Décès d’André Brassard: «Il a révolutionné le théâtre au Québec»


Maxime Demers
Avec leur théâtre, André Brassard et Michel Tremblay ont changé la face culturelle du Québec, affirme le cinéaste Claude Fournier, un ami proche du metteur en scène décédé mardi soir à l’âge de 76 ans.
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«C’est une véritable révolution qu’ont provoqué à l’époque Les belles-sœurs et les autres pièces de Michel Tremblay qu’André a mis en scène. C’était la première fois que les Québécois pouvaient aller voir des pièces de théâtre avec des gens qui parlaient comme eux. Le Québec théâtral et culturel d’aujourd’hui ne serait pas le même sans leur apport.»
Devenu un ami proche d’André Brassard après avoir tourné un documentaire sur lui il y a quelques années (Notre été avec André, sorti en 2018), Claude Fournier est allé régulièrement lui rendre visite à l’hôpital Notre-Dame, où il était hospitalisé depuis quelques semaines. Selon lui, André Brassard est parti avec sérénité.
«Ça faisait longtemps qu’il était malade, rappelle M. Fournier. Après quelques jours aux soins palliatifs, il nous a dit qu’il avait passé un des plus beaux moments de sa vie parce que plusieurs de ses amis qu’il n’avait pas vus depuis longtemps étaient allés lui rendre visite et qu’ils avaient jasé et eu du fun ensemble. Je pense que ça lui a fait beaucoup plaisir de revoir tous ces gens avec qui il a travaillé dans le passé.
«Il reste qu’il était assez souffrant et que je pense qu’il avait hâte de partir malgré tout. Dans mon documentaire, il a dit cette phrase qui m’a beaucoup touché: "Si la mort était un taxi, je l’appellerais". Il a toujours eu sa tête et il a toujours été extraordinairement intelligent et eu une mémoire fabuleuse. Mais en même temps, il souffrait de la condition dans laquelle il se trouvait. Ça faisait 20 ans qu’il était en fauteuil roulant [après avoir subi un accident vasculaire cérébral en 1999].»
La parenthèse cinéma
André Brassard n’avait que 22 ans quand il a mis en scène la pièce Les belles-sœurs, de Michel Tremblay, au Théâtre du Rideau Vert, en 1968. La pièce, présentée en joual, a bouleversé le milieu du théâtre québécois. André Brassard et Michel Tremblay ont refait équipe pour plusieurs autres pièces marquantes dont Demain matin, Montréal m’attend (1970), La duchesse de Langeais (1970) et Albertine en cinq temps (1984).
André Brassard et Michel Tremblay ont aussi collaboré ensemble à quelques reprises pour le cinéma en cosignant notamment le scénario d’Il était une fois dans l’est, un film réalisé par Brassard qui a été présenté au Festival de Cannes en 1972.
- Écoutez l'entrevue avec Michel Tremblay à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 14h38 via QUB radio:
«Ses films ont été présentés à Cannes et à Moscou parce qu’ils étaient marquants, souligne Claude Fournier. En fait, il n’y a pas grand-chose qu’André a touché qui n’a pas été marquant. Son travail n’a jamais été banal. Ce n’était pas dans son ADN de créer des oeuvres ordinaires, parce que lui-même n’était pas ordinaire. Il avait beaucoup de talent et d’imagination.
«Son cinéma était un petit peu le prolongement de ce qu’il faisait au théâtre. Ça aurait été intéressant de voir ce qu’il aurait fait s’il avait réalisé plus de films. Mais en même temps, on ne peut pas trop lui reprocher cela parce que c’est difficile de faire du cinéma financièrement au Québec. Et en plus, il était extrêmement occupé au théâtre. Le théâtre était certainement sa première passion.»