C’est quoi ça l’Illectronisme?


Louise Deschâtelets
Le mot « illectronisme » vous fait paniquer peut-être ? Le Courrier de Louise se serait-il métamorphosé en chronique scientifique ? À moins que le célébrissime Charles Tisseyre y signe une lettre ? Non, ce texte appartient à une madame-tout-le-monde !
Je voudrais revenir sur la lettre « Au secours ! Ma tête va exploser ! écrite par une lectrice de 75 ans dans votre Courrier du jour au sujet des obstacles qui surgissent sur sa route à cause des nouvelles technologies.
Pourquoi son SOS m’a-t-il interpellée ? C’est que, bien que je sois plus jeune qu’elle de 15 ans, la techno provoque souvent chez moi des crises d’urticaire. Si rédiger des courriels comme celui-ci ne nécessite généralement pas que j’enduise mes irruptions cutanées d’une généreuse couche de crème d’hydrocortisone, il en va autrement pour exécuter d’autres manœuvres informatiques.
Lorsqu’il me faut avoir recours au logiciel Word pour ensuite envoyer mes textes en pièces détachées dans le nouveau Outlook, alors là, j’avoue parfois songer à me faire hara-kiri ! J’exagère à peine ! Combien d’écrits ai-je perdu dans l’univers virtuel ? « Sapristi, ils sont où mes textes ? » J’ai davantage de chances d’atterrir sur mars que de les retrouver un jour. Si vous les apercevez, faites-moi signe !
Au lieu de pleurer comme une vache, j’ai pris les moyens de m’emmieuter en suivant quelques cours offerts par l’organisme COMMUNAUTIQUE. Autoévaluation : de E+ je suis passée à C... provisoirement. Comme la sphère technologique s’avère une créature adolescente en éternelle croissance, on n’a pas le temps de maitriser une quelconque pirouette informatique que déjà elle est passée date et qu’il faut se résoudre à apprendre une nouvelle acrobatie numérique.
Sans compter que ça coûte souvent la peau des fesses la technologie dernier cri, et que ma tirelire n’a rien de comparable à celle d’Elon Musk. Et si on ose faire un doigt d’honneur à la technologie, et bien on se retrouve en queue de peloton au plan social. Ce qui s’appelle « L’illectronisme » !
J’ai déniché ce terme un brin savant, alors que j’accouchais d’une chronique pour un blogue spirituel. Il s’agit tout simplement « de la difficulté, voire de l’incapacité que rencontre une personne à utiliser des ressources numériques en raison d’une absence de connaissances à propos de leur fonctionnement. » Merci Google !
La techno peut parfois nous paraître sans pitié. Mais le problème ne repose-t-il pas fondamentalement sur la façon dont les êtres humains la gèrent ? Nous avons pourtant un cœur et surtout une intelligence réelle et non artificielle. La sensibilité, n’est-ce pas justement cela qui nous différencie des androïdes ?
Comme c’est lorsque surgit un éveil collectif face à un écueil que tous les espoirs sont permis, je voudrais vous informer de la pétition « Traversons l’écran pour que l’humain demeure au cœur des services publics » qui s’est tenue du 8 avril 2024 au 15 février 2025 à l’Initiative du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, lequel a reçu l’appui de 328 organisations et de 12,476 personnes.
Tout ce beau monde s’interrogeait à savoir « Est-ce là le Québec que nous voulons ? Un Québec où seules les personnes à l’aise avec le numérique auront accès facilement aux services publics ? »
Je m’arrête ici pour entreprendre mon quart de travail dans une salle de spectacle où on ne déchire plus les billets. On les valide maintenant électroniquement. Combien de fois n’ai-je pas entendu ceci : « Madame, je ne trouve plus mes billets dans mon cellulaire ! » En passant, ce propos n’émane pas uniquement des gens du grand âge.
Martine Lacroix
Merci de nous avoir appris ce néologisme qui est en fait une transposition de la notion d’illettrisme dans le domaine du numérique. Dans mon cas, c’est pour transférer mes billets électroniques dans mon portable que j’ai galéré.