Créer des opportunités d’affaires pour les femmes

Photo portrait de Rodger Brulotte

Rodger Brulotte

2021-03-07T10:00:00Z

Demain, c’est la Journée internationale des femmes. Mon invitée de cette semaine est madame Ruth Vachon, présidente-directrice générale du Réseau des femmes d’affaires du Québec.

J’avais le choix de reconnaître ses nombreuses réussites dans les affaires, mais j’ai choisi de plutôt découvrir son cheminement.  


Vous êtes originaire de quel endroit ?

Je suis née à Saint-Ambroise qui est une municipalité rurale d’importance au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dont la culture de la pomme de terre est une production importante.


À quel âge avez-vous commencé à travailler ? 

Vers l’âge de 11 ans, je travaillais sur la terre de mes parents à récolter des patates. L’hiver, c’était le criblage et l’empaquetage.


Avez-vous amassé de l’argent pour l’église ?

Mes parents étaient des catholiques pratiquants et j’ai toujours été l’heureuse élue pour collecter la dîme. Les gens ne pouvaient pas dire « non » à une jeune fille de dix ans qui exerçait son talent de « vendeuse ».  


Quels étaient vos emplois autres que sur la terre familiale ?

À onze ans, après l’école, je gardais des enfants 40 heures semaine pour la somme modique de 0,25 $ de l’heure, mais deux ans plus tard, j’ai eu une promotion dans un casse-croûte où je gagnais 0,35 $ de l’heure.

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Est-ce que vous aviez des jours de congé ? 

À la cabane de patates, j’ai osé demander une journée de congé à mon patron après sept semaines sans arrêt. Il m’a répondu : « C’est ça, les jeunes d’aujourd’hui, tu leur donnes un job et tout ce qu’ils veulent, c’est avoir des congés. »  


Quelle est la personne qui vous a le plus influencée dans votre jeunesse ?

Ma grand-mère, Maria, m’a énormément influencée, car elle me disait continuellement de foncer.


Quel est votre mentor dans le monde des affaires ?

L’homme d’affaires Jean-Guy Bergeron, l’agent distributeur de la Brasserie Labatt. Entre autres, il me répétait tout le temps cette phrase : « Dans la vie, il vaut mieux rester sur son appétit que d’en beurrer trop épais. »


Étiez-vous une meneuse à l’école ?

Tout au long de mes études, primaires et secondaires, j’étais la présidente ou la vice-présidente de ma classe.


Vous teniez à aller au cégep ? 

Tellement ! J’ai quitté la maison sans un sou pour amorcer mes études au Cégep de Jonquière. Je me suis trouvé trois emplois, dont l’un était de faire la correction pour d’autres écoles.


Une soirée gastronomique à cette époque ?

Mon repas gastronomique était un spaghetti à la viande servi avec des crevettes de Matane dans une boîte de conserve.  


Avez-vous vraiment refusé une offre de 75 000 $ d’Alcan il y a 35 ans ?

Oui, je l’ai fait en me disant que si quelqu’un m’offrait 75 000 $, c’est que je devais en valoir 150 000 $, alors j’ai démarré ma propre entreprise.  

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Il y avait un problème, vous n’aviez pas de financement.

J’ai rencontré le directeur des prêts à la banque et je lui ai fait une demande d’emprunt de 350 000 $ sans cautionnement. 


Comment s’est déroulée la discussion ?

Sans hésiter, le directeur m’a dit : « Si vous étiez ma femme, je vous dirais de retourner à la maison dans la cuisine. »


Quelle a été votre réplique ?

« Justement, vous n’êtes pas mon mari. » Je suis partie avec mon emprunt de 350 000 $ sans cautionnement.


Le tournant de votre entreprise ?

J’étais à un congrès à Chicago lorsqu’un manufacturier était tellement heureux de finalement rencontrer la femme du Saguenay qui connaissait autant de succès. Il me dit : « Savais-tu que tu représentes 80 % du chiffre d’affaires de ton fournisseur ? »


La conversation a-t-elle porté ses fruits ?

Oui, j’ai acheté mon fournisseur !


Quelle est la raison de votre succès ? 

L’appui inconditionnel du journal Le Quotidien au Saguenay et de tellement de gens de la communauté d’affaires m’a permis de réussir. 


Vous étiez innovatrice ?

Quand même ! J’ai développé une spécialité assez unique, faire sauter des décors à la dynamite. J’insérais dans un gros ballon au moins 500 petits ballons et je les faisais exploser. Imaginez des milliers de ballons qui tombaient au sol, lorsque ça éclatait, c’était euphorique dans la salle.  


En deux occasions, vous avez été nommée Femme d’affaires de l’année.

Par la nature de l’entreprise, un centre de fêtes avec location d’équipement, limousine, etc., c’était quand même assez révolutionnaire il y a 35 ans.


Comment êtes-vous associée au Réseau des Femmes d’affaires du Québec ? 

Paryse St-Pierre, très engagée au Réseau, m’a invitée à rencontrer la présidente de l’organisme, madame Nicole Beaudoin.


La citation de votre mère dont vous vous souvenez toujours.

Elle me disait toujours qu’elle croyait que j’avais dit « je suis capable » avant de dire le mot « maman ».


Votre grande peur dans la vie ?

Je suis mal à l’aise de vous l’avouer. J’ai une peur affreuse des chats.


Vous aimiez voyager avec vos filles Genève et Lisa ?

Durant leurs études, nous partions toutes les trois, « formule » aventure, pour visiter différents pays, dont le Mexique.


Vous aimez la pêche ? 

J’ai fait beaucoup de voyages de pêche avec mon conjoint, Benoit Ménard. Aujourd’hui, c’est plus la pêche avec mes petits-enfants au lac des Îles à Mont-Laurier. 


Quel est le legs que vous aimeriez laisser ? 

Avoir fait changer les pratiques d’affaires des grandes entreprises pour augmenter l’impact économique des femmes... Ça, ce sera mon legs et j’en suis tellement fière.

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