COVID-19: Québec finance une étude sur les conspirationnistes

Patrick Bellerose
Le ministère de la Sécurité publique du Québec a accordé une subvention de 40 000$ à un centre de recherche pour étudier le mouvement conspirationniste, qui prend de l’ampleur depuis le début de la pandémie de COVID-19.
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Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) aura le mandat d’«étudier les processus de construction des différents discours conspirationnistes autour de la COVID-19 et leur incidence chez les cégépiens».
Pour y arriver, le CEFIR, qui relève du cégep Édouard-Montpetit à Longueuil, analysera les contenus en ligne produits par les leaders de cette frange qui propage des théories du complot concernant la pandémie.
«On a besoin de comprendre pourquoi il y a de plus en plus de gens qui adhèrent à ces théories, explique le directeur de l’organisme, Martin Geoffroy. De toute évidence, c’est quelque chose qui représente un certain danger, surtout dans le cadre d’une pandémie, où ces gens remettent en question les autorités sanitaires.»
- Écoutez l'entrevue de Martin Geoffroy au micro de Pierre Nantel sur QUB radio:
Le directeur du CEFIR souligne que la population et les médias ont le droit de critiquer les décisions du gouvernement. Mais les conspirationnistes rejettent en bloc les consensus scientifiques, un mouvement inquiétant pour la santé publique. «Ce n’est pas la même chose quand tu crois que les décisions du gouvernement sont guidées par une conspiration mondiale pédosatanique», illustre-t-il.
Radicalisation
M. Geoffroy affirme que l’adhésion aux théories du complot peut carrément mener à la radicalisation de l’individu. Il cite l’exemple de Mario Roy, un des leaders des mouvements antimasque et conspirationniste, qui a récemment appelé à «l’arrestation citoyenne» de l’ensemble des 125 députés siégeant à l’Assemblée nationale. «Quand tu dis que l’Assemblée nationale est illégale, c’est parce que tu veux renverser le gouvernement», résume M. Geoffroy.
Le chercheur estime d’ailleurs que ce n’est pas un hasard si Mario Roy, ex-figure de proue du groupe ultranationaliste Storm Alliance, est aujourd’hui un leader de cette mouvance. «Il y a du conspirationnisme aussi à l’extrême gauche. Mais au Québec, ça adonne que c’est surtout à l’extrême droite, note-t-il. La caractéristique des mouvements extrémistes, c’est de ne pas accepter la société telle qu’elle est et de vouloir la renverser par la force.»
Éduquer les jeunes
Après avoir analysé le mouvement conspirationniste au Québec, un second volet de l’étude du CEFIR visera à mieux outiller les jeunes face à la montée de ce type de discours sur les réseaux sociaux.
Ce travail d’éducation passera par une meilleure formation en classe pour développer le sens critique chez les cégépiens, en plus de leur apprendre à reconnaître une source d’information fiable. Le CEFIR veut aussi créer des capsules vidéo afin de contrer la désinformation en ligne.
Et il reste beaucoup de travail à faire. «L’autre jour, un étudiant a mis une vidéo d’Alexis Cossette-Trudel en référence dans un travail», se désole M. Geoffroy, en citant un des chefs de file du mouvement conspirationniste au Québec.