Ces vêtements peints à la main cachent un message puissant

Amélie Hubert-Rouleau

2025-12-26T23:55:00Z

«Fondamentalement, l'art est un outil de communication, un outil d'expression. Et par là, il ouvre le dialogue sur des choses qu'on a peut-être de la difficulté à aborder.» C’est ce que répond Melissa Wright Katongola lorsque je lui demande si, selon elle, l’art peut être un vecteur de justice sociale.

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Melissa Wright Katongola, dans l'une de ses pièces
Melissa Wright Katongola, dans l'une de ses pièces Crédit: @heavenvisuals

Plurielle, la créatrice de mode d’origine franco-congolaise est justement la preuve vivante que l’esprit libre de l’art et la rigueur du droit international et de la politique peuvent coexister chez une seule et même personne – et même fleurir.

En août dernier, Melissa a présenté la première collection de sa marque Katongola devant public, à Montréal, au MAD Festival, A Tribute to Madness (Un éloge à la folie). C’est là que j’ai découvert ses créations textiles; des vêtements surcyclés, magnifiquement peints à l’acrylique, ornés de perles et d’autres éléments texturés. J’ai été happée par l’explosion de couleurs et de mouvements émanant de ses pièces. De véritables odes à la vie en mode maximaliste. «Déjà, à l'adolescence, j'aimais beaucoup la couleur et j’adorais en porter, explique l’artiste née à Paris. Généralement, j’ai l’impression que ça rend un peu plus heureux ou joyeux.»

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Crédit: @heavenvisuals
Crédit: @heavenvisuals

L’art s’invite tôt dans la vie de Melissa. À l’âge de 7 ou 8 ans, elle se met au dessin de manière autodidacte. Puis, à son arrivée en Écosse, au début de l’âge adulte, elle pousse l’exploration artistique vers la peinture. Autour de 20 ans, elle change de support: en pleine pandémie, elle passe ses périodes de quarantaine à transposer son art de la toile dans les vêtements. Plutôt que de les «laisser pourrir dans son placard», elle réutilise des pièces qu’elle ne porte plus et les transforme en les découpant, les peignant ou les réajustant. «L'approche est un peu la même qu'avec les peintures. Je me retrouve face à la pièce comme si c'était un canevas: je reprends juste le travail, jusqu'à ce que je sois satisfaite de ce que ça donne, me détaille-t-elle. Je peux, par exemple, commencer à créer un morceau et, à mi-chemin, me dire qu'il faut le transformer un peu, ajouter une certaine couleur, des perles, etc., jusqu'à ce que je trouve que la pièce est finie. C'est vraiment le résultat de tout un processus.»

C’est au fil des créations que se définit progressivement sa signature visuelle, qui évoque les formes géométriques caractéristiques du mouvement cubiste et l’usage des couleurs vives et pures de Fernand Léger. «Ces formes géométriques et cette simplicité rappellent peut-être l'enfance aussi», évoque-t-elle. On peut également percevoir son admiration des grands maîtres de la philosophie grecs dans son usage de figures musclées et de silhouettes découpées sur ces tissus.

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Crédit: @heavenvisuals
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Lors d’un casting, celle qui est aussi mannequin - elle est représentée par l’agence Dulcedo Models à Montréal - choisit de porter l’une de ses pièces, ce qui lui vaut plusieurs compliments. Lorsqu’on lui propose de mettre ses morceaux en valeur dans le cadre d’une séance photo, elle réalise qu’elle détient peut-être quelque chose de significatif. «La chance que j'ai eue, c'est qu’il y avait des gens autour de moi qui œuvraient dans le milieu de la mode et dont j’ai capté l’attention grâce à ce que je faisais.» En octobre 2021, elle crée officiellement sa marque mode et design: Katongola. Elle s’installe à Montréal deux ans plus tard, pour faire sa maîtrise en droit international à l’Université du Québec à Montréal. En plus du MAD Festival, ses créations ont été présentées à Glasgow (GCFS, 2023), puis ont brillé lors d’événements prestigieux à l’Université de St. Andrews (CATWALK, 2023) en Écosse, et à Cambridge (CUCFS, 2025), en Angleterre.

Sublimer l’intensité

«Mes peintures, elles sont liées à ce que j'ai vécu plus jeune; elles sont un peu en réaction à cela», me confie-t-elle. Enfant, Melissa grandit avec une mère qui vit avec un trouble bipolaire. Les enjeux autour de la santé mentale sont assez tabous dans sa famille. Lorsqu’elle commence à créer, l’artiste canalise l’intensité associée à la bipolarité dans ses œuvres. «À l'époque, j'avais l'impression qu'on ne comprenait pas la situation dans ma famille, précise-t-elle. J'ai choisi la peinture, puis le vêtement comme moyen d'expression, une sorte de moyen pour donner libre cours à ce que je vivais.»

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Crédit: @heavenvisuals
Crédit: @heavenvisuals

À travers son art, Melissa sublime la puissance des montagnes russes émotionnelles vécues par sa mère. Elle en fait un vrai hommage à celle-ci. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le nom de sa marque porte son nom. À travers ses pièces, la créatrice souhaite montrer qu’il y a une beauté et une force émanant de l’intensité de ces émotions. Je réalise au fur et à mesure de notre entretien que la vingtenaire voit aussi, dans ses créations colorées, une sorte de rébellion contre le statu quo, la honte et le silence. «L'art, pour moi, permet de démarrer la conversation, rapporte-t-elle. Quand j'étais plus jeune, en France ou même en Écosse, les conversations sur la santé mentale n’étaient pas très courantes. J'en ai plus entendu parler quand je suis arrivée au Québec. J'ai l'impression que la parole est plus libérée ici et je pense que ça m'a aidée à franchir le pas.»

Entre art et engagement

Pour Melissa, créer ses œuvres textiles (ou picturales) lui a permis d’atteindre un point où elle pouvait enfin exprimer le symbolisme et le sens de ses œuvres, amorçant ainsi cette conversation libératrice sur la santé mentale. «L'art peut devenir un outil pour l’activisme et la justice sociale, ce qui nous permet de voir la perspective des autres et de mieux les connaître aussi», estime-t-elle.

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Comment se rejoignent justement son travail en politique et en droit international et son art? La créatrice de mode m’explique que pour elle, toutes ces disciplines sont simplement différentes expressions d’une même vision du monde. «J'ai un côté vraiment engagé sur certains enjeux politiques et certaines questions sociales, confirme-t-elle. Je ne sais pas si ça inspire directement mon art. J'ai l'impression que c'est plutôt une autre façon d’exprimer la même chose.»

En faisant des recherches à propos d’Elsa Schiaparelli, LA designer avec qui Melissa aurait adoré travailler de son vivant, je ne peux m’empêcher de voir des parallèles entre elles. Comme la créatrice italienne, la jeune femme utilise l’art comme langage et moteur créatif; chaque pièce qu’elle fabrique devient un moyen d’expression personnelle et sociale. Et en réutilisant des vêtements pour les transformer en morceaux uniques porteurs de sens, Melissa et sa marque, Katongola, nous rappellent surtout que la beauté peut surgir de partout.

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