Brésil: Bolsonaro pressé de toutes parts d’agir contre la COVID-19

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2021-03-25T17:00:34Z

Le président brésilien Jair Bolsonaro subit des pressions de toutes parts pour enfin s’attaquer à la crise du coronavirus désormais hors de contrôle, dans un pays qui vient de franchir le cap des 300 000 morts. 

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Personnalités politiques de droite comme de gauche, chefs d’entreprises, épidémiologistes, soignants et médias: tous affichent leur ras le bol du déni d’un dirigeant d’extrême droite qualifié de « génocidaire » ou de « psychopathe » par ses détracteurs les plus virulents.

« Les frictions ne cessent de s’accumuler et la patience des acteurs politiques est en train de s’émousser », explique à l’AFP le politologue Ricardo de João Braga, chercheur pour le site Congresso em Foco, spécialisé dans l’analyse du Parlement.

Sentant que le vent commence à tourner, le chef de l’État a pourtant tenté ces derniers jours une mue discrète, portant le masque alors qu’il multipliait auparavant les bains de foule à visage découvert, et adoptant un ton plus conciliant. Mais sans vraiment convaincre.

S’il conserve autour de 30% d’opinions favorables grâce à son noyau dur de partisans, plus de 54% des Brésiliens désapprouvent sa gestion de la pandémie, selon un sondage récent de l’institut Datafolha.

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« Jair Bolsonaro veut convaincre les Brésiliens qu’il est le président de la République et non la personne irresponsable que tout le monde connaît », écrit jeudi un éditorialiste du quotidien Estado de S. Paulo.

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« Remèdes amers »

Mardi soir, les concerts de casseroles étaient assourdissants dans la plupart des grandes villes pendant une allocution télévisée du président, qui a tenté de montrer une rare marque d’empathie « pour ceux qui ont perdu un proche ».

Le lendemain, il a joué la carte de l’union sacrée lors d’une réunion avec des représentants de haut rang du Parlement, de la Cour suprême, ainsi que des ministres et des gouverneurs de plusieurs États.

Et même si le président a annoncé, plus d’un an après le premier mort du coronavirus au Brésil, la création d’un comité de crise pour résoudre la crise sanitaire « sans conflit et sans politisation », les médias brésiliens ont évoqué un climat houleux durant la réunion.

Seul consensus apparent: l’importance de la vaccination, après des réticences initiales du chef de l’État qui ironisait auparavant sur de possibles effets secondaires susceptibles de « transformer les gens en crocodiles ». 

Mais Jair Bolsonaro ne semble pas prêt à changer son discours anticonfinement, ni à abandonner l’idée de « traitements précoces » jugés inefficaces par les spécialistes, telle l’hydoxychloroquine.

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« À la base, seuls les présidents du Sénat, de la Chambre des députés et de la Cour suprême étaient censés prendre part à cette réunion avec Bolsonaro. Mais il a préféré un grand rassemblement, avec ses ministres, pour ne pas être seul face aux critiques, et ça n’a pas plu » aux hauts dirigeants du législatif et du judiciaire, estime Ricardo de João Braga.

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« Le Brésil exige du respect »

Quelques heures plus tard, le président de la chambre basse, Artur Lira, a abandonné les sourires de rigueur pour hausser le ton lors d’un discours en séance plénière. 

« L’heure est grave et tout a des limites (...), je tire la sonnette d’alarme », a-t-il déclaré, avertissant que le Parlement pourrait faire usage « de remèdes amers, qui sont parfois fatals ». Des propos interprétés comme une menace d’ouverture d’une procédure de destitution contre Jair Bolsonaro.

Plusieurs dizaines de demandes ont déjà été déposées, et c’est justement le président de la Chambre des députés qui décide de les soumettre ou non au vote des parlementaires.

Le gouverneur de Sao Paulo Joao Doria, pressenti comme un adversaire potentiel de Bolsonaro à la présidentielle de 2022, n’a pas non plus mâché ses mots.

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« Nous vivons un moment tragique de l’Histoire où des millions de personnes paient un prix élevé à cause d’un dirigeant psychopathe à la tête de la nation », a-t-il lancé dans un entretien en anglais lundi soir à CNN.

Les milieux d’affaires, qui ont soutenu Jair Bolsonaro lors de son élection en 2018, par crainte d’un retour de la gauche, sont aussi montés au créneau.

« Le pays peut mieux s’en sortir s’il est géré de façon responsable (...). Le pays est lassé des propos inconséquents, des mesures erronées ou trop tardives. Le Brésil exige du respect », résume une lettre ouverte signée par plus de 1500 chefs d’entreprise, banquiers et économistes, qui a eu un fort écho dans le pays.  

Pandémie: le drame brésilien contamine ses voisins sud-américains

La recrudescence de la pandémie au Brésil, avec un record du nombre de morts quotidiens et un système de santé au bord de la rupture, s’est propagée aux pays voisins qui voient le nombre de nouveaux cas exploser avec la circulation du variant brésilien.

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), qui dépend de l’OMS, a relevé un pic de cas de Covid-19 dans les États vénézuéliens de Bolivar et d’Amazonas, ainsi que dans le département de Pando en Bolivie, et de Loreto au Pérou, tous limitrophes du géant sud-américain.

La circulation massive du variant brésilien ou P.1, une mutation beaucoup plus virulente du SRAS-CoV-2, est responsable de cette nouvelle vague. Plusieurs pays, dont l’Uruguay, le Venezuela et le Pérou, la rendent responsable des fortes hausses des infections.

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Après sa détection dans la ville amazonienne de Manaus fin 2020, de nombreux pays ont interdit les vols en provenance du Brésil ou fermé les frontières terrestres pour tenter de l’endiguer.

Mais trois mois plus tard, le variant a déjà été identifié dans 15 pays ou territoires du continent américain. Aujourd’hui, en Amérique latine et Caraïbes, près de 24 millions des 600 millions d’habitants ont contracté le Covid-19 et 753.000 en sont morts, selon un décompte de l’AFP à partir de chiffres officiels.

Le ministre péruvien de la Santé, Oscar Ugarte, a déclaré mercredi qu’une étude basée sur « un échantillonnage dans toute la ville de Lima » a démontré que le variant était responsable de 40% des infections. Avec 2.800 kilomètres de frontière avec le Brésil, le Pérou a identifié pour la première fois cette souche en janvier dans la région amazonienne de Loreto.

L’Uruguay, qui jusqu’à récemment était salué pour avoir tenu en échec l’épidémie sans recourir au confinement de la population, est désormais confronté à une « situation complexe » qui met son système de santé sous pression, a reconnu le président Luis Lacalle Pou.

Le petit pays de 3,4 millions d’habitants et ses magasins détaxés frontaliers avec le Brésil a enregistré cette semaine un record quotidien de 2.682 nouveaux cas. Malgré les appels du secteur médical, M. Lacalle Pou se refuse « par principe » à tout confinement et se limite à fermer les services publics et les écoles.

Retour aux confinements

La situation est critique au Paraguay qui ne dispose plus de place dans ses unités de soins intensifs. Le président Mario Abdo, dont la gestion de la pandémie a suscité de vives protestations exigeant sa démission, a décrété à partir de samedi une semaine de confinement total, à l’exception des activités essentielles.

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Au Venezuela, un « confinement radical » est en vigueur depuis lundi et pour deux semaines, après des mois d’assouplissement. Cependant, les dérisoires chiffres officiels (152.000 cas et 1.511 décès pour 30 millions d’habitants), sont remis en cause par différents observateurs.

Les campagnes de vaccination, qui progressent à des rythmes différents dans la région, n’ont pas encore apporté le bol d’air suffisant.

Le Chili fait l’expérience douce-amère d’être à la pointe de la vaccination - avec Israël - et de subir en même temps un pic brutal de l’épidémie, qui a atteint un nouveau record de plus de 7.000 cas par jour.

« Un effet réel » de la vaccination, notamment sur la charge des services de soins intensifs, ne sera « pas visible avant avril », explique Darwin Acuña, président de la Société chilienne de médecine en soins intensifs.

Avec près d’un million de personnes infectées et plus de 22.000 morts, le Chili confinera à partir de jeudi 70% de sa population, soit 14 millions de personnes. Le couvre-feu en vigueur le week-end portera cette proportion à près de 90%.

Le débordement de la pandémie du Brésil aux pays voisins semblait inéluctable.

Mardi, le pays aux 212 millions d’habitants a enregistré un nouveau record avec 3.251 décès en 24 heures et franchi la barre des 300.000 morts pour 12,2 millions de personnes infectées.

Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro subit des pressions de toutes parts pour enfin s’attaquer à la pandémie désormais hors de contrôle : 23 des 27 États du pays font état d’un taux d’occupation de 85% de leurs unités de soins intensifs et de pénuries d’oxygène.

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