«C’est quasiment comme une COVID numéro deux»: des restaurateurs essoufflés après un temps des Fêtes en dents de scie

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Félix Desjardins

2026-01-02T12:00:00Z
2026-01-02T23:14:12Z

Des restaurateurs québécois ont subi les contrecoups de la précarité de l’économie pendant les Fêtes, à commencer par l’austérité croissante des événements d’entreprise.

«C’est quasiment comme une COVID numéro deux», se désole le copropriétaire des restaurants Tapeo et Mesón, dans le quartier Villeray de Montréal, Sébastien Muniz, qui a eu un malheureux sentiment de déjà-vu en 2025.

Sébastien Muniz (à droite) est copropriétaire des restaurants Tapeo et Mesón, dans le quartier Villeray de Montréal. Il prend ici la pose avec son copropriétaire, Victor Afonso.
Sébastien Muniz (à droite) est copropriétaire des restaurants Tapeo et Mesón, dans le quartier Villeray de Montréal. Il prend ici la pose avec son copropriétaire, Victor Afonso. Photo MARTIN ALARIE

La période des Fêtes, habituellement salvatrice pour les restaurateurs, a été moins fructueuse qu’à l’habitude pour ses deux établissements, qu’il considère comme «milieu de gamme».

«On voit que les gens font plus attention à leur consommation d’alcool pour diminuer les factures, constate-t-il. Les partys de bureau, notamment, sont plus contrôlés qu’avant, avec des coupons de consommation plutôt que des bars ouverts.»

Un coup dur sur les restaurants, dont l’inflation rampante, la baisse du pouvoir d’achat de la classe moyenne et l’instabilité économique ont nui à la popularité en 2025.

Des patrons moins généreux
Le restaurant Le Coin G est situé dans le quartier Villeray de Montréal.
Le restaurant Le Coin G est situé dans le quartier Villeray de Montréal. Photo FÉLIX DESJARDINS

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À quelques rues de là, au bistro de quartier Le Coin G, Nikkeshan Malarraj fait écho à ces impressions: ce mois de décembre en a été un de vaches maigres par comparaison avec les deux dernières années.

«Avant, on avait toujours un trois semaines bien occupé, mais pas cette année, confirme-t-il. Plusieurs clients corporatifs nous ont dit qu’ils avaient changé de formule et qu’ils organisaient leur événement au bureau pour économiser.»

Du côté du Groupe Grandio, qui compte 65 adresses sous sa bannière, la période des Fêtes a été à la hauteur des attentes. Il n’en demeure pas moins que les événements d’entreprise à grand déploiement se font plus rares, confirme Guillaume Brière, vice-président à la direction des marques indépendantes.

«Pour tout le volet corporatif, les entreprises ont été plus prudentes que dans les dernières années. On a des groupes qui ont décidé après plusieurs années de passer du bar ouvert aux coupons de consommation, ou encore de réduire considérablement leur budget pour la soirée. Il y a une incertitude économique dans les prochains mois, donc ça se comprend.»

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Des habitudes transformées

S’ajoute à cela la diminution moyenne de consommation d’alcool, qui fait le bonheur de la Santé publique, mais nuit indubitablement aux restaurateurs. «Notre fournisseur de bière en pression n’en revenait pas à quel point nous avons moins vendu de bière que l’an dernier», ajoute M. Malarraj.

Par ailleurs, au-delà de la taille moyenne de la facture, les habitudes des Québécois semblent s’être transformées pour survivre à l’inflation et à la hausse du coût de la vie.

«Tout est concentré du jeudi au samedi, ajoute M. Muniz. L’achalandage est en baisse en début de semaine. Ma clientèle type, qui allait au resto à chaque deux semaines il y a quelques années, n’y va plus qu’une fois par mois.»

Guillaume Brière est vice-président à la direction des marques indépendantes pour le Groupe Grandio.
Guillaume Brière est vice-président à la direction des marques indépendantes pour le Groupe Grandio. Photo fournie par le Groupe Grandio

M. Brière, de son côté, a perçu une «migration de la clientèle» d’un restaurant à l’autre du Groupe Grandio.

«Par exemple, le couple qui vient de renégocier son hypothèque et qui avait l’habitude de souper au restaurant chaque semaine visite de plus en plus les places à déjeuner», illustre-t-il.

Une aide demandée

Par ailleurs, selon une nouvelle prédiction de l’Université Dalhousie, au moins 4000 restaurants mettront la clé sous la porte au Canada en 2026. Une tendance inquiétante pour M. Malarraj, qui espère voir naître d’autres programmes d’aide gouvernementale tels que le congé temporaire de TPS en 2024.

«Après la pandémie, ce n’est jamais revenu comme avant, se désole-t-il. Notre chiffre d’affaires diminue d’année en année. Un coup de main nous aiderait beaucoup.»

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