Le cadeau de Trump: pour le meilleur et pour le pire

Luc Laliberté
Quelques médias américains s’intéressent ce matin à un mémo que le représentant républicain Jim Banks a fait parvenir à Kevin McCarthy, meneur de la minorité à la Chambre.
Banks est un vétéran de l’Afghanistan et on lui prête l’intention de se hisser dans le groupe des républicains les plus influents. Le mémo en question répond partiellement aux questions que se posent plusieurs observateurs et analystes sur l’orientation à court ou moyen terme qu’embrassera la formation républicaine.
J’ai déjà fait état de la grogne et des divisions qui animent les républicains. Avec une présidence et deux chambres aux mains des démocrates, ils sont nombreux à souhaiter que le parti se distancie de Donald Trump et qu’il profite de la période actuelle pour revoir à la fois sa stratégie et sa plateforme.
Les partisans du changement viennent d’essuyer un revers ou un recul important si les représentants appliquent à la lettre le contenu du mémo de Banks. Loin de prendre ses distances, celui-ci est convaincu que le 45e président a offert un cadeau à sa formation en s’appuyant plus que jamais sur les travailleurs américains. Il faut donc continuer de se coller à Donald Trump.
Je crois que la vision de Banks se concentre exclusivement sur le court terme, les élections de mi-mandat de 2022, mais il faut reconnaître que son argumentaire présente quelques éléments pertinents et bien ancrés dans la réalité.
Comme nous le savons déjà, Banks insiste sur le fait que le président sortant a obtenu un nombre record de votes. Mais il va un peu plus loin en identifiant les catégories de travailleurs qui ont préféré Donald Trump à Joe Biden.
Chiffres à l’appui, le représentant soutient qu’on gagnerait à s’éloigner de Wall Street pour se rapprocher des cols bleus et des travailleurs noirs ou hispanophones. Il est intéressant de souligner que, pendant la présidence Trump, les principales catégories de travailleurs ont toutes été, à des degrés variables, séduites par le message ou les mesures du 45e président.

Outre l'insistance qu'il met à préserver l’héritage de Donald Trump et son refus de se distancier de l’homme, Banks pointe également en direction des grands thèmes à exploiter pour affaiblir les démocrates et Joe Biden.
Quelles sont ses cibles de prédilection? L’immigration, une politique démocrate présentée comme faible face à la Chine et l’exploitation du ressentiment à l’égard du mouvement woke. On ne manquera pas, au passage, de relever tout ce qui pourrait être considéré comme une retombée de la «cancel culture», la culture du bannissement.
C’est aujourd’hui que le président Biden lance son vaste projet d’infrastructures. Plus ambitieux que ses prédécesseurs Clinton et Obama, le 46e président espère que son approche agressive de début de mandat suffira à convaincre les travailleurs américains qu’il constitue la meilleure option pour améliorer leur sort. S’il faut en croire Jim Banks, on ne le laissera pas batailler seul sur ce terrain.
Républicains et démocrates sont régulièrement aux prises avec des tiraillements internes. D’un côté, Joe Biden semble être en mesure, pour le moment, de maintenir un certain équilibre entre les factions, alors que de l’autre on tarde encore à convaincre les élus de lutter dans le même sens.
Le mémo de Banks indique clairement que les élus de la Chambre ont fait leur choix: tous derrière Trump! Nous saurons bientôt si le Sénat leur emboîte le pas. Le meneur républicain de la Chambre haute a soufflé le chaud et le froid en commentant les propos et les gestes du dernier président républicain. D’autres sont moins ambivalents et ne se gênent pas pour défendre le bilan des quatre dernières années, même si cela implique de vivre avec des parts d’ombre et d’atténuer la portée de l’attaque contre le Capitole le 6 janvier dernier.
On me demande parfois si je «m’ennuie» de l’ère Trump, une période turbulente et folle pendant laquelle nous étions sollicités 24 heures sur 24. Non, l’ancien président ne me manque pas, et puis, il est toujours un peu présent malgré tout. L’action est toujours au rendez-vous alors que Biden tente déjà d’assurer sa place dans les livres d’histoire et que la campagne 2022 nourrit déjà bien des conversations.