Tramway: un chèque en blanc pour l'entretien?

Karine Gagnon
En plus d’avoir consenti à une explosion des coûts de 43 % pour le matériel roulant du tramway, l’administration Marchand propose que la Ville et le RTC assument plus de risques pour l’entretien, ce qui a le potentiel de se transformer en véritable bar ouvert.
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La Ville et le Bureau de projet ont présenté, la semaine dernière, comment ils sont parvenus à supposément limiter l’augmentation des coûts pour le contrat sur le matériel roulant du tramway.
Ça dépend comment on l’interprète, car une augmentation de 43 % s’avère plutôt substantielle, quand on l’analyse froidement, même en tenant compte du contexte inflationniste.
On a aussi présenté les projections des coûts d’entretien, pour lesquelles des conditions ont aussi été fixées pour les limiter.
La Ville a notamment «accepté de reprendre certains risques contractuels et financiers à sa charge, en allégeant le mécanisme de pénalités contractuelles en cas de retard et en revisitant les clauses d’ajustement de prix déjà incluses au contrat».
En lisant le sommaire décisionnel à être voté cette semaine, on apprend que cet «ajout de responsabilités RTC et les risques contractuels et financiers repris par l’Autorité publique» est évalué à 163 M$, qui pourraient s’ajouter aux 768 M$ prévus pour l’entretien sur 30 ans, qui seront versés à Alstom, pour un total de 931 M$.
Chèque en blanc
La Ville a beau prétendre que ces risques ne se matérialiseront pas, sur quelles bases en arrive-t-on à une telle conclusion? On se fie à la bonne foi de l’entreprise privée qui effectuera l’entretien, mais qui n’assumera plus les risques comme c’était prévu au départ?
Cela m’apparaît, encore là, très risqué, d’autant plus qu’Alstom se voulait gourmande, avec une proposition initiale des coûts d’entretien estimée à 1,4 milliard!
Le problème vient du fait que, selon ce qui est présenté, le contrat d’entretien reste ouvert, ce qui peut représenter d’importants risques pour le RTC.
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C’est un peu comme si le maire et son équipe, qui recommandent aujourd’hui la signature de ce contrat, demandent d’accorder un chèque en blanc à Alstom pour l’entretien.
Qu’arrivera-t-il si le montant dépasse 163 M$?
On se rappelle tous du scandale des extra dans la construction, et personne ne veut jouer à nouveau dans un tel film.
Sauf que les explications fournies jeudi et hier, en comité plénier, n’étaient ni claires ni rassurantes à ce sujet.
Marchand doit répondre
Ces 163 M$ représentent-ils un plafond ou une estimation d’un montant qui, au final, pourrait s’avérer plus élevé? Est-ce une protection additionnelle pour l’inflation?
Puis, à combien s’élevait l’estimation précédente des coûts d’entretien sur 30 ans? Ont-ils explosé eux aussi de 43 %? Rien ne l’indique dans les documents rendus publics.
Le maire Bruno Marchand aurait dû impérativement s’expliquer.
Il devait le faire hier, comme l’avait indiqué son cabinet à Radio-Canada la semaine dernière.
Car tout cela semble très problématique, quand on pense à l’importance de s’assurer d’une saine gestion des fonds publics.