De starlette de série B à princesse mondialisée!

Photo portrait de Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté

2021-03-10T10:00:00Z

Il y a des exils plus doux que d’autres : Harry et Meghan, les deux Aurore enfants martyrs de la monarchie britannique, ont mis en scène leur désespoir doré dans une entrevue accordée à Oprah Winfrey, la reine de la confession authentique scénarisée. 

Ne nous laissons pas bluffer : les deux ont tiré sur la couronne anglaise en faisant semblant de vouloir l’épargner. 

En se révoltant contre la couronne, nos deux millionnaires, qui veulent se faire passer symboliquement pour des prolétaires malmenés, font un coup de maître pour rejoindre la véritable aristocratie de notre temps, celle associée à l’industrie du divertissement mondialisé. La starlette de série B qui a marié la tête couronnée anglaise pourra enfin faire carrière et devenir princesse de gala. Netflix, les voilà !

  • Écoutez la chronique de Vincent Dessureault au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Monarchie

Plus encore, ils ont compris une chose : c’est en se disant victime qu’on peut devenir aujourd’hui un saint, et plus encore quand on se dit victime de racisme. Que l’accusation soit fondée ou non, descend pour un temps sur la tête de la victime une auréole. 

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Sans le moindre doute, les inquiétudes affichées à propos de la couleur de la peau de l’enfant royal sont scandaleuses, si elles s’avèrent fondées. Juger de la valeur d’une personne à partir de ce critère est abject. Mais l’accusation, lancée sans précision, comme si elle concernait non pas un individu mais l’ensemble d’une institution, est malsaine. Quand on accuse aussi violemment, on devrait accuser ouvertement. 

Il n’en demeure pas moins qu’il y a une forme d’indécence écœurante à jouer aux damnés de la terre quand on baigne dans la célébrité et les millions. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Prenons le problème avec hauteur. 

Je veux bien que les Anglais tiennent à leur monarchie : elle représente la permanence et la continuité profonde du pays. La monarchie, en Grande-Bretagne, n’est pas qu’un régime politique : c’est le pilier symbolique du pays. 

À l’échelle de l’histoire, elle ne les a pas mal servis. Élisabeth II incarne bien la sobriété qui devrait accompagner la fonction royale.

Mais depuis Lady Di, la monarchie britannique a misé sur le people pour se renouveler. C’est un pacte faustien : en se modernisant, elle se perd. En renonçant au sens du devoir pour ne conserver que les privilèges associés à la vie des gens riches et célèbres, elle s’avilit. 

D’un point de vue québécois, nous devrions nous contreficher de ces niaiseries royales. Mais l’histoire a voulu nous lier à ce qu’on appelait autrefois l’Empire britannique. Aujourd’hui, c’est notre appartenance à la fédération canadienne qui nous y lie. 

Canada

Et nous n’en sortirons pas. Le Canada anglais tient à ses racines britanniques. Elles lui rappellent le dernier ancrage historique qui lui reste avant qu’il ne se perde à jamais dans l’utopie multiculturaliste. Il n’entend pas s’y arracher. 

Si le Québec veut se délivrer de cette mauvaise comédie, il doit rompre, faire l’indépendance et se constituer en République. Cela aurait quand même plus de panache que le titre dégradant de province d’un pays lui-même lié à un empire déchu.

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