui de l’immigration et de la frontière sud, mais en attendant, il marque de précieux points. Non seulement offre-t-il un véritable soutien à ses compatriotes et aux entreprises, mais la campagne de vaccination progresse à un rythme plus rapide que ce qu’on prévoyait.
Je reconnais ne pas bien comprendre la stratégie actuelle des républicains. Que ce soit pour les élections de mi-mandat de 2022 ou la présidentielle de 2024, les électeurs risquent d’associer la sortie de crise aux démocrates et à l’actuelle administration. S’il est vrai qu’on pourra rappeler les coûts astronomiques des sommes investies, on ne pourra cependant s’attribuer aucune part du mérite.
Depuis son entrée en fonction, le président Biden ne s’est jamais montré favorable à la disparition du célèbre filibuster, cette procédure du Sénat qui permet à l’opposition de pratiquer l’obstruction systématique. Il le fait parce qu’il sait bien qu’en l’appuyant, il ternirait son vernis rassembleur, mais aussi parce que l’abandon de cette règle pourrait revenir hanter les démocrates lorsqu’ils redeviendront éventuellement la minorité.
Malgré ses propos rassembleurs et son respect des traditions parlementaires, Biden sera peut-être forcé de revoir sa position sur le filibuster s’il souhaite réellement que ses promesses puissent se concrétiser. La polarisation politique est telle que son entourage étudie probablement déjà cette option. Un sénateur démocrate modéré comme Joe Manchin, qui représente un état très conservateur, devrait alors être courtisé sans relâche. Pour le moment, il est le seul rempart entre les républicains et la majorité démocrate sur cet enjeu.