Contre-tarifs: François Legault dit que «ça mettrait un peu dans la merde les États-Unis»

«J’ai dit aux États-Unis: si vous jouez dur, on va jouer dur», rapporte le premier ministre

Photo portrait de Nicolas Lachance

Nicolas Lachance

2025-02-13T15:42:20Z

Le premier ministre François Legault assure que des contre-tarifs mettraient les États-Unis «dans la merde». Sa ministre du Saguenay est toutefois inquiète pour l’économie de sa région.

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Forcer les alumineries à diversifier leur marché d’exportation mettrait «un peu dans la merde les États-Unis», parce qu’ils en fabriquent seulement 14% eux-mêmes, a plaidé le premier ministre du Québec. Legault propose des contre-tarifs de 25% sur l’aluminium. Il a martelé la même formule pour les secteurs de l’aéronautique et des minéraux critiques.

«Ça pénaliserait de beaucoup les États-Unis, qui seraient obligés de s’approvisionner ailleurs», a déclaré François Legault à l’Assemblée nationale jeudi matin.

«J’ai dit aux États-Unis: si vous jouez dur, on va jouer dur.»

Depuis son retour de Washington, M. Legault doit défendre la stratégie qu’il a utilisée pour convaincre le président Donald Trump de renoncer à ses tarifs sur le fer et l’aluminium.

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La stratégie des «compromis» critiquée

En affirmant sur la place publique mercredi qu’il était «prêt à beaucoup de compromis», le premier ministre a entraîné de l’instabilité et de l’incertitude, ont critiqué les partis d’opposition.

«Est-ce que M. Trump veut renégocier, oui ou non? [...] Nous, on est prêt à beaucoup de compromis dans l’aéronautique, dans la forêt, dans, peut-être, de la sécurité à long terme sur l’aluminium», a évoqué M. Legault.

Cette déclaration démontre «la panique» du gouvernement face à un président des États-Unis qui est au «sommet de sa force», qui menace même d’annexer le Canada.

«L’ensemble de l’œuvre, c’est une position affaiblie du Québec [...] au pire moment», a déclaré le péquiste Pascal Paradis.

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, assure que le premier ministre Legault a «déçu tout le monde» en faisant «cavalier seul», sans l’accord des autres premiers ministres des provinces qui l’accompagnaient à Washington.

«C’est comme un orchestre qui se déplace, mais qui ne joue pas en harmonie. Ça faisait un peu cacophonique», a dit le chef libéral.

Le premier ministre assure que sa posture est pourtant «stratégique».

Bien que les entreprises souhaitent vendre où elles le voudraient, il préfère agir «pour le bien des Québécois».

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«On pense qu’on ne devrait pas avoir tous nos œufs dans le panier des États-Unis», a-t-il plaidé.

Incertitude au Saguenay

Sa ministre responsable de la région du Saguenay, Andrée Laforest, où se trouve une forte concentration du secteur de l’aluminium au Québec, était préoccupée dans les corridors de l’Assemblée nationale.

«Avant d’aller de l’avant avec une contre-taxe tout de suite, il faut bien réfléchir», a-t-elle dit, admettant que le Québec pourrait aussi se tirer dans le pied. «On va avoir des rencontres avec tout le milieu de l’aluminium.»

Selon elle, le secteur souhaite que le gouvernement soit «prudent» avec des mesures de représailles, d’autant plus que les tarifs réels du président américain restent nébuleux.

«Sûr que de l’incertitude pour les entrepreneurs, il n’y a rien de pire que ça», a-t-elle convenu.

La ville de Saguenay risque d’être l’une des plus touchées par cette guerre tarifaire, a reconnu Mme Laforest, espérant que sa région recevra l’aide nécessaire pour survivre à cette crise.

«Il va falloir considérer que ma ville à moi, la ville de Saguenay... Si ma ville est touchée avec le bois, l’aluminium... il va falloir qu’on nous accompagne», a-t-elle mentionné.

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