Chaleur «épouvantable» à l’hôpital: des patients se disent laissés à eux-mêmes pendant la canicule

Malgré un système de climatisation centrale, la température est très élevée dans certains secteurs de l’Hôpital de l’Enfant-­Jésus, à Québec, en période de chaleur intense.
Malgré un système de climatisation centrale, la température est très élevée dans certains secteurs de l’Hôpital de l’Enfant-­Jésus, à Québec, en période de chaleur intense. Photo Agence QMI, Guy Martel
Photo portrait de Jérémy Bernier

Jérémy Bernier

2021-08-14T04:00:00Z

Des patients ont vécu « un calvaire » après avoir séjourné dans des chambres d’hôpital qui ne sont pas adéquatement climatisées alors que la température ressentie a frôlé les 40 °C pendant quatre jours. 

• À lire aussi: Le mois de juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré sur Terre

• À lire aussi: La canicule sévit pour une dernière journée

« C’est épouvantable, il y a des journées où j’ai vu des étoiles », déplore Bernard Lavoie, hospitalisé à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, après s’être fracturé la hanche.

L’homme de 78 ans séjourne dans l’une des chambres de l’aile orthopédique depuis le 5 août. 

Dans la pièce, le ventilateur mis à sa disposition ne fait que pousser de l’air chaud et humide, alors que le soleil plombe à travers la fenêtre même si les stores sont fermés. 

« Un calvaire » pour le septuagénaire, alors que la température ressentie depuis mardi varie entre 30 et 40 degrés, à l’extérieur.  

« Demander une débarbouillette d’eau froide ou de l’eau glacée, c’est comme demander une grande faveur. J’ai l’impression de parler à un mur », peste M. Lavoie. 

« Pas assez de
personnel » 

Pas question non plus de déplacer le septuagénaire vers une zone plus fraîche pendant un certain temps ou de distribuer des popsicles. 

Publicité

« On m’a dit qu’il n’y avait pas assez de personnel ni de temps pour ça », poursuit l’homme.

Du côté du syndicat des travailleurs du CHU de Québec, on affirme ne pas avoir eu de plaintes relatives aux conditions de travail déplorables liées à la chaleur suffocante. 

Toutefois, « c’est évident » que la température des derniers jours a affecté l’efficacité au travail des employés, d’après le président, Pierre Émond.  

Ajouté à la pénurie de main-d’œuvre qui est aussi criante dans le milieu, « c’est sûr que ça a un impact », croit M. Émond. 

Plaintes nombreuses

Loin de mettre la faute sur les travailleurs, le Conseil pour la protection des malades (CPM) estime que le problème serait réglé si les fenêtres de chaque chambre étaient équipées d’un air conditionné.  

Paul Brunet. PDG du CPM
Paul Brunet. PDG du CPM Photo Martin Alarie

La situation de Bernard Lavoie n’est d’ailleurs pas un cas isolé, d’après le président-directeur général du CPM, Paul Brunet. 

Les plaintes liées à la chaleur extrême et au manque de solution pour rafraîchir les patients étaient très nombreuses dans les derniers jours, bien que moindres par rapport aux dernières canicules.

« Ça m’exaspère tellement, mais je ne suis pas surpris, soupire-t-il. Ces gens-là suffoquent pendant que les gestionnaires sont au frais. Ça fait dur. » 

Publicité

Le CHU de Québec dit faire son possible  

Même si des patients se plaignent de chaleur accablante, le CHU de Québec estime que la situation est bien gérée par leurs intervenants qui font de leur mieux.

« [On] a des plans d’action qui se mettent en place lors d’alertes de chaleur accablante par la Santé publique », indique le porte-parole du CHU de Québec Bryan Gélinas. 

« Malgré que nous sommes toujours au niveau préalerte dans la région, nous avons tout de même mis en place plusieurs actions de nos plans dans les derniers jours », poursuit-il. 

Ainsi, une vigie est faite par le personnel soignant pour surveiller les signes de déshydratation ou de coup de chaleur et la distribution d’eau est faite de façon plus fréquente. On prend également soin de fermer les rideaux des fenêtres exposées au soleil, explique-t-on. 

Entièrement climatisé, mais...

Par ailleurs, on assure que l’entièreté de l’hôpital de l’Enfant-Jésus est ventilée mécaniquement et climatisée par un système central. 

Toutefois, il peut faire « très chaud » dans certains secteurs lors d’épisodes de chaleur intense, convient-on. 

« Une recension complète des endroits vulnérables lors d’épisodes de chaleur a été faite et des ventilateurs et/ou climatiseurs portatifs y sont déployés », souligne M. Gélinas. 

Limiter les désagréments 

Ces mesures ne sont visiblement pas suffisantes pour des patients comme Bernard Lavoie, qui séjourne dans l’établissement depuis quelques jours et qui dit « voir des étoiles » à cause de la température.

Mais le CHU ne semble pas y voir de problème puisqu’aucune situation de malaise, de déshydratation ou de coup de chaleur n’a été rapportée pour le moment.

Questionné au sujet du « calvaire » que vit M. Lavoie depuis quelques jours, le centre hospitalier se contente d’affirmer que ses intervenants « font tout en leur pouvoir pour limiter les désagréments liés à la chaleur ».

À VOIR AUSSI 

Publicité