Déjà cinq astromobiles américaines envoyées sur Mars, mais quand viendra le tour des humains?

AFP

2021-02-20T06:33:09Z
2021-02-20T06:54:46Z

L'astromobile de la NASA Perseverance, arrivée avec brio jeudi sur Mars, est la cinquième à réussir le voyage. Alors quand allons-nous envoyer des humains? L’objectif est affiché depuis des décennies, mais le voyage n’est pas encore pour demain.

«D’ici la moitié à la fin des années 2030, nous commencerons peut-être à utiliser les moyens qui nous servent à aller sur la Lune pour envoyer des astronautes sur Mars», a déclaré jeudi Steve Jurczyk, administrateur de la NASA par intérim. 

Steve Jurczyk
Steve Jurczyk Photo AFP

Les grands défis technologiques sont à peu près résolus; pourtant, de nombreux facteurs manquent encore à l’équation. 

Défis techniques

Un voyage sur Mars durera environ sept mois, et les astronautes passeront au départ 30 jours sur les lieux, anticipe la NASA. Il y fait -63 °C en moyenne, les radiations sont importantes, et l’air y est composé de dioxyde de carbone à 95%. 

La gravité équivaut à 38% de celle de la Terre. Mais grâce à «la Station spatiale internationale, nous avons beaucoup appris sur la microgravité», estime G. Scott Hubbard, un ancien de la NASA qui a dirigé le premier programme martien. 

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Mais de nombreuses techniques et beaucoup de matériels doivent encore être testés. 

Perseverance a emporté plusieurs instruments dans le but de préparer de futures missions humaines. Notamment MOXIE, de la taille d’une batterie de voiture, pour tenter de produire de l’oxygène directement sur place, en aspirant le CO2 — un peu comme une plante. L’oxygène permettra de respirer et servira aussi de carburant.

Et le fameux programme Artemis, de retour sur la Lune, sur lequel la NASA concentre aujourd’hui ses efforts, est vu comme un banc d’essai.

Il y sera testé une nouvelle combinaison, xEMU, qui permet une meilleure mobilité et protège des très basses températures. Mais aussi une minicentrale nucléaire pour produire de l’électricité, y compris durant les tempêtes de poussière, qui peuvent bloquer le Soleil pendant des mois sur Mars (exit les panneaux solaires). 

L’intérêt de tout tester d’abord sur la Lune? La possibilité d’envoyer des secours. Sur Mars, «si les choses se passent mal et se cassent, vous êtes à des années de la maison», explique à l’AFP Jonathan McDowell, du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics. 

Des humains sur Mars, «c’est faisable, mais pour le moment, il est plus sûr d’envoyer des robots», pour lesquels les standards de sûreté exigés sont moindres, résume Laura Forczyk, analyste du secteur spatial.

Volonté politique

Le gros obstacle reste la volonté politique et les financements qui vont avec. En 1990, George H. W. Bush annonçait qu’un homme serait envoyé sur Mars avant le cinquantième anniversaire du premier pas sur la Lune, en juillet 2019.

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Les promesses semblables de trois de ses successeurs (Bush fils, Barack Obama et Donald Trump) n’ont donné naissance à aucun programme concret. 

Les années 2030? «C’est possible [...], mais sans la volonté politique de l’administration et du Congrès, cela n’arrivera pas», souligne G. Scott Hubbard. 

Joe Biden n’a pas encore nommé d’administrateur permanent pour la NASA, et il n’a pas donné non plus sa vision spatiale pour le moment. Sa porte-parole s’est bornée à assurer «soutenir» le programme Artemis. 

L’objectif du retour d’un astronaute sur la Lune pour 2024 souffrira «de délais» et, comme un «effet domino», il y aura un retard pour Mars également, prévient Laura Forczyk, jugeant les années 2040 plus crédibles concernant la planète rouge. 

La NASA doublée par SpaceX?

La NASA pourrait-elle ainsi se faire doubler par SpaceX, la société du milliardaire Elon Musk, créée avec le but affiché de permettre la colonisation de Mars? 

Pour le voyage, l’Agence spatiale américaine a tout misé sur sa fusée SLS (Space Launch System), qui doit être testée à la fin 2021 au plus tôt, sans humains à bord. Elle a déjà subi des surcoûts et des retards, dont un test raté des moteurs en janvier.

SpaceX développe de son côté la fusée Starship, dont deux prototypes se sont récemment écrasés durant des tests. 

Contrairement aux agences financées par le contribuable, Elon Musk investit son propre argent et peut donc prendre les risques qu’il veut. 

De ce fait, «avec son approche rapide, SpaceX pourrait avoir un vaisseau prêt avant la NASA», estime G. Scott Hubbard, lequel dirige un comité d’experts sur la sécurité pour la société. «Toutefois, pour avoir des humains à bord, vous avez aussi besoin d’équipements avancés» les maintenant en vie sur place, «ce dans quoi la NASA investit depuis des décennies». 

Alors que tout cela est bien plus qu’une compétition, la NASA et SpaceX pourraient devenir partenaires, pour enfin réaliser l’exploit.

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