Centres commerciaux: dernier refuge de l’ère covidienne?

PHOTO DIDIER DEBUSSCHÈRE
Photo portrait de Josée Legault

Josée Legault

2020-11-27T17:25:46Z

En ce «Vendredi fou» moins fou qu’à l’habitude pour cause de pandémie, le phénomène crève néanmoins les yeux. Au Québec, les centres d’achat semblent devenir le dernier et ultime refuge de l’ère covidienne.

Du moins, pour ceux et celles qui s’y aventurent encore avec masque et désinfectant. 

Dans le but nécessaire de réduire nos contacts – source première de la propagation de la COVID-19 –, les musées sont en effet fermés. 

Les restos sont fermés. Les cinémas sont fermés. Les gyms sont fermés. Les bars sont fermés. Les lieux de culte sont fermés. Etc.

Ne reste que les épiceries, les pharmacies et des commerces de détail. Là, avec masques, il est encore possible de croiser d’autres humains. Vite, à deux mètres et sans trop s’attarder pour la jasette.

Il reste aussi les centres d’achat – chapelle universelle de la consommation. En pandémie, pour certaines personnes, ils sont également le lieu d’une socialisation rarissime et, coronavirus oblige, de plus en plus complexe.

À l’approche de Noël, les centres d’achat seraient-ils appelés à servir de nouvelles églises? 

Des chants de Noël adaptés?

Peut-être même qu’on adaptera nos chants de Noël (incluant quelques classiques anglais), en conséquence de la pandémie: 

  • Les anges dans nos centres d’achat.  
  • Joyeux Noël et bonne quarantaine.  
  • All I want for Christmas is a vaccine.  
  • Ça bergers désassemblons-nous.  
  • Minuit tout seul.  
  • Il est né le divin vaccin.  
  • Douce nuit, sainte javel. 
  • Le petit renne au masque rouge.  
  • Mon beau Purell.  
  • J’ai vu maman embrasser le père Noël à deux mètres.  
  • Vive la ventilation. 
  • It’s beginning to look a lot like a virus. 
  • Petit Papa Arruda. 
  • Happy Xmas (Pandemic is over).  
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En attendant le vaccin

Noël a beau être déconfessionnalisé depuis longtemps – l’endettement frénétique annuel en témoigne amplement –, en l’absence d’une socialisation «normale» pour encore plusieurs mois, la« «congrégation» des humains (qui s’ennuient), se fera en partie dans les centres d’achat. 

Car, en plus du temps qu’elle nous vole dans nos vies déboussolées par le virus, c’est bien ce que cette pandémie nous aura pris de plus précieux: la rencontre des autres, connus ou inconnus. 

Cette privation est bien plus difficile encore que la perte, même passagère, de tout le reste. 

Heureusement, le cauchemar sera temporaire. 

Mais avec neuf mois déjà d’une crise sanitaire mondiale, ça use passablement le ciboulot et le cœur. 

Près de 7000 femmes et hommes au Québec sont déjà morts de la COVID-19. Ça, c’est la vraie tragédie.

En attendant d’arriver à l’autre rive – celle où nous attend éventuellement un vaccin providentiel –, l’important reste de se protéger et de protéger les autres. 

Les directives changeantes de la Santé publique du Québec pour Noël devraient franchement céder le pas à la clarté: restons chez nous et fêtons avec notre famille immédiate, si on le peut. Si on vit seul, fêtons avec un ami ou une amie qui l’est aussi.

Contrairement à la pandémie de la grippe espagnole en 1918-1919, la technologie nous permettra tout de même de fêter à distance avec nos êtres chers. 

Et si ça nous est possible, penser à encourager nos restaurateurs qui, avec des mets à livrer ou emporter, travaillent tellement fort pour essayer de survivre à cette crise. 

C’est pour un Noël. Un seul.

Question de tenter de se rendre en un seul morceau, même amoché, à la fin espérée de cette maudite pandémie.

Comme le chantait Mme Bolduc : «Ça va venir, ça va venir, découragez-vous pas». Oui, oui. Le vaccin, il va arriver, il va arriver, quelque part en 2021, ne nous décourageons pas...

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