Déjà fatigués de Donald Trump? Voici 8 trucs pour survivre à l’avalanche de déclarations et de revirements
Ces coups d’éclat cachent une certaine faiblesse, analysent des experts


Dominique Scali
Vous êtes déjà assommés par la succession d’annonces épeurantes et de volte-face tarifaires de Donald Trump en moins d’un mois? C’est normal, puisqu’«inonder» l’espace public fait partie de sa stratégie pour étourdir ses opposants et surtout, paraître plus fort qu’il ne l’est, expliquent des experts. Voici quelques conseils pour garder la tête hors de l’eau.
1) Rester calme
«L’important, c’est de rester calme», dit Barry Eidlin, professeur de sociologie politique à l’Université McGill. Les limites aux pouvoirs de Trump existent encore aux États-Unis, rappelle-t-il.
Il est tout à fait normal d’être inquiet dans le contexte d’incertitude actuel, ajoute Emmanuel Choquette, professeur de communication politique à l’Université de Sherbrooke. Mais il faut aussi se rappeler qu’avec son côté intimidateur et sa recherche constante d’attention, Trump carbure aux provocations et aux réactions qu’elles créent. «Plus on réagit, plus il croit qu’il a du pouvoir», ajoute Anessa Kimball, professeure au Département de sciences politiques de l’Université Laval.
2) Ne pas croire tout ce qui vient de lui
Ce que veut Trump, c’est paraître fort, disent plusieurs experts. Or, dans sa façon de multiplier les décrets présidentiels, il y a une «admission de faiblesse», analyse Barry Eidlin. Un décret est une décision qui peut être balayée par le prochain président, alors que l’instauration d’une loi est plus permanente, explique-t-il.
Avec la mince majorité républicaine au Congrès, faire voter des lois est justement ce que Trump ne peut tenter sans courir le risque de perdre la face, expliquait au début février le chroniqueur Ezra Klein du New York Times dans une vidéo intitulée Ne le croyez pas. «Trump agit comme un roi parce qu’il est trop faible pour gouverner comme un président», analysait-il.
3) Ne pas obéir en avance
Dans son livre De la tyrannie, publié après l’élection de Trump en 2016, l’historien Timothy Snyder offre 20 leçons tirées du 20e siècle pour mieux résister à un régime en dérive autoritaire. Le premier conseil qu’il donne est celui de «ne pas obéir en avance». Dans les débuts, les gens vont tenter d’anticiper ce qu’un gouvernement encore plus répressif voudrait. En se soumettant, ils ouvrent la voie à la répression qu’ils voulaient éviter.
Au contraire, il faut envoyer le message que «le coût de ses actions sera élevé», explique Maria Popova, professeure de sciences politiques à l’Université McGill.
«Il y a beaucoup de “ballons d’essai” dans ce que font Trump et Vance», ajoute Barry Eidlin. «Ce sont des tentatives de tester les limites», que ce soit celles des tribunaux ou du Parlement.

Certains joueurs ont déjà commencé à flancher. Par exemple, les patrons de CBS ont accepté de négocier à l’amiable avec Trump, qui poursuit la chaîne pour un travail éditorial plutôt banal sur une entrevue de Kamala Harris.
4) Ne pas se mettre la tête dans le sable
Se couper complètement des nouvelles n’est pas une solution optimale, croit Maria Popova. «Ce serait comme de devenir la grenouille dans l’eau chaude qui ne se rend pas compte qu’elle commence à bouillir», illustre-t-elle.
«Il faut voir les choses clairement: l’ordre mondial qui assurait une certaine stabilité en Occident [dans les dernières décennies], c’est terminé», croit Dominique Arel, professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes. La prochaine étape est donc de «se prendre en main» et de créer de nouvelles coalitions et alliances, résume-t-il.
5) Saisir les occasions
Pour l’instant, l’incertitude actuelle est vécue comme une crise négative. «On parle très peu des opportunités que cela représente», juge Anessa Kimball. Trump est peut-être l’électrochoc nécessaire pour régler des problèmes de longue date que le Canada laisse traîner, comme la modernisation du système de surveillance aérienne NORAD et les barrières au commerce entre les provinces, illustre-t-elle.
6) Privilégier la profondeur
Les médias vont devoir entamer une réflexion pour s’adapter à cette déferlante sans se noyer, croient certains experts. Plusieurs suggèrent de privilégier la profondeur plutôt que la quantité. On peut ainsi prendre du recul pour «voir ce qui se passe vraiment», explique Emmanuel Choquette.
Cela permet aussi de détecter les décisions qui n’ont pas de portée réelle. «Par exemple, son décret sur le retour aux pailles en plastique, ça ne veut absolument rien dire», note Vincent Raynaud, professeur au Département de communication du Collège Emerson, à Boston.
7) Voir au-delà du spectacle
Le «spectacle» Trump sert parfois de distraction cachant les décisions ayant le plus de conséquences concrètes. Par exemple, les tarifs de 10% imposés à la Chine pourraient avoir autant d’effets, sinon plus, que ceux imposés au Canada et au Mexique combinés, explique Anessa Kimball. Ils ont toutefois fait très peu parler. «Peut-être qu’en ce moment, le Canada fait partie du spectacle?» suggère-t-elle.
8) Garder son sens de l’humour
Ce n’est pas toujours parce qu’on rit que c’est drôle, mais l’humour peut être une bonne soupape pour exprimer ses craintes et dédramatiser la situation, suggère Emmanuel Choquette, qui est aussi membre de l’Observatoire de l’humour. À condition bien sûr de ne pas tomber dans l’«humour de domination» souvent méprisant et dénigrant qu’affectionne lui-même le locataire de la Maison-Blanche, nuance-t-il.
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