Usine à St. Thomas: «Chaque emploi chez Volkswagen va en créer entre cinq et dix autour»

Les retombées pour les PME de transport et les petits fournisseurs s’annoncent alléchantes

Blaine Skirtschak, est le directeur général de Messenger Freight Systems. Les locaux de cette petite entreprise de transport sont situés à deux pas du terrain de la future usine de Volkswagen.
Blaine Skirtschak, est le directeur général de Messenger Freight Systems. Les locaux de cette petite entreprise de transport sont situés à deux pas du terrain de la future usine de Volkswagen. Photo Francis Halin
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Francis Halin

2023-04-01T04:00:00Z

ST. THOMAS, Ontario | Après les fermetures brutales des méga-usines de Ford et de Sterling, les travailleurs ont fui la ville et sont allés faire de petits boulots pour nourrir leur famille. L’arrivée de Volkswagen leur redonne espoir d’une vie meilleure.

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«On est de retour sur la carte. C’est surréel», lance Blaine Skirtschak, directeur général de l’entreprise de transport Messenger Freight Systems, située devant le terrain de la future usine du géant allemand.

«On a perdu Ford et Sterling, qui avaient des milliers de bons emplois à côtés. Les gens avec de gros salaires se sont mis à juste vouloir travailler parce qu’ils avaient des bouches à nourrir», image-t-il.

À St. Thomas, tout le monde a un emploi lié de près ou de loin à l’automobile. Quand l’industrie attrape un rhume, les entreprises tombent malades. 

Pour Blaine Skirtschak, l’arrivée en ville du constructeur est de la musique à ses oreilles. Dans le coin, on dit que ces grosses usines ramènent la prospérité.

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«Chaque emploi chez Volkswagen va en créer entre cinq et dix autour», lâche-t-il (voir autre texte «Une annonce qui rappelle la belle époque de Ford»).

Le souvenir de temps difficiles

En faisant visiter son immense entrepôt, Blaine Skirtschak raconte l’histoire de gars d’usine spécialisés qui gagnaient 150 000 $ par année et qui se sont retrouvés le bec à l’eau quand les méga-usines automobiles ont fermé.

«Certains sont devenus caristes ici», se souvient-il.

Quand on lui fait remarquer qu’il n’y a pas beaucoup de voitures électriques encore sur les routes, le dirigeant se veut avant tout pragmatique.

«Que l’on aime cela ou non, l’industrie sera électrique d’ici 10 ou 15 ans, alors, soit tu montes dans le train ou quelqu’un d’autre va le faire», philosophe-t-il.

Nouveau «buzz»

À trois kilomètres de là, Ross Tregenza, directeur général de l’entreprise d’outils de précision Tru-Die Limited, voit aussi d’un bon œil la venue de Volkswagen.

«C’est tôt pour mesurer l’impact, mais cela va créer un buzz», prédit-il.

D’après lui, même s’il faudra changer certains aspects de son plan d’affaires pour se rapprocher du secteur des batteries, le jeu en vaudra la chandelle.

Quand on demande à Sean Dyke, PDG de la St. Thomas Economic Development Corporation, si la méga-usine pourrait venir siphonner les rares employés du coin, déjà difficiles à avoir, il admet certaines craintes.

«Des entreprises s’inquiètent de peut-être perdre des travailleurs au profit de Volkswagen, mais d’autres gens viendront en ville pourvoir ces postes», répond-il.

«Ça sera bénéfique pour la communauté, pour beaucoup d’industries et de petits commerces», conclut-il.

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Une communauté qui a su rebondir

ST. THOMAS, Ontario | Entre 2008 et 2010, St. Thomas a perdu les quelque 5000 emplois manufacturiers payants des usines d’assemblage de camions Ford et Sterling, ce qui a provoqué une véritable saignée chez leurs fournisseurs.

«Depuis, notre communauté n’a cessé de se transformer, avec une nouvelle base industrielle diversifiée qui solidifie notre position en tant que ville, l’automobile étant toujours l’employeur principal depuis une génération», raconte Sean Dyke, président et directeur général de la St. Thomas Economic Development Corporation. 

«À l’heure actuelle, il y a peu ou pas d’espace industriel disponible à la vente ou à la location, ce qui est un défi pour St. Thomas», poursuit-il.

L’arrivée de Volkswagen dans le décor apportera de l’eau au moulin. La grappe de PME du secteur automobile, qui avaient parfois délaissé certains segments d’affaires par la force des choses, reviendra à leurs premiers amours.

L’usine de batterie de St. Thomas sera la troisième de Volkswagen au monde après celles de Salzgitter, dans le centre de l’Allemagne, et de Valence, en Espagne. Ce sera la toute première d’Amérique du Nord.

L’enthousiasme de retour

Lors du passage du Journal en ville la semaine dernière, l’excitation était palpable. Le mot Volkswagen faisait tourner des têtes, tant dans les petits commerces que dans les ateliers d’usinage.

Au cœur du parc industriel, on peine toujours à croire que la ville vient d’être choisie pour accueillir ce maillon important de la filière batterie. Le milieu des affaires, qui avait été refroidi par une cascade de fermetures, regarde en avant.

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Pour Ross Tregenza, directeur général de l’entreprise d’outils de prévision Tru-Die Limited, l’implantation d’une méga-usine arrive après son lot de mauvaises nouvelles, qui ont laissé des cicatrices à la communauté.

«Le sud de l’Ontario a été frappé assez fort par la perte d’emplois vers le sud de la frontière ou le Mexique», observe-t-il.

«C’est un bon rebond», résume-t-il.

Ces prochaines années, les entreprises de construction de maisons et du secteur des services devraient tirer leur épingle du jeu, selon la St. Thomas Economic Development Corporation.

Une annonce qui «rappelle la belle époque de Ford»

Tim Asalfar, propriétaire de The Perk Café
Tim Asalfar, propriétaire de The Perk Café Photo Francis Halin

ST. THOMAS, Ontario | «On commence déjà à voir de nouveaux visages venir ici pour nous parler de l’usine. Les gens sont contents. Ça nous rappelle la belle époque de Ford», partage Tim Asalfar, propriétaire de The Perk Café, au centre commercial Elgin.

Lors du passage du Journal dans le centre commercial, les clients pouvaient se compter sur les doigts d’une main. Les magasins encore ouverts étaient souvent déserts.

«Quand j’ai lancé mon commerce en 1998, Ford était là. Plus de 5000 familles dépendaient de l’usine d’une façon ou d’une autre. C’était un boom», illustre Tim Asalfar, propriétaire d’un café depuis une vingtaine d’années.

«Après le départ de Ford, le déclin a commencé. Les gens qui venaient manger ici n’étaient plus au rendez-vous», soupire-t-il.

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Il y a deux ans, Amazon a acheté l’ancienne usine de Ford de Talbotville, à dix kilomètres de là, qui était l’un des moteurs économiques de la région, mais bien des commerces tournent toujours au ralenti dans la région.

Au cœur de la transition

Quand Ford a fermé, Tim Asalfar a dû licencier ses quatre employés et a tenté tant bien que mal de continuer de servir ses cafés de spécialité aux clients avec sa femme. Mais les temps ont été durs. 

La nouvelle méga-usine de Volkswagen lui redonne donc espoir.

«Si l’on parle de 3000 emplois, avec les familles, c’est plus de 5000 ou 6000 personnes avec leur famille ajoutées à la ville. Ces gens-là vont dépenser leur argent ici, à St. Thomas. Ce sont des payeurs de taxes. La ville connaîtra un boom», prédit-il.

John Mitrovic
John Mitrovic Photo Francis Halin

Pour John Mitrovic, un retraité de General Motors qui habite St. Thomas, la venue du géant allemand est une bénédiction.

«GM vient de convertir l’usine d’Ingersoll [à 40 kilomètres au nord de St. Thomas] où je travaillais en une usine de véhicules électriques», partage-t-il.

«L’automobile n’est pas morte, elle a juste changé. On est au cœur de ça», poursuit-il. «Le prix des maisons va monter», ajoute-t-il en regardant sa femme.

Une renaissance

À quelques pas de là, Cheryl Laframboise, gestionnaire de la boutique Northern Reflections, voit l’arrivée de Volkswagen comme une renaissance.

«Mon mari a travaillé durant 35 ans chez Timken. L’usine a fermé. Il a perdu son emploi. Amener une méga-usine comme cela va sécuriser St. Thomas», confie-t-elle.

«On a besoin d’avoir une usine qui paye bien. On a besoin d’avoir du manufacturier. C’est très important. Ça garde tout le monde heureux», conclut-elle.

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