Ce qui a aidé Sonia Benezra à travers son deuil

Deux ans après le décès de sa maman, elle tend la main aux proches aidants

Michèle Lemieux

2025-04-03T10:00:00Z

Depuis toujours, Sonia Benezra éprouve une grande empathie envers les personnes âgées. C’est avec un dévouement sans faille que la nouvelle égérie du Salon des aînés de Saint-Jérôme a pris soin de sa mère malade pendant sept ans. À titre de proche aidante, elle a ressenti un vide immense lors de son départ et, deux ans après avoir vécu cette perte, le deuil se poursuit.

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Sonia, vous avez de beaux engagements professionnels au programme?

Oui, je collaborerai à Bonsoir bonsoir! et je donne aussi des conférences. J’ai accepté d’être l’égérie du 8e Salon des aînés de Saint-Jérôme, qui se tiendra le samedi 6 septembre prochain au Quartier 50+. L'édition de 2025 me rejoint particulièrement puisque la thématique sera les soins à domicile. C'est tellement important d'en parler. Une centaine d'exposants seront sur place pour informer. Ce jour-là, à 10 h, je me ferai interviewer par Danielle Ouimet. Je garde un bon souvenir de ma rencontre avec Danielle du temps de son émission Bla Bla Bla. Ce sera de belles retrouvailles. La programmation complète sera annoncée bientôt, mais je peux déjà dire qu'une grande dame de la francoophonie y sera. Directement de Paris le 20 juin prochain et de la page Facebook du Salon, son identité sera dévoilée. Ce sera émouvant.

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Vous collaborerez aux côtés de Béatrice Picard, la marraine de l’événement?

Oui, et c’est une femme que j’admire. Durant la pandémie, j'animais Benezra reçoit, une émission qui s’adressait aux aînés et aux gens confinés à la maison en raison des mesures sanitaires. Madame Picard m’a fait l’honneur d’y participer comme invitée. J’avais lu sa biographie (Avec l'âge, on peut tout dire, écrite par Sylvie-Claude Filion), que j’ai trouvée passionnante! Si vous voulez mieux connaître l'histoire du Québec, il faut lire ce livre. On y aborde les débuts de la télévision et du théâtre au Québec. Pour réussir, il fallait travailler fort! Madame Picard travaillait tout en élevant sa famille. Elle a fait ce que les femmes ne pouvaient pas vraiment faire à cette époque, et elle a très bien réussi. Malgré les moments plus difficiles, elle a toujours gardé le sourire. Alors je suis heureuse de collaborer avec elle au Salon des aînés. C’est un mandat que j’ai refusé à quelques reprises, mais je me sens enfin prête à l’assumer.

Et pourquoi donc?

Avant, je n’étais pas disponible, car j’étais moi-même occupée par la maladie de ma mère. C’était mon quotidien. Madame Picard souhaitait tellement que je sois l'égérie de l’événement, et maintenant que le moment s’y prêtait pour moi, j’ai accepté. Il faut actualiser son regard sur les aînés. C’est quoi un aîné de nos jours? Récemment, on a vu aux Oscars un Mick Jagger en grande forme à 82 ans. Cher a aussi fait une apparition remarquée à l’émission Saturday Night Live. Elle avait enfilé ses longues bottes, son juste au corps et sa veste de cuir... à 79 ans! Paul McCartney, qui est toujours actif, est un aîné. De son côté, Elton John continue à collaborer avec des jeunes parce qu’il veut garder son esprit jeune.

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Notre regard sur cette période doit nécessairement changer?

Effectivement. C’est vrai que toutes sortes de situations s’appliquent. Certains n’ont plus beaucoup de mobilité, mais d’autres sont très actifs. Nous avons de beaux modèles sur ce plan. Nous avançons tous vers cette période. C’est inéluctable. Un jour ou l’autre, nous serons nous-mêmes des aînés.

J’ai le sentiment que vous avez toujours eu cette grande empathie pour les personnes âgées.

Oui, toujours. On sait comment j’ai pris soin de ma maman, à quel point j’ai été proche d'elle. Elle me manque terriblement... Ça fait deux ans qu’elle n’est plus des nôtres, et ce n’est pas plus facile pour autant. Je pleure moins, c’est vrai, mais son absence me pèse. Son départ a laissé un trou incroyable dans notre famille. C’est normal, car on ne peut pas remplacer ceux qui nous quittent. Mes nièces ont déménagé, l’une à Toronto, l’autre à Nashville. Alors, subitement, la famille a rapetissé. Ma mère, c’était le pilier de notre famille. Il y a des journées où ça va bien, et d'autres jours où j'ai envie de pleurer. Quand je repense à ce que j’ai vécu, je me dis que si c’était à refaire, malgré toutes les difficultés, je recommencerais volontiers.

Pourtant, la maladie a duré un bon nombre d'années?

Oui, sept ans. J’ai vécu sept années en tant que proche aidante. C'est énorme. Il y a eu des hauts et des bas, mais il y a aussi eu des moments extraordinaires.

Puisque vous avez été aussi présente auprès d’elle, je présume que vous n’avez pas de regrets?

Non, je n'ai aucun regret. M’être occupée de ma mère est la chose qui me rend le plus fière dans la vie. C’est important de le dire. C’est vrai que la tâche peut être lourde, mais elle est terriblement gratifiante. Des gens me disaient souvent que je n’avais pas de vie. Ça m’a dérangé à certains moments. Mais avec le recul, maintenant, j’ai envie de répondre: vous n'allez jamais regretter d’avoir pris soin d’un proche, parce qu’il n’y a rien de plus magnifique que d'aider un autre être humain à traverser une période difficile. Alors, non, je ne regrette absolument rien de ces sept années et si c’était à refaire, je recommencerais.

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La proche aidance concerne tellement de gens au Québec...

Oui, et les proches aidants désengorgent le milieu médical, parce qu’ils permettent aux personnes vulnérables de rester à la maison. C'est de ça dont j'ai envie de parler au Salon de Saint-Jérôme. Ce qui me rend le plus triste, c’est de voir des aînés qui vivent dans l’isolement. C’est important de s’occuper des gens et de les côtoyer. La solitude fait vieillir et mourir plus rapidement. Quand ma mère était vivante, dès que je mettais la clé dans la serrure, elle me disait: «Allô, mi reina» qui veut dire «Bonjour, ma chérie, ma reine». Maintenant, quand je rentre à la maison, même si je ne l’entends plus, on dirait qu'elle est là...

Le trou immense qu’elle a laissé vous semble donc impossible à combler?

C’est incroyable... Je sais que les gens vont me dire d’en revenir. Durant les dernières années de sa vie, alors qu’elle était malade, ma mère me disait: «Il va falloir que tu apprennes à m'aimer moins...» C'est horrible... Mais je l'aimais encore plus, si c'est possible. Un deuil, c'est pour la vie. La tristesse du deuil, c’est le prix qu'on paye pour avoir aimé autant. Chaque deuil est différent. Je ne suis pas folle: je sais que ce n’est pas nécessairement bon de vivre les choses aussi intensément, mais chaque personne a un attachement différent.

Mais que pouvez-vous y faire: c’est votre nature...

Effectivement. Et je ne peux pas dire que je vais parfaitement bien, ça serait un mensonge. Mais continuer à aider les autres et à partager mon vécu me réconforte, car ça pourra sans doute être utile et aider une personne ou deux. On parle de plus en plus des proches aidants, de leur réalité, dans les médias. Certains tombent malades après le départ de l’être cher. D’autres cessent de prendre soin d’eux. Ils en viennent à négliger leurs propres rendez-vous médicaux, alors qu’ils n’en auraient jamais raté un pour la personne dont ils s’occupaient.

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Maintenant que vous avez du temps, avez-vous recommencé à prendre soin de vous?

Oui, il a bien fallu que je recommence à prendre soin de moi, que je prenne tous ces rendez-vous que j'avais peut-être négligés ces dernières années.

Comment avez-vous réussi à vous prioriser après tout ce temps?

Même si je ne suis pas à la télévision régulièrement, je continue à me faire coiffer. Je continue à faire ma manucure. Ces petites choses sont importantes pour moi, parce que ma mère nous a élevées de cette façon. Il fallait être bien habillées, soignées. Alors, à travers ces petits gestes qui font du bien, je reste fidèle à mes racines...

Béatrice Picard passe le flambeau

À bientôt 96 ans, Béatrice Picard, qui a été porte-parole du Salon des aînés pendant quatre ans, se sent prête à passer le relais. Elle a été nommée marraine du Salon, tandis que Sonia agit à titre d’égérie. C’est avec verve et passion qu’elle aborde la question des aînés. «J’ai toujours prétendu que j’allais assumer mon rôle jusqu'à 100 ans, mais sans fauteuil roulant. Or me voilà avec une canne! (rires) J'aime me retrouver avec des personnes un peu plus âgées, parce que je veux les encourager à rester actives. Il n’est pas nécessaire d’avoir de gros projets, mais il faut en cultiver, ne serait-ce que de tout petits. Par exemple, on peut se dire que cet été, beau temps, mauvais temps, on ira marcher à l’extérieur au moins cinq minutes. Puis 10. Puis avec d’autres personnes. C’est un projet facile à réaliser. Ou encore, on peut se procurer une petite plante, en prendre soin et se dire qu’on sera là demain pour en profiter encore. Personnellement, je n’ai jamais arrêté... J’ai été un peu moins active l’été dernier, car j’avais besoin de prendre du repos, mais j’ai toujours continué à avoir des projets. J'ai déménagé en janvier dernier. Mon penthouse était devenu trop grand pour moi. Mon fils m’a convaincue d’aller vivre dans plus petit. Il a trouvé un joli petit 3 1⁄2 qui donne sur la rivière.»

Heureuse de savoir que Sonia a enfin accepté de prendre la relève, la dame raconte: «Elle est très chaleureuse. Elle peut facilement convaincre les gens d'aimer la vie encore et de faire en sorte de vieillir en beauté...» La comédienne, si sensible aux autres, conclut en disant: «Cette séance de photos, je la dédie aux personnes aînées et à mes Petits frères, car ça fait 18 ans que j’en suis la marraine...»

La 8e édition du Salon des aînés de Saint-Jérôme se tiendra le samedi 6 septembre prochain au Quartier 50+. Plus d'information au www.salondesaines.ca.

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