Les blogues renaissent, les célébrités s’y mettent
Juliette de Lamberterie
Alors que les réseaux sociaux misent tout sur les vidéos courtes — toujours plus vite, toujours plus instantané —, les textes longs et personnels sont à la mode.
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Je le dis tristement: je n’ai jamais pu profiter de l’âge d’or des blogues. Étant une Gen Z de la fin des années 1990, cette époque qui m’apparaît presque magique m’a filé entre les doigts. Ma participation à l’internet n’a réellement débuté qu’à l’arrivée de ces fameuses «plateformes» qui ont tout changé dans la manière dont on navigue sur le web.
Alors que l’on consultait auparavant une ribambelle de sites web plus créatifs et nichés les uns que les autres pendant une brève fenêtre des années 2000, on s’est depuis habitués à faire du sur-place sur Instagram, TikTok ou X — on dit d’ailleurs de son ancêtre, Twitter, qu’il a «tué» les blogues. D’un côté, on sait ce qu’on y a gagné: c’est excitant d’être tout le monde au même endroit. Mais on sait aussi ce qu’on y a perdu: de plus en plus de gens font le pas de quitter certains réseaux sociaux, trop haineux et hyperstimulants.
Depuis le début du millénaire, le paysage médiatique canadien a beaucoup changé. Des médias indépendants ont fait faillite, des centaines de journaux locaux ont fermé. Bien des journalistes se sont retrouvés sans emploi, et une plateforme (une autre, oui) s’est imposée comme refuge: Substack. Des auteurs et autrices en tous genres y écrivent leur infolettre, qui arrive directement dans la boîte courriel de leur audience. On peut s’y abonner gratuitement ou payer un montant mensuel pour accéder à leur contenu exclusif. Le rapport à l’écriture y est instantané: on écrit, on publie, on obtient du feedback. Substack a ainsi permis à maints pigistes de vivre, pour la première fois, de leur écriture.
Si la plateforme était encore tranquille en 2021, l’internet en entier possède désormais sa page Substack (ou presque). Pamela Anderson, Lena Dunham, Lilly Allen, Lizzo et Rosalía ont toutes fait le saut. Via des textes publics ou des publications réservées à leur audience payante, elles livrent librement leurs pensées du moment, dévoilent les livres qu’elles lisent, font des recommandations de produits... au grand bonheur des fans qui aiment cultiver ce lien parasocial avec leurs stars préférées. «J’ai toujours été ouverte sur mon art. Parfois, les gens n'écoutent pas ou me prennent hors contexte. Écrire publiquement me permet de créer du contexte», a déclaré Charli XCX, qui a aussi commencé à bloguer sur Substack.
Ces vedettes qui s’établissent sur la plateforme la rendent-elle plus compétitive et saturée? Bien sûr. Il n'en reste pas moins qu’il est très divertissant de voir ces it-girls tenter de devenir la nouvelle Carrie Bradshaw. Parfois, l’un de leurs textes devient viral sur les réseaux sociaux, réservant au public en entier le droit de devenir critique et éditeur. «Pourquoi elle veut devenir une intellectuelle?», ricanait une utilisatrice de X en réaction à l’un des essais de Charli XCX, intitulé «La mort du cool» (The Death of Cool).
Comme les blogues de l’époque, ces textes Substack brouillent souvent les lignes entre critique culturelle, article et récit intime. Ils incorporent aussi le lingo d’internet. Chacun y met sa touche personnelle, sans forcément tenter d’écrire un texte digne du New York Times. Oui, c’est vrai que le manque d’édition se fait parfois sentir. Toutefois, c’est presque l’objectif d’être un peu cringe. Surtout chez ces célébrités, alors que les réseaux sociaux sont aujourd’hui davantage dans la cour des équipes de relations publiques. Elles cherchent à connecter plus directement avec leurs fans, quitte à se dévoiler un peu plus, insécurités et fautes de syntaxe incluses.
Alors, non, tout le monde ne peut pas être bon blogueur. C’est un travail difficile, après tout, de trouver sa voix, de construire son propre média et de garder une constance. Le phénomène Substack rappelle du moins qu’écrire, c’est cool, et qu’on a le droit de briser les règles. Si aucune plateforme ne sauvera l’internet ni ne réglera la crise des médias, le retour des formats longs nous donne au moins le temps de respirer et de réfléchir un instant, sans qu’une vidéo ou une publicité pop-up nous agresse par surprise. C’est déjà ça de gagné.
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