Exemption du couvre-feu pour les itinérants: «C'était de profiter de la misère du monde»


Guillaume Cyr
Soupir de soulagement dans le milieu de l’itinérance après la décision de la Cour supérieure du Québec de suspendre l’application du couvre-feu pour les personnes itinérantes.
• À lire aussi: Québec accepte d'exempter les itinérants du couvre-feu
Michel Bujold en avait long à dire sur le sujet. On l’a rencontré mercredi alors qu’il se dirigeait vers la halte-chaleur, dans le Vieux-Port de Montréal, où se tenait une manifestation pour dénoncer la supression de 11 postes d’intervenants à l’Accueil Bonneau.
«Les gens s'achètent des animaux "astheure" parce qu'ils peuvent se promener [à l’extérieur après les heures du couvre-feu] avec des animaux (...) Ça brime nos droits et libertés», a-t-il lancé.
Il nous raconte qu’un de ses amis itinérants aurait reçu deux contraventions de 1600$ en lien au couvre-feu.
Pour lui, l’application du couvre-feu aux sans-abri était une manière «de profiter de la misère du monde».

Mathilde Laforge, l’une des intervenantes psychosociales dont le poste a été supprimé par l'Accueil Bonneau, était elle aussi soulagée de l’exemption du couvre-feu pour les itinérants.
«La fin de semaine qui a suivi la mise en place du couvre-feu, quatre personnes auraient reçu des contraventions, dont une personne qui en aurait reçu deux: une à 8h15 et l’autre à 4h45.»

Soulagement aussi pour Étienne et Charles Daguy, qui ont déjà vécu dans la rue.
«Le monde respire plus. Ils sont moins obligés d’aller à l’hôtel Place Dupuis [transformé en refuge pour itinérants]. C’est des gens qui sont habitués de vivre à la rue et qui savent où aller», a soutenu Étienne, qui ne vit plus dans la rue depuis maintenant un an et demi.

Olivier Barette-Vella partage son temps entre des appartements et la rue. Il croit que la suspension de l’application du couvre-feu pour les sans-abri va «faire du bien» à cette population fragilisée.
