Réouverture lundi: course folle dans l’industrie de la restauration
Les restaurateurs doivent trouver des employés, remplir les frigos et gérer les réservations d’ici lundi


Pierre-Paul Biron
La course folle qui mènera à la réouverture des restaurants s’est enclenchée. Main d’œuvre à trouver, frigos à remplir, téléphone qui n’arrête plus, la liste de tâche des restaurateurs sera bien remplie jusqu’à lundi et se prolongera pour certains qui devront retarder leur ouverture.
La longue traversée du désert est terminée pour les restaurateurs. Chaque fois qu’un propriétaire répondait à l’appel du Journal jeudi, on sentait un mélange d’essoufflement et d’excitation dans la voix au bout du fil.
L’annonce du passage à la zone orange et de la réouverture de leurs établissements était certes attendue, mais elle en a quand même pris certains par surprise. Plusieurs doivent trouver des solutions à un enjeu de main-d’œuvre, et ce, rapidement.
«Sur environ 10 employés de service, j’ai eu deux départs définitifs, mais les autres ont trouvé d’autres emplois et sont prêts à revenir à temps partiel seulement», raconte Vanessa Roberge, propriétaire de Tapas et Liège, précisant ne pas être en mesure d’ouvrir lundi. «On va se donner un peu de temps et même quand on ouvrira, on ne sait pas si on va pouvoir faire midi et soir.»
Au Cora Bouvier, on sera prêt lundi matin, mais le tiers des employés de service ont quitté, forçant une certaine gymnastique dans les horaires.
«Et là, tout le monde va chercher la même chose [des employés], ça ne sera pas facile de trouver», font remarquer les propriétaires, Sandra Audet et Claude Frenette.
Repartir à zéro
Autre casse-tête, l’approvisionnement. Pour la majorité, les frigos sont vides et on repartira à zéro.
Chez FLB Solutions Alimentaires, le téléphone ne dérougit plus depuis les premières rumeurs de réouverture mercredi après-midi. À un tel point qu’on verra peut-être certaines pénuries, notamment dans les restaurants de déjeuners, où la demande est forte.
«Par exemple, on risque de manquer de bacon frais. Les fournisseurs ne peuvent pas repartir si vite, donc on s’est protégé avec du congelé. Il faut s’attendre à ce genre de choses dans les prochaines semaines», explique Christian Labrie, directeur des ventes chez le distributeur indépendant de Beauport, qui livre de jour comme de nuit. «Ça va nous donner la chance d’accommoder tout le monde.»
Ce secteur d’activité aussi avait bien besoin d’un peu d’air. Sans restaurants, FLB perdait environ 40% de son chiffre d’affaires. «Ça fait cinq mois qu’on attend ça», lance M. Labrie qui avait gardé l’ensemble de ses 80 employés au travail dans le deuxième confinement. «On voulait être prêt quand ça repartirait.»
Engouement au rendez-vous
Malgré ces défis, les restaurateurs à qui Le Journal a parlé sont unanimes, l’annonce de mercredi fait du bien au moral. Autant au leur qu’à celui de leur clientèle à en croire le nombre d’appels reçus jeudi.
«Ça sonne sans arrêt et ça nous écrit sur Messenger, mais on va se donner jusqu’à dimanche avant de prendre les réservations, question d’organiser tout ça», confiait Philippe St-Pierre, directeur du Eggsquis Lévis.
Sa collègue de la chaîne à Sainte-Foy n’est pas trop inquiète non plus pour l’engouement. «Je n’ai pas de stress pour les affaires, ça va repartir, les gens ont hâte», ajoute Isabelle Caron.
Au Corsaire à Lévis, le propriétaire Martin Vaillancourt n’en peut plus d’attendre. L’endroit a été rénové et les menus sont déjà concoctés depuis quelques semaines. La fidélité de la clientèle avec les plats pour emporter l’a convaincu de prendre de l’avance.
«Ça réserve accoté déjà! Nos clients n’ont pas arrêté de nous encourager et chaque fois, ils nous disent qu’ils seront là. Ça fait du bien de savoir qu’on y est finalement», lance l’entrepreneur.
Ce qui sera permis dans les restos de Québec
- Maximum de 2 adultes par table, avec leurs enfants d’âge mineur.
- Un registre de la clientèle doit être tenu.
- Les réservations sont obligatoires, sauf en restauration rapide.
- Une preuve de résidence d’une région aussi en zone orange est exigée.
- Le couvre-feu s’applique toujours, forçant la fermeture à 21h.
Ce qu’ils ont dit :
«Ça fait assez longtemps qu’on attend ça, pas question d’attendre plus longtemps. On va être là, lundi matin, première heure dans les trois restos, avec tout notre staff et notre menu complet. Les gens méritent bien ça.» – Laurent Proulx, propriétaire des restaurants Roy Jucep, Vieux Saint-Charles et Le Canadien, à Drummondville
«Il va probablement y avoir un délai parce qu’au niveau des embauches en cuisine, c’est plus difficile. On veut ouvrir le plus tôt possible, on a hâte, mais pas mal de monde a quitté en chemin.» – Isabelle Caron, gérante du Eggsquis Ste-Foy
«La grande majorité des clients repartent à zéro, font une commande d’ouverture complète. C’est spécial de vivre ça avec tous les clients en même temps, pour une deuxième fois. C’est intense.» – Christian Labrie, directeur des ventes, FLB Solutions Alimentaires
«La chance qu’on a, c’est que tout le monde a faim, dans tous les sens du terme. Les clients sont prêts à collaborer, à s’ajuster, et la demande est là. C’était anticipé, mais c’est une belle surprise, c’est toute une journée.» – Mathieu Dumulong, vice-président, Colabor distributeur alimentaire.