«Chaque fois que je gèle des doigts, je revis cette soirée»: Sabrina Cournoyer a fait la file dehors à –37°C pendant des heures pour assister à un concert de ce groupe

Sabrina Cournoyer

2026-02-01T05:00:00Z

Chaque hiver, quand les températures frôlent les –35, je repense à l’adolescente insouciante que j’ai été, celle qui s’est gelé les mains une bonne fois pour toutes le 23 janvier 2004.

C’était il y a un peu plus de 20 ans et j’avais l’âge où porter une tuque, des mitaines et des bottes, ce n’était pas cool. J’affrontais donc les variations de la météo québécoise «jamais vêtue comme du monde», au grand dam de ma pauvre mère. Chaque matin, elle constatait que tout l’attirail nécessaire pour contrer les averses, les flocons ou le froid était resté dans l’entrée.

Bref, mes doigts et mes orteils menaçaient de tomber et j’avançais les oreilles rouge-mauve au grand vent.

Quand j’y pense, je me dis que c’est fou ce qu’on se faisait subir juste pour essayer de tempérer le regard des autres sur nous. Dire que deux décennies plus tard, je possède une collection de tuques que je porterais à longueur d’année et j’enfile des combinés dès que les degrés glissent sous le point de congélation. Les temps ont changé. J’ai changé. Tant mieux.

Prête à tout

Revenons au 23 janvier 2004. J’ai 16 ans et je me prépare à assister à mon premier concert de Linkin Park, mon groupe préféré (il l’est encore aujourd’hui). Mon plan: arriver assez tôt pour faire la file à l’extérieur et ainsi être le plus près possible de la scène.

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Ce jour-là, il fait –37 °C.

En me préparant, j’ai bien sûr opté pour le style (discutable en plus) plutôt que le confort.

Je sors de chez moi, j’attends le bus dehors. J’y monte, on fait le trajet jusqu’au métro. Après quelques stations, j’arrive au Centre Bell vers 15h. Les portes ouvrent à 18h30. Il fait toujours aussi froid.

Quelle naïveté de penser que ce ne serait pas si pénible que ça, geler beaucoup. Je me rappelle avoir eu peur, à un moment, de perdre des membres pour vrai. J’avais l’impression que ma mâchoire allait débarquer tant je grelottais.

Toutes ces sensations s’estompent rapidement quand on entre finalement se réfugier au chaud. Mes doigts n’auront désormais plus jamais d’endurance au froid, mais ça, je m’en rendrai compte seulement beaucoup plus tard. Quoi qu’il en soit, nous sommes collées à la clôture qui orne le devant de la scène. C’est mission accomplie. Je capote.

We are, we are... Youth of the Nation

Le spectacle commence. En première partie se succèdent Hoobastank, Story of the Year et P.O.D., ceux à qui on doit le succès Youth of the Nation. En 2004, ce morceau joue partout. J’adore cette chanson. À cette époque, non seulement je ne m’habille pas en fonction des saisons, mais je chante aussi «au son». Je ne connais pas les paroles, sauf peut-être celles des refrains.

Pendant la prestation de P.O.D., sans avertissement, un agent de sécurité vient m’extirper de la foule et, surtout, de ma place durement gagnée. Je ne comprends pas ce qui se passe! Je me mets à paniquer.

Le soulagement vient très rapidement. L’explication est simple: je dois monter sur scène avec la dizaine de spectateurs qui, eux aussi, se sont fait sortir des enclos. Le temps de cligner des yeux, et avec les mains qui dégèlent enfin, je me retrouve devant le Centre Bell rempli, devant des milliers de spectateurs.

Sonny, le chanteur du groupe, nous fait chacun une accolade avant d’entamer la chanson que tout le monde attend, celle qui joue partout. Le micro passe devant moi à plusieurs reprises, je marmonne n’importe quoi. Je suis envahie de regrets... Pourquoi n’ai-je jamais appris les paroles sauf la phrase du refrain? La première de classe que je suis s’en veut de ne pas avoir étudié en vue de cet examen surprise. N’empêche, mon premier spectacle de Linkin Park reste magique.

Chaque fois que je gèle des doigts, je revis cette soirée. Et pour ceux qui se le demandent: non, je ne connais toujours pas les paroles de Youth of the Nation. Sauf la phrase du refrain.

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