«Ça va être l’enfer», croit le milieu de l’itinérance

Les sans-abri ne pourront plus dormir à la belle étoile à compter de samedi

Les sans-abri, comme les personnes qui semblent être en situation d’itinérance sur cette photo prise mercredi à Montréal, seront sommés de respecter le couvre-feu du gouvernement du Québec et de se trouver à l’intérieur à partir de 20 h, dès samedi.
Les sans-abri, comme les personnes qui semblent être en situation d’itinérance sur cette photo prise mercredi à Montréal, seront sommés de respecter le couvre-feu du gouvernement du Québec et de se trouver à l’intérieur à partir de 20 h, dès samedi. Photo Ben Pelosse
Photo portrait de Nora T. Lamontagne

Nora T. Lamontagne

2021-01-07T00:03:31Z
2021-01-07T03:05:47Z

Les organismes qui viennent en aide aux itinérants s’inquiètent du sort de ceux qui passeront la nuit dehors pendant le couvre-feu.

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« La frange la plus vulnérable de la population itinérante n’a souvent nulle part où aller la nuit... Je me demande à quel point le gouvernement a pensé aux itinérants avant d’annoncer cette mesure », dit David Chapman, coordinateur de projet à l’organisme Résilience Montréal.

En plus de devoir supporter le froid de janvier, ces personnes seront-elles mises à l’amende par les policiers pour non-respect du couvre-feu? 

François Legault n’a pas révélé ce genre de détails lors de la conférence de presse mercredi soir, quoiqu’il a évoqué des amendes entre 1000 $ et 6000 $ pour la population en général. 

Le premier ministre a avancé qu’il y avait assez de place dans les refuges pour accueillir les sans-abri « au chaud » dès 20h, ce qu’a remis en question le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec sur Twitter.

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D’autres organismes consultés par Le Journal s’attendent à ce qu’une partie des personnes sans-abri continue à dormir dehors malgré tout, soit pour des problèmes de santé mentale ou de dépendance.

Et chose certaine, distribuer des contraventions aux itinérants apparaît contre-productif aux yeux de plusieurs. 

« On espère que ça ne va pas contribuer à judiciariser des personnes qui sont déjà en difficulté et qui ont besoin de soins », souligne Louise Waridel, coordinatrice à l’intervention chez La rue des Femmes.

  • Écoutez Michel Monette, directeur de l’organisme CARE Montréal, à propos de la façon dont le couvre-feu pourrait affecter les personnes en situation d’itinérance

Une recommandation

Le couvre-feu place aussi les refuges dans une situation délicate, où ils ne peuvent que recommander à leurs usagers de suivre les nouvelles règles. 

« Garder tout le monde en dedans, ça passe dans une prison. Mais on est un milieu de vie... Un couvre-feu à 20h, ça va être l’enfer » prédit le directeur général de CARE Montréal, Michel Monette, qui se dit « catastrophé » par l’annonce. 

Plusieurs refuges et centres de jour doivent en prime composer avec des éclosions parmi leurs usagers et leur personnel. En décembre seulement, plus de 100 d’entre eux ont été déclarés positifs au virus. 

Sociable et solidaire

La communauté sans-abri autochtone est particulièrement touchée: une cinquantaine de personnes fréquentant le refuge Projets autochtones du Québec et le centre Open Doors ont été infectées par le coronavirus. 

« C’est une communauté très sociable et solidaire, qui a tendance à se regrouper dans la rue, en plus d’être excessivement mobile », rappelle le professeur en travail social et spécialiste de l’itinérance autochtone Stéphane Grenier.

Plusieurs organismes qui desservent cette communauté tournent au ralenti, ce qui fait craindre un manque de place à l’heure du couvre-feu. 

« Notre priorité depuis Noël, c’est justement de trouver une place pour qu’ils se confinent », affirme Amanda Moniz, du Réseau de la communauté autochtone de Montréal.

Avec Roxane Trudel

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