Cynthia Wu-Maheux de retour sur nos écrans
«Mea Culpa», le mardi 20 h sur les ondes de Radio-Canada.

Alicia Bélanger-Bolduc
Cynthia Wu-Maheux est de retour sur nos écrans pour notre plus grand plaisir dans la nouvelle série Mea Culpa. Éternelle optimiste, elle affirme que l’art est un vecteur d'engagement social capable de tendre la main et de transformer le cours de l'histoire.
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Si on commençait par parler de ton nouveau personnage dans la série Mea Culpa?
Lysanne est une femme marquée par un passé difficile. Ayant traversé un deuil et un traumatisme profond dans sa jeunesse, elle fait face, 25 ans plus tard, à la libération de l’homme qui a tué son amie, un événement qui bouleverse tout. Au sein du groupe d’amis que l’on suit, chacun vit une étape différente du deuil. Pour Lysanne, la colère et la dépression dominent, et elle est encore loin de pouvoir pardonner cet acte. Depuis le drame, sa vie a été parsemée d’épreuves: elle a sombré dans l’alcoolisme et a rarement goûté au bonheur. Pourtant, elle reste une femme d’une grande lucidité.
C’est un personnage confronté à de nombreuses épreuves. Comment incarner un rôle aussi chargé émotionnellement sans se laisser submerger?
Je m’étais préparée psychologiquement au préalable, puisque je savais que ça allait être très difficile. Je crois beaucoup à l’homéopathie, donc j’ai pris des suppléments naturels pour soutenir mon corps. Il y avait des journées où j’étais plus fatiguée, mais il y avait tellement d’amour sur ce plateau qu’on s’entraidait énormément.

On en déduit donc que c’était, malgré tout, un beau plateau de tournage?
J’ai aimé la réalisatrice, Myriam Bouchard, dès notre première rencontre à l’audition. Elle avait déjà des propositions intéressantes pour mon personnage. Sinon, on était vraiment une belle équipe de clowns qui adorait se faire rire entre les prises et les scènes pour se détendre un peu. On s’accueillait aussi dans ce qu’on avait à jouer. On était à l’écoute de nos collègues et de ce qu’ils étaient en train de vivre. J’ai également découvert que Mélissa Desormeaux-Poulin et moi avons le même genre d’humour. Nous aimions beaucoup nous faire décrocher! (rires)
As-tu pu en apprendre davantage sur la justice réparatrice?
J’en ai découvert énormément durant les derniers mois à ce sujet. J’ai, entre autres, fait un séminaire cet été aux États-Unis sur la prospérité mondiale, et nous avons abordé la justice réparatrice comme moyen d’unification. Il n’y a que sept intervenants du genre au Québec! En ce moment, c’est une méthode qui est en plein essor. Je suis convaincue que l'art est essentiel pour rendre les notions complexes plus accessibles et encourager une éducation sociale plus bienveillante.
Tu sembles avoir fait un gros travail de réflexion sur ton métier. Penses-tu que l’art est un moteur de changement?
Absolument! J’ai toujours été curieuse, même enfant. Ma mère et moi regardions des émissions comme Parler pour parler ou Avec un grand A, qui abordaient des sujets importants pour notre société. J’ai aussi commencé le théâtre dès le primaire, et ma professeure aimait nous parler des transformations du monde à travers les pièces que nous jouions. J’étais une petite fille attentive, qui écoutait, analysait et comprenait ce qu’on lui disait. J’ai grandi dans une famille entourée de diversité, ce qui a façonné ma vision du monde. Pour moi, être comédienne, c’est être à la fois un porte-voix et un pont pour la société.
Étant issue d'un père québécois et d'une mère sino-québécoise, et ayant grandi à Trois-Rivières, comment valorises-tu tes origines dans ta vie et ta carrière?
Je compare souvent ma famille à l’ONU. Du côté de ma grand-mère, ils étaient six enfants, puis ils se sont tous mélangés avec des étrangers! On a donc une branche polonaise, une autre britannique et une suisse, et ma grand-mère s’est mariée avec un Chinois! Elle était vraiment une femme précurseure pour son temps. Je suis fière de toutes les couleurs et les histoires que je porte en moi. Je suis une amoureuse de la culture traditionnelle québécoise avec ma famille qui est en Beauce, et de l’autre côté j’ai cette facette très impériale et mystérieuse de l’Asie. Les cultures qui m’habitent sont très vibrantes et riches. J’ai aussi cet aspect de défricheuse en moi: j’ai été la première asiatique à entrer dans une école professionnelle de théâtre au Québec!

Est-ce que tes parents t’ont toujours encouragée dans ce métier?
J'ai grandi dans le restaurant chinois familial. Ces grands intellectuels ont dû trouver un travail pour survivre et nous aider à prendre racine ici. Ma mère travaillait 90 heures par semaine, mais l’été elle m’emmenait partout dans les musées puisqu’elle voyait que je dévorais la culture. Mes parents se sont divorcés quand j’avais deux ans, et mon père a refait sa vie à Longueuil. Je venais le voir une fin de semaine sur deux et c’est là que je suivais mes cours de théâtre. Un jour, en regardant la télévision avec ma mère, elle m’a montré l’écran et m’a dit que je pouvais, moi aussi, y être un jour, que s’émanciper au Québec était possible. Plus tard, j’ai donné des cours de théâtre à une jeune fille asiatique. Des années après, elle m’a confié qu’elle exerçait ce métier grâce à moi. Cela m’a rappelé à quel point le pouvoir de la représentation est immense.
C’est un grand retour pour toi à la télévision depuis District 31. Qu’est-ce que ça te fait de revenir devant la caméra?
J’ai interprété quelques autres rôles plus petits, mais je suis très heureuse d’être de retour! Après six ans de quotidienne, j’ai eu besoin de me recentrer. Depuis le conservatoire en 2007, j’avais joué presque exclusivement à la télévision et c’était bon pour moi d’aller découvrir d’autres médiums. J’ai eu beaucoup de messages d’amour par rapport à mon retour à l’écran; c’est une très belle reconnaissance et un lien direct au cœur. J’apprécie parler avec ceux qui m’abordent dans la rue et commencer une conversation pour en savoir plus sur eux aussi!
Entre-temps, tu as été davantage au théâtre. Comment a été ton expérience?
J’aime toutes les formes d’art, mais je trouve particulièrement intéressant le concept de répétitions et de rencontres, surtout quand on compare au rythme effréné de la télévision. Cela m’a permis d’approfondir mes personnages, de mieux réfléchir à l’œuvre et de collaborer en équipe pour faire avancer le projet. J’ai aussi beaucoup apprécié les pièces auxquelles j’ai participé, surtout celles qui portaient une dimension féministe rafraîchissante et enrichissante à interpréter.
Comment vis-tu avec l’instabilité du métier?
Quitter une quotidienne après sept ans peut être insécurisant et impacter le compte en banque drastiquement! (rires) Il y a un inconfort, mais je me dis toujours que plus tu es à la bonne place, plus tu es dans la joie. Je suis une grande angoissée, alors ça ne m’aide pas, mais je sais très bien que je n’ai pas un tempérament pour un travail stable de neuf à cinq. J’aime beaucoup me ressourcer en allant voir des psychologues et des professionnels de la santé différents quand j’en ressens le besoin. Ça m’aide à me recentrer et à apaiser mes inquiétudes.