Comment en est-on rendu là?

Denise Bombardier
Sans doute le confinement joue-t-il un rôle dans la perception que nous avons de la période noire dans laquelle nous sommes plongés.
Nous vivons au cœur d’une désorganisation à la fois personnelle et collective que peu de gens auraient imaginée avant que la COVID-19, cet ennemi invisible, nous menace de mort.
Le Québec actuel a failli à reconnaître notre insouciance accumulée depuis des décennies qui nous a rendus aveugles. Car le Québec se détricote et se désagrège à un rythme affolant.
Chaque jour, nous subissons des agressions sociales, qui nous déstabilisent et qui meurtrissent plusieurs citoyens déjà fragilisés.
On apprenait récemment qu’une liste d’attente de trois mille cas est sur les bureaux de la DPJ. Or, par définition, un signalement de maltraitance d’un jeune enfant ne peut pas attendre des semaines, voire des mois avant que les spécialistes n’interviennent. Pourtant, on aime tellement les enfants au Québec, n’est-ce pas ?
Carnage
On bat les femmes lorsqu’on ne les tue pas. Et malgré une centaine de millions de dollars auxquels s’ajoutent, grâce au nouveau budget, des millions de plus, les centres d’accueil pour femmes battues et les centres d’aide aux hommes violents sont trop peu nombreux. Donc, le carnage continuera.
Que dire de nos CHSLD qui ont servi de cercueils à tant de nos vieillards maltraités et morts dans la solitude ? La maltraitance continue, car la désorganisation bureaucratique pèse de tout son poids sur nos institutions de santé.
Pourquoi des drogues mortelles circulent-elles parmi les jeunes malgré les décès qu’elles provoquent ? Manque de personnel, fatalisme de l’opinion publique, sans doute ?
Et que penser des quartiers de Montréal et d’ailleurs où l’on se tire dessus au quotidien blessant ou tuant même des personnes qui n’ont rien à voir parfois avec les malfrats ?
Far West
Le fait que des armes circulent grâce à des passeurs qui traversent sans difficulté notre frontière avec les États-Unis, le paradis des armes, et se retrouvent même dans les écoles est devenu banal, semble-t-il. On empile les morts, on soigne des blessés qui se taisent devant les policiers. Quel Far West à l’Est !
Nos policiers doivent agir comme s’ils marchaient sur des œufs. Les bavures policières récentes servent de prétexte pour justifier ceux qui vouent une haine aveugle aux forces de l’ordre. À quand des attaques de bandes contre la police, comme on en voit en France ?
Toutes les incivilités actuelles sont en hausse. Dans les années 1970, un slogan publicitaire très connu avait la cote : « On est 6 millions, faut se parler ». Aujourd’hui, on est 8 millions. Plutôt que de se parler, on s’engueule, on s’affronte, on se blesse mutuellement et parmi ces 8 millions un certain nombre de gens nous combattent, nous haïssent et nous refusent le droit de nous souvenir de notre passé, préférant réécrire une autre histoire où nous sommes les agresseurs.
Qu’avons-nous fait, grands dieux, pour mériter tant de mépris et de dédain ? Que nous sommes-nous fait aussi à nous-mêmes, entre nous, Québécois en voie de dissolution collective ?