COVID-19: Québec investit dans les masques québécois


Elisa Cloutier
Confronté aux problèmes liés aux nouveaux masques à fenêtre transparente, fabriqués en Chine et récemment envoyés dans les milieux de garde, le gouvernement caquiste annonce que les prochains devront en partie être fabriqués au Québec.
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C’est ce qu’a confirmé la ministre responsable de l’Administration gouvernementale, Sonia LeBel, lundi, par voie de communiqué.
Ainsi, les prochains appels d’offres visant l’approvisionnement des masques à fenêtre transparente destinés aux éducatrices en garderie et des masques pédiatriques, achetés pour les écoles et les services de garde, devront respectivement être fabriqués à 30% et à 40% au Québec.
Un troisième appel d’offres a d’ailleurs été lancé, en incluant ce nouveau critère, pour approvisionner les garderies, d’août à décembre prochains.
«Bonne nouvelle»
Une nouvelle accueillie favorablement par les regroupements de milieux de garde.
«C’est une bonne nouvelle de voir que pour la suite des choses, le gouvernement va y aller avec une façon de faire différente, parce que c’est unanime que le produit québécois est plus confortable à porter que les produits envoyés actuellement», souligne Geneviève Bélisle, présidente de l’Association québécoise des CPE (AQCPE).
L’entreprise Prémont, située à Louiseville, qui fabrique des masques à fenêtre transparente se réjouit aussi de l’initiative. «C’est un baume», affirme le vice-président, Luc Girard. Toutefois, cette mesure «arrive un peu tard», dit-il, précisant que son entreprise approvisionne actuellement plus de 280 garderies privées non subventionnées.
D’ici là, par contre, les éducatrices devront prendre leur mal en patience et continuer de porter les masques à fenêtre de l’entreprise MedSup Canada, qui a remporté le deuxième appel d’offres, un contrat de plus de 6,8 M$. L’entreprise située à Magog qui s’approvisionne en Chine et dont les masques ont fait l’objet de critiques par bon nombre d’éducatrices, assurera ainsi l’approvisionnement des garderies jusqu’en août prochain.
Buée et inconfort
Le Journal rapportait récemment les propos de plusieurs éducatrices, qui qualifiaient les masques à fenêtre d’inconfortables et «très chauds», en plus de souligner leurs problèmes de buée et de son, qui «passe très mal». À ce jour, plusieurs éducatrices refusent toujours de le porter, allant même jusqu’à se procurer des masques à fenêtre québécois, à leurs frais.
«Nos éducatrices sont bien courageuses, parce qu’après avoir eu des masques non conformes, dont un qui pouvait être toxique, il y a ces masques [à fenêtre]. Sincèrement, elles sont extraordinaires d’être au front depuis si longtemps», poursuit Mme Bélisle.
«Ce ne sera pas drôle quand il va faire 25 ou 30 degrés cet été», déplore pour sa part France Quirion, porte-parole de l’Association des garderies privées du Québec.
«Les gestionnaires, ils auraient dû faire des tests avant de partir en grande pompe avec ça. Ce n’est pas réaliste pour notre milieu de porter ça à longueur de journée. C’est un constat d’échec», poursuit-elle.
Conscient de «l’impact» qu’ont pu avoir ces masques à fenêtre transparente pour les éducatrices, l’attaché de presse de la ministre Sonia LeBel précise qu’il n’était pas possible d’instaurer ce nouveau critère pour les appels d’offres déjà affichés. «On cherchait par tous les moyens de l’inclure, mais à partir du moment ou un appel d’offres est affiché, on doit y aller avec le plus bas soumissionnaire. Ça aurait été illégal», explique Florent Tanlet.
Le Conseil du trésor déposera, d'ici l'été, une stratégie gouvernementale des marchés publics pour favoriser l'achat québécois pour tous les contrats.
Au cours des derniers mois, Le Journal rapportait l’avis de spécialistes qui sonnaient l’alarme et recommandaient le port de ces masques à fenêtre transparente, rappelant qu'il serait «désastreux» que les tout-petits soient privés de lecture labiale et d'expression faciale.