Craintes de hausses des tarifs dans l’aérien
Le prix du pétrole serait en partie la cause


Martin Jolicoeur
L’explosion du prix du baril de pétrole combinée au retour en masse de consommateurs en manque de voyages risque d’entraîner une augmentation des prix du transport aérien.
« Ce n’est pas encore tout à fait le cas. Sur plusieurs routes, les prix se comparent encore à ce que l’on observait en novembre. Mais même s’il est encore tôt pour se commettre, c’est certain que ce risque existe », soutient le professeur et spécialiste de l’aviation à l’UQAM Mehran Ebrahimi.
L’invasion des troupes russes en Ukraine a provoqué une flambée des prix des hydrocarbures. Alors que l’Association internationale du transport aérien (IATA) tablait en début d’année sur un baril de kérosène à 78 $ US (environ 99 $ CAD) pour 2022, ce dernier se négociait à plus de 140 $ US (environ 178 $ CAD) la semaine dernière.
Déjà des hausses
Des consommateurs ont, depuis, remarqué des hausses importantes de tarifs. Par exemple, un vol aller-retour entre Montréal et Fort Lauderdale sur Flair Airlines était offert à 270 $ le 22 février dernier.
« Or quinze jours plus tard [le 10 mars], nous fait remarquer une lectrice, le même trajet était offert par la même compagnie à 467 $ ! »
Est-ce que la hausse du prix du baril de pétrole est en cause ? Difficile à dire. Une chose est certaine, comme le carburant compte généralement pour plus de 20 % des frais d’exploitation des compagnies aériennes, nul doute que leurs marges bénéficiaires pourraient s’en ressentir.
« Reste à voir quelles compagnies décideront d’absorber la facture, dit M. Ebrahimi. Si de grands transporteurs comme Air Canada, Lufthansa et Emirate pourraient en avoir les moyens, d’autres – plus fragiles – pourraient n’avoir d’autres choix que de refiler la facture aux voyageurs. »
Explosion de la demande
C’est particulièrement vrai de transporteurs qui, cloués au sol, ont fait le choix pendant la pandémie de laisser tomber leur couverture contre les variations des cours du pétrole. C’est le cas, comme d’autres, d’Air Transat qui, en réponse aux questions du Journal jeudi, n’a pu exclure la possibilité de devoir ajuster à la hausse sa surcharge sur le carburant.
Éric Boisonneault, président de l’agence Voyages Performa, à Boucherville, se montre prudent devant l’interprétation à donner aux variations de prix observées. Oui, admet-il, des prix tendent à monter. Par exemple, une semaine dans un tout-inclus 5 étoiles à Punta Cana coûte entre 2200 $ et 2500 $.
« Certes, c’est 1000 $ de plus qu’au pire de la crise d’Omicron en janvier. Mais est-ce la faute du baril de pétrole ? Je ne crois pas », rétorque M. Boissonneault, qui pointe bien davantage du côté d’un jeu classique d’offre et de demande.
« On assiste à un regain très rapide de l’appétit des consommateurs pour le voyage. Ce phénomène se produit alors qu’on sort d’une crise et que l’offre de vols demeure limitée. Dans ce contexte, il est normal que les prix montent. »
« Tout en demeurant encore, ajoute-t-il, inférieurs à ce qu’ils étaient en 2019. »