Comment la solitude a façonné l’esprit créatif de Simon Boulerice

Alicia Bélanger-Bolduc

2025-12-24T11:00:00Z

Simon Boulerice ne cesse de nous impressionner, tant par son talent exceptionnel dans tous les domaines de l’écriture que par sa personnalité débordante de joie. Dans ses œuvres récentes, il puise dans ses souvenirs d’enfance, qu’il transforme en récits enchanteurs pour les plus jeunes. Toujours en mouvement, il nous dévoile également ses projets à venir. Entretien avec cet artiste infatigable.

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Parle-moi de ton nouveau livre, Je n’ai pas été invité.

L’histoire tourne autour de Paul, un petit garçon d’environ neuf ans qui ne se fait pas inviter à la fête d’un camarade. J’ai créé le personnage de son ami Soleil, la vedette de la classe. Je me suis amusé à nommer mes personnages dans l’ordre des planètes du système solaire: Paul est donc Pluton, le petit rejeté. Il trouve une façon de s’inviter à la fête, une porte d’entrée pour avoir accès à une part de Soleil malgré tout. C’est important pour moi, quand j’écris pour les petits, qu’il y ait toujours de la lumière, leur montrer que la vie mérite d’être vécue. J’use beaucoup de tendresse.

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D’où vient l’idée de ce sujet?

Je fais beaucoup de conférences dans les écoles et un jour, un élève m’a invité à son anniversaire. Ce simple geste a réveillé un souvenir d’enfance: celui d’une fête à laquelle je n’avais pas été convié. J’étais tanné de ne jamais être invité! Les parents aussi souffrent pour leur enfant, c’est un sujet universel. J’ai toujours eu cette préoccupation que les gens se sentent inclus. Ce livre est une main tendue. C’est triste, mais il faut apprendre à peupler sa solitude autrement.

Pourquoi faire l’analogie avec le système solaire?

J’ai fait le lien avec le moment où Pluton a été rejetée du système solaire. Ça m’avait profondément attristé; j’ai toujours aimé les petits derniers. J’avais même fait un exposé oral sur Pluton quand j’étais enfant. J’ai donc établi ce parallèle dans mon livre.

À quoi ressemblait Simon à l’âge de Paul?

Il me ressemble beaucoup. J’étais un enfant qui avait de la difficulté à lire, mais à neuf ans, quand la lecture est entrée dans ma vie, tout a changé. Elle a comblé ma solitude et éveillé ma créativité. Je dessinais, je chantais, je dansais, je rêvassais devant la télé. Il y avait toujours de la musique; aujourd’hui, j’apprécie davantage le silence. Ce sont des moments privilégiés quand je me décide à en écouter.

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Dominic Gouin / TVA Publications
Dominic Gouin / TVA Publications

Et maintenant, quel est ton rapport à la solitude?

Quand la pandémie est arrivée, ç'a été une tragédie pour plusieurs, mais une accalmie bienvenue pour moi. J’ai renoué avec mon imaginaire. Aujourd’hui, mon conjoint travaille au Nunavut, je passe souvent plusieurs jours seul, et je trouve ça sain. Je peux voir des gens quand je veux, mais je suis très à l’aise dans ma bulle. Quand elle est choisie, la solitude est grandiose et bienfaisante. Passer du temps avec moi m’aide à créer, à être plus profond. J’ai besoin des autres pour survivre, mais pas tous les jours.

À première vue, on ne dirait pas que Simon Boulerice aime la solitude.

J’en parle justement dans Pleurer au fond des mascottes. Si tu n’es pas invité, invite tout chez toi: les amis, l’imaginaire, l’art, le sport. On peut meubler nos vies à notre façon. J’ai appris à être serein dans ma solitude, mais quand elle n’est pas choisie, c’est plus difficile. J’ai fait un grand cheminement, et ça a fini par m’apporter du positif. Plusieurs modes de vie cohabitent en moi, ce qui peut surprendre.

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Quelle a été ta collaboration avec l’illustrateur Francis-William Rhéaume?

Ce n’est pas notre première collaboration. J’aime son univers, sa tendresse et la couleur qu’il donne à mes textes. C’est un des gars les plus doux et drôles que je connaisse. Il a eu l’idée de faire des visages ronds comme des planètes, et j’ai adoré. Dans mes textes, je glisse souvent des didascalies, une vision de la scène. Si l’artiste a une meilleure idée, je m’ajuste. Il y a une belle collaboration qui s’installe, et j’élague parfois mes textes pour laisser plus d’espace à l’image.

Dominic Gouin / TVA Publications
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Puisque tu ne peux pas n’avoir qu’un seul projet, tu as sorti aussi Simon a sa journée dans le corps, en novembre.

C’est une collaboration avec Le Petit Robert. On m’a demandé un livre jeunesse inspiré des expressions québécoises. J’en utilise déjà beaucoup et j’adore ce pan de notre culture! J’ai retenu celles qui me font rire et créé une histoire autour. Je me suis inspiré de ma sœur qui, plus jeune, avait oublié la journée de la photo d’école. Dans le livre, Simon arrive habillé comme la chienne à Jacques, il fait les yeux doux à la caméra, puis la baboune, et ainsi de suite. Les illustrations de Camille Lavoie sont magnifiques. C’est un honneur d’être associé à une institution comme Le Petit Robert.

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J’aimerais que tu nous amènes dans ta tête. À quoi ressemble ton processus d’écriture?

J’ai toujours une dizaine de projets à la fois: télé, poésie, théâtre, romans, jeunesse, adultes. C’est très éclectique, mais ça fonctionne pour moi. J’avance selon l’urgence; la télé doit souvent aller vite. Je suis très efficace et je «précrastine»: je fais tout d’avance pour respecter les délais. Ma créativité est joyeuse. Je ne suis pas toujours motivé, mais je suis un bon public pour mes propres œuvres. Je me fais confiance, je m’amuse, et parfois, je m’émeus en me relisant. Bien sûr, il y a des doutes, mais j’accepte le fait qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Chaque projet différent m’aide à garder le fil.

Dominic Gouin / TVA Publications
Dominic Gouin / TVA Publications

Justement, on parle de livre jeunesse, mais tu es en plein tournage d’une série, Je te tiens, un thriller. Pourquoi ce projet?

Je parle d’assistance sexuelle, un sujet peu abordé mais fascinant. Le besoin d’intimité est essentiel et certains n’y ont pas accès. C’est un thème fertile, controversé, un peu comme Chouchou. J’ai rencontré plusieurs travailleurs du sexe pour bien m’informer. Le tournage se poursuit jusqu’en décembre, et j’y joue un rôle. C’est un thriller étrange, un peu glauque, mais qui évoque le cinéma d’auteur indie. L’idée vient d’un projet avorté: une scène de rivalité entre sœurs. On est partis de là pour explorer quelque chose de plus tordu, autour de la notion de soin. L’histoire met en vedette Antoine Pilon, Amaryllis Tremblay et Juliette Gariépy.

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Prends-tu parfois le temps de mesurer l’ampleur de ton travail?

J’essaie de ne pas trop y penser. Ce sont les autres qui me rappellent le nombre de livres ou de séries que j'ai créés. Je préfère regarder vers l’avant. Récemment, j’ai voulu savoir combien de livres j’avais vendus: environ 270 000. C’est agréable à apprendre, mais ça ne doit pas influencer la suite. Je peux être effervescent, mais il me faut aussi des moments d’accalmie. Je préfère me rappeler les projets qui m’ont surpris par le plaisir qu’ils m’ont procuré, comme Big Brother. Je vis des expériences que je n’aurais jamais cru possibles. J’ai été un enfant contemplatif, mais j’aspirais déjà à l’aventure. Aujourd’hui, je sais dire non, mais si mon instinct me dit oui, je fonce. Si je sens qu’un projet va m’épuiser, je le laisse tomber.

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