Capturés en Ukraine, des étrangers disent avoir combattu malgré eux pour la Russie

AFP

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2024-03-20T09:13:45Z

Ils disent avoir fui l'Asie, les Caraïbes ou l'Afrique pour une vie meilleure en Russie, mais se sont retrouvés dans l'armée russe à combattre sur le front en Ukraine. Malgré eux, disent-ils après avoir été capturés. 

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Lors d'une conférence de presse organisée par des responsables ukrainiens à Kyïv, huit prisonniers de guerre originaires de Cuba, du Népal, de Sierra Leone et de Somalie, ont raconté avoir été attirés en Russie par des promesses de salaires élevés, mais avoir été trompés et s'être retrouvés sur le front.

Les organisateurs ont présenté à la presse ces hommes comme des «mercenaires» venus de pays du «Sud», et ont assuré les traiter de la même façon que des prisonniers de guerre russes.

L'AFP n'a pas pu interroger les huit hommes séparément et a choisi de ne pas les nommer, la Convention de Genève prévoyant notamment de protéger les prisonniers de guerre de la curiosité publique.

Tous ont dit s'exprimer de leur plein gré, mais étaient encadrés par des geôliers masqués qui les écoutaient parler à la presse. Leurs propos viennent cependant confirmer ce que des journalistes de l'AFP en Inde et au Népal ont établi quant aux méthodes de recrutement de l'armée russe s'agissant de ressortissants étrangers.

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Un Cubain de 35 ans portant des dreadlocks a ainsi raconté avoir répondu à une publication sur Facebook proposant des travaux de construction en Russie. «Je ne pensais pas venir faire la guerre», a-t-il dit.

Larmes aux yeux, un Sierra-Léonais a affirmé avoir payé un recruteur et s'être envolé pour la Russie dans l'espoir d'y trouver un «bon travail» pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse.

Il a dit n'avoir réalisé qu’après coup avoir signé un contrat en russe avec les forces du Kremlin, chose qu'il n'avait jamais voulu faire.

Dans d'autres cas, les recrues savaient qu’elles rejoignaient l'armée, mais pensaient exercer des tâches subalternes et en tout cas ne pas partir au combat.

En première ligne

«Quand les Russes offrent à ces gens 2000 dollars par mois et disent qu'ils seront utilisés comme gardes du corps ou en troisième ligne, ils sont très tentés», explique à l'AFP Petro Iatsenko, porte-parole du bureau ukrainien chargé des prisonniers de guerre.

Un jeune Somalien reconnaît s'être engagé. Son but, donner «un bon avenir» à sa famille.

«Je ne savais pas que je serais en première ligne», explique le jeune homme, assurant avoir été «envoyé là-bas sans connaître la langue».

Un Népalais de 32 ans, qui a raconté avoir regardé des vidéos sur TikTok montrant des Népalais rejoignant l'armée russe, reconnait que sa motivation était «bien sûr l'argent».

Des journalistes de l'AFP en Inde et au Népal ont enquêté sur ce type de recrutements et découvert qu'ils étaient réalisés souvent via des intermédiaires informels et des vidéos promotionnelles diffusées sur les réseaux sociaux.

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Ils rassurent ensuite les candidats dépourvus d'expérience militaire, avec la promesse d'occuper des fonctions non combattantes et celle d'un permis de séjour permanent en Russie.

En réalité, une fois enrôlés, ils reçoivent une formation de base sur les armes et sont finalement déployés sur le front.

«Dupés»

Le Népal a indiqué que cinq de ses citoyens engagés sont prisonniers de guerre en Ukraine et qu'au moins 12 autres ont été tués au combat. Le pays a interdit à ses ressortissants de travailler en Russie ou en Ukraine, et a demandé à Moscou de renvoyer ses recrues. Le Kremlin, interrogé par l'AFP sur le sujet, n'a pas souhaité s'exprimer.

Parmi les huit prisonniers présentés à Kyïv, le seul à parler un russe basique était un Népalais de 24 ans, qui peinait à tenir un stylo à cause de brûlures aux mains subies à la guerre.

Il étudiait et travaillait en Russie lorsqu'il a vu des affiches de recrutement pour devenir «agent de sécurité ou quelque chose comme ça», a-t-il assuré.

Le porte-parole du bureau ukrainien chargé des prisonniers de guerre Petro Iatsenko a exhorté les pays à agir pour empêcher leurs ressortissants de se faire «duper par des recruteurs qui leur promettent des monts d'or».

Ceux capturés «en uniforme militaire, avec des armes» sur le front seront déférés devant la justice.

C'est au tribunal de décider s'il s'agit de mercenaires», explique M. Iatsenko, assurant que l'Ukraine veut «les transférer dans leur pays d'origine».

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