Cérémonies et témoignages touchants pour les 10 518 morts

Plusieurs proches de victimes de la COVID-19 et des élus ont pris part à la journée de commémoration jeudi

Elsa Iskander

2021-03-12T05:00:00Z

Des familles de victimes ayant perdu la vie des suites de la COVID-19 se sont recueillies jeudi à midi, pour une cérémonie de commémoration qui s’est tenue devant le parlement, à Québec.

Des travailleurs de la santé et des élus, incluant le premier ministre François Legault, ont pris part à cette première journée officielle dédiée à la mémoire des victimes de la pandémie. Plusieurs villes, incluant Québec et Montréal, leur ont aussi rendu hommage.  

La cérémonie a permis à certains proches de personnes décédées, dont les funérailles n’ont pas encore été célébrées, de dire enfin un dernier au revoir.

Un baume au cœur

L’événement permet en effet de consoler les endeuillés, croit Danielle Séguin, qui fait de l’accompagnement au deuil dans le cadre de son travail au Carrefour des proches aidants.

« Ça apporte au moins un petit baume au cœur. Ça ne résout pas tout mais ça soulage de se sentir proche de tout le monde, de savoir que partout dans la province les gens sont en communion avec nous. » 

Stéphanie Bédard, inhalothérapeute et enseignante au cégep de Sainte-Foy, a trouvé la cérémonie devant le parlement très touchante. « Par la nature de notre travail, on est là souvent jusqu’à la toute fin pour nos patients. » 

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« Aujourd’hui, j’ai le privilège de leur dire au revoir », a fait valoir Théthé Kalanga-Mutshiaudi, préposée aux bénéficiaires depuis près d’une vingtaine d’années, en parlant de ses anciens patients. Cela dit, « la bataille n’est pas finie », prévient-elle.

« C’est la raison pour laquelle je suis venue, pour demander à mes résidents qui sont au-delà, tous ceux qui sont partis, de nous donner des forces parce que la bataille n’est pas finie », a-t-elle ajouté.  

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Stéphanie Bédard et Théthé Kalanga-Mutshiaudi sur QUB radio:   

Important de décrocher 

Pour les endeuillés, il est difficile d’allumer la télévision, la radio ou d’autres médias et d’entendre parler du coronavirus qui continue de faucher des vies.

« Quand ça revient toujours en boucle, il faut prendre une certaine distance de temps en temps », suggère Mme Séguin.  

« Ça finit par être un peu harassant d’entendre toujours parler de la COVID. Tous les jours, on a un décompte des contaminations, des morts. Des fois, je ferme la télé, la radio », raconte Christine Risi, qui a perdu son père de la COVID-19.  

« On en entend beaucoup parler [dans les médias] mais le fait d’avoir perdu mon père, ça met un visage sur quelque chose qui peut être un peu abstrait, les statistiques et tout ça. Et je me sens solidaire des gens qui ont perdu un proche même en ne les connaissant pas. On n’est pas tout seul », dit Mme Risi.

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  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Christine Risi, fille d’une victime de la COVID-19, sur QUB radio: 

Les funérailles n’ont pas encore eu lieu  

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

« Mon père est décédé de la COVID. Il avait 98 ans. Malgré son âge, on ne s’y attendait pas du tout », relate Lucie Garneau, retraitée et proche aidante depuis plusieurs années.

Lucien Garneau, qui demeurait à la résidence pour personnes âgées La Roseraie à Sainte-Foy, était « en excellente condition » quelques jours avant de contracter le virus.

Hospitalisé le 16 décembre, il est décédé dans la nuit du 23 au 24, laissant derrière lui ses trois enfants et des petits-enfants. Sa fille n’avait pu être à ses côtés.

« Ça me permet de faire une part de mon deuil qui n’est pas terminé, loin de là », dit Mme Garneau, après la cérémonie devant le Parlement à Québec.

« Les funérailles n’ont pas encore eu lieu. C’est un peu comme un début de recueillement pour mon père, pour encore lui dire qu’on est là qu’on pense à lui. » 

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— Elsa Iskander, Le Journal de Québec

« Il aimait la vie, papa »  

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

La dernière fois que Christine Risi a vu son père Marcel, 87 ans, c’était la veille de Noël.

« Je l’ai embrassé et je lui ai souhaité Joyeux Noël. Il est décédé le 25 décembre au tout début de la nuit de Noël. Il ne faisait pas les choses à moitié, papa ! » confie-t-elle.  

Elle garde le souvenir d’un « grand monsieur, physiquement, mais aussi par son attitude, ses valeurs. C’était un homme de science, un père de famille. Il a eu 6 enfants, 15 petits-enfants, 3 arrière-petits-enfants. C’est quelqu’un qui a contribué à bâtir le Québec dans lequel on vit. Il aimait la nature, le travail du bois, les gens. C’était un homme avec un grand cœur. Il aimait la vie, papa. »  

La famille, la musique, la marche en nature aident Mme Risi à traverser ces moments difficiles.

À propos de la commémoration de jeudi, Mme Risi a dit que « c’était une très belle cérémonie, simple, remplie de dignité, de beauté ».

— Elsa Iskander, Le Journal de Québec

« Quand tu perds ta mère, c’est pas pareil »  

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Marie-Andrée Chamard, qui travaille en hygiène et salubrité au Jeffery Hale, à Québec, a perdu sa mère des suites de la COVID-19 alors qu’elle résidait dans cet établissement frappé par une éclosion majeure lors de la première vague.  

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« Il y a en qui disent : “Elle avait 93 ans, l’Alzheimer”. Oui, mais elle n’était pas obligée de mourir de ça », regrette Mme Chamard. Sa mère, Louise Laurendeau, avait élevé cinq enfants. « Ces enfants, c’était sa vie ». 

Malheureusement, seule la sœur de Mme Chamard a pu être au chevet de la matriarche vers la fin. « Quand tu perds ta mère, c’est pas pareil », raconte Mme Chamard, retenant difficilement ses larmes. Les petits-enfants étaient également en pleurs en apprenant la triste nouvelle.  

« Je travaille au même endroit qu’elle est décédée. C’est pas facile », confie Mme Chamard, qui n’est pas retournée à l’étage où sa mère a rendu l’âme. Son travail et ses collègues l’aident néanmoins dans son deuil.  

Malgré un sentiment d’injustice, Mme Chamard ne tient pas rigueur au gouvernement. « Ils ont fait ce qu’ils pouvaient », croit-elle. « Ça a été négligé, les CHSLD. Donc, quand c’est rentré [la COVID], c’était la guerre. »  

Plusieurs préposés souffrent de stress post-traumatique, selon elle. « Quand t’es obligé de tenir les mains des personnes qui meurent parce qu’elles veulent une main pour les accompagner dans la mort, ça laisse des traces. »  

La cérémonie pour les victimes de la pandémie apporte du réconfort à Mme Chamard, y voyant un hommage à sa mère, aux autres victimes et familles endeuillées ainsi qu’au personnel de santé.

« Ça va toujours rester dans l’histoire. C’est quelque chose qui va nous marquer à vie c’est sûr. » 

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— Elsa Iskander, Le Journal de Québec

Labeaume évoque « l’espoir » de la vaccination  

Photo Taïeb Moalla
Photo Taïeb Moalla

Lors d’une cérémonie solennelle d’hommage aux victimes de la COVID-19, Régis Labeaume a dit entrevoir « la lumière au bout du tunnel » grâce à l’accélération du rythme de vaccination de la population.

« Ce matin [jeudi], après avoir lu les journaux, j’ai senti pour la première fois la lumière au bout du tunnel. J’ai senti que, statistiquement, ça avançait. J’ai senti cet espoir-là », a relaté le maire de Québec, jeudi.

Selon lui, « il n’y a pas autant de vaccins qu’on voudrait, mais il y a des vaccins. Des gens se font vacciner. À un moment donné, on va atteindre un niveau en termes de pourcentage de la population qui devrait nous sécuriser ».

M. Labeaume a d’ailleurs procédé jeudi au dépôt d’une couronne de roses blanches, « symbole de pureté et de paix », sur le parvis de l’hôtel de ville de Québec. Une minute de silence a ensuite été observée à 13 h.

Entrevoyant l’avenir, le maire de Québec a estimé que « dans le fond de nos cœurs, on va être fragilisés. Il y a une fragilité qui est terrifiante. Cette fragilité, on la sent tous et toutes comme jamais ». 

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— Taïeb Moalla, Le Journal de Québec

Les chefs fédéraux s’expriment  

Les chefs des partis fédéraux ont aussi commémoré la mémoire des victimes de la COVID-19 au pays.

« Le 11 mars 2020 marquera toujours un avant et un après. Pour les familles et pour les proches, chaque décès a aussi un avant et après », a déclaré Justin Trudeau à la Chambre des communes.

La COVID-19 a fait plus de 22 300 morts au pays.

Le chef conservateur Erin O’Toole a dressé un portrait sombre de la situation, en évoquant entre autres les effets délétères de la pandémie sur la santé mentale, les délais pour les opérations et la hausse de la violence conjugale.

Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, a souligné le travail des travailleuses de la santé et l’isolement des personnes âgées et vulnérables.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a aussi réservé la majeure partie de son discours aux personnes les plus vulnérables. 

— Raphaël Pirro, Agence QMI

Questions sans réponse  

Photo Cédérick Caron
Photo Cédérick Caron

« Je suis présent pour le millier de personnes qui nous ont contactés après avoir perdu un proche en raison de la COVID », explique Paul G. Brunet, président-directeur général du Conseil pour la protection des malades.

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Celui qui était présent de son propre chef aurait aimé que des proches de victimes soient invités à Montréal et qu’une plus grande place leur soit accordée à Québec.

« [Sans proches], ça donne des cérémonies détachées. Je ne dis pas que c’était mal intentionné, mais ça fait un peu fake ».

Me Brunet, qui est en faveur d’une enquête publique, a profité de l’occasion pour souligner que les proches des victimes attendent toujours des réponses sur les circonstances qui ont provoqué la crise notamment dans les centres de soins.

— Cédérick Caron, Le Journal de Montréal

Montréal au cœur de la lutte  

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui présidait la cérémonie dans sa ville a rappelé que la métropole a été et est toujours l’endroit le plus touché au Québec par la pandémie.

Qualifiant sa ville de « fantôme » depuis un an, en raison de la fermeture des commerces, la désertion du centre-ville et de la scène culturelle en sourdine, Mme Plante a salué la résilience de ses concitoyens.

Elle ne pouvait passer sous silence le travail colossal des intervenants de première ligne et la douleur vécue par les victimes et leur famille.

« Y a-t-il plus grand sacrifice que celui de quitter nos proches sans avoir eu la chance de leur dire un dernier au revoir ? Je ne crois pas », a répondu la mairesse Plante. 

— Cédérick Caron, Le Journal de Montréal

Une année difficile pour la Santé  

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

La directrice de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, était visiblement émue pendant la cérémonie montréalaise.

Mimant un cœur avec ses mains devant certaines caméras, la Dre Drouin a précisé qu’elle souhaite « mettre une touche d’amour » dans un moment de tristesse. Soulignant que le printemps dernier avait été difficile pour les artisans du système de santé, elle en a profité pour les saluer.

Celle qui craint une troisième vague de COVID-19 dans la métropole en raison du variant britannique avait tout de même un message teinté d’optimisme.

« Aujourd’hui [jeudi], nous avons atteint 10 % de notre couverture vaccinale. [...] Si on réussit à vacciner davantage, la 3e vague n’aura pas le même impact sur nos hôpitaux. »

— Cédérick Caron, Le Journal de Montréal

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