Déconfinement: j’irai mollo, mollo, mollo

Joseph Facal
Je suis et resterai un « étapiste ».
Je ne parle pas de la façon dont René Lévesque voyait l’accession du Québec à la souveraineté.
Je parle de mon attitude face au déconfinement.
Wôôô
Je sens chez certains une telle impatience, une telle frénésie retenue, une telle envie de charger comme un taureau sur le toréro que je trouve cela un tantinet troublant.
Vais-je me précipiter ? Oh, que non...
Ce soir, ce sera mon premier souper avec des amis.
Je pense que, sans s’en parler ouvertement, on s’est un peu choisis respectivement parce que chacun connaît sa propre prudence et celle des autres.
Pour les premiers voyages dans l’espace, la NASA n’a pas choisi les astronautes les plus casse-cou, mais au contraire les plus cérébraux. Même affaire ici.
Ne me comprenez pas de travers : j’ai aussi hâte que vous de retrouver mes petits plaisirs, mais je me méfie beaucoup, y compris de moi-même.
Voyez ce qui vient d’arriver à Melbourne, en Australie, ville ultramoderne de 5 millions d’habitants.
Les Melbourniens se croyaient libérés, puis le variant indien s’est propagé à une vitesse folle.
Enwèye à maison, tout le monde ! Vite, pour sept jours ! Le party fut cassé avant d’avoir levé...
Un restaurateur de chez nous disait qu’il retarderait son ouverture pour « laisser passer la première vague » d’affamés et d’assoiffés. Ouais...
Et sur une terrasse ? Par temps frisquet ?
On sait aussi qu’une dose seulement du vaccin aide, mais n’est pas le bouclier étanche que l’on souhaiterait.
Pour les voyages, je le confesse, j’attendrai.
Je ferais sans doute un petit « road-trip » à Boston si les frontières étaient ouvertes, mais je ne m’enfermerais pas dans un avion avec les coudes de mon voisin dans les côtes, pendant qu’il postillonne dans ses fettuccini à six pouces de moi et me touche quand il m’enjambe pour aller dans des toilettes sales.
Plus largement, s’il y a une chose que la dernière année a établie aussi scientifiquement que l’efficacité des vaccins, c’est la permanence massive et universelle de la stupidité humaine.
Si vous en doutez, retrouvez notre reportage sur la plage d’Oka il y a quelques jours.
J’ai un goût exagéré pour le sport télévisé, mais j’ai complètement décroché, incapable de regarder un match avec des gradins vides et de faux bruits de foule.
Suis-je pour autant à la veille d’aller m’agglutiner avec d’autres au Stade Saputo ? Non.
Bref, pourquoi prendre une balle pour les autres en étant le premier à sortir des tranchées ?
Espoir
La vérité, que nous n’osons pas trop avouer, est que nous nous sommes, jusqu’à un certain point, habitués à ce mode de vie de troglodytes.
Le premier ministre disait l’autre jour qu’il fallait fournir « un dernier effort ». C’est un choix de mot dangereux.
Je comprends qu’il doit donner une idée de la ligne d’arrivée, mais s’il fallait abruptement revenir en arrière, la désillusion et la colère seraient à la hauteur de l’espoir déçu.