C’est «naïf» d’ignorer l’intérêt américain pour le pétrole vénézuélien, selon un chercheur

Photo portrait de Samuel Roberge

Samuel Roberge

2025-12-22T00:23:32Z

Les États-Unis ne cachent pas leurs ambitions avec leur déploiement militaire dans les Caraïbes et le blocus imposé au Venezuela, estime un chercheur. Selon lui, il serait illusoire de croire que ces actions ne s’inscrivent pas dans une stratégie politique et économique plus large.

• À lire aussi: Venezuela: les États-Unis poursuivent un pétrolier dans les Caraïbes

«Je pense qu'il faudrait faire preuve de naïveté si on écartait l'hypothèse centrale, selon laquelle les États-Unis veulent faire chuter le régime Maduro, le régime en place, pour y installer un régime ami, et ensuite reprendre pied de façon permanente dans le secteur pétrolier du pays», a indiqué Yvan Cliche, fellow et chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CÉRUM).

M. Cliche a également expliqué, en entrevue sur les ondes de LCN dimanche, que la principale orientation de la politique étrangère américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche repose sur la «domination énergétique», même si cette stratégie contraste avec les nombreuses déclarations du chef républicain, qui affirmait vouloir s’éloigner des années d’interventionnisme américain à travers le monde.

AFP
AFP

Dans cette logique, les États-Unis ont d’ailleurs exigé des pays européens qu’ils triplent leurs achats de gaz américain lors des plus récentes négociations commerciales. Le contrôle des ressources énergétiques apparaît ainsi comme un levier central de leur influence internationale, a avancé le spécialiste.

Publicité

Or, le Venezuela s’inscrit directement dans cette dynamique puisqu’il détient les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde. Un tel butin ne peut qu’attirer l’attention d’une administration américaine qui fait de l’énergie un pilier de sa politique étrangère, selon M. Cliche.

AFP
AFP

«Quand on lit la stratégie nationale des États-Unis qui a été publiée récemment et leur credo de domination énergétique, on ne peut faire autrement que de penser qu'on veut simplement mettre la main sur les importantes réserves pétrolières de ce pays en instaurant un régime ami», a renchéri le spécialiste.

Sur le terrain, les tensions entre Washington et Caracas ne font qu’augmenter. Les troupes américaines ont d’ailleurs saisi un deuxième pétrolier au cours du week-end, tandis que les exportations vénézuéliennes demeurent soumises à un blocus naval.

Cette situation s’inscrit toutefois dans un contexte de crise profonde qui ne date pas d’hier. Au pouvoir depuis maintenant plus de 12 ans, Nicolás Maduro gouverne un pays dont l’économie repose presque entièrement sur un secteur pétrolier en déclin. La chute de la production a entraîné un effondrement des revenus de l’État et accentué la crise sociale.

AFP
AFP

«En fait, le pays est en pleine déliquescence depuis maintenant une bonne vingtaine d'années avec les régimes qu'on a connus, c'est notamment le cas de celui de M. Maduro, [...] de Chavez», a mentionné M. Cliche.

Dans ce contexte, le Venezuela apparaît à la fois comme un pays affaibli et comme une cible stratégique majeure sur l’échiquier énergétique mondial. Pourtant, le Venezuela a déjà été une importante puissance pétrolière qui transigeait près de 3,5 millions de barils par jour.

«[Aujourd’hui], on est rendu justement à moins d'un million. Ce sont l'essentiel des revenus du pays, ça passe par le pétrole. Donc, on a assisté bien sûr à une chute, une très importante chute, des recettes fiscales du pays. Le secteur pétrolier est en lambeaux. Il manque de talent», a affirmé l’expert.

Voyez l’entrevue intégrale d’Yvan Cliche dans la vidéo ci-haut.

Publicité