Manque d'ambulanciers: malgré les avertissements, des drames surviennent

Roxane Trudel et Antoine Lacroix

2022-07-29T04:00:00Z

Plusieurs coroners et intervenants ont tiré la sonnette d’alarme dans les dernières années sur le manque d’effectifs ambulanciers ou sur les formations inadéquates des répartiteurs d’urgence, qui ont eu des impacts funestes sur la vie de plusieurs. Certains n’ont pas su évaluer convenablement la situation, d’autres ont plutôt forcé des patients à prendre leur mal en patience pendant des heures. Voici des exemples de drames survenus dans les dernières années et dans les dernières semaines.

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Les policiers forcés d’intervenir

Capture d'écran, TVA Nouvelles
Capture d'écran, TVA Nouvelles

Un poupon de 8 mois est décédé à la mi-juin à Montréal après avoir été transporté à l’hôpital par les policiers qui l’avaient pris en charge parce que l’ambulance prenait trop de temps à arriver. 

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«Est-ce que Louana serait toujours là si l’ambulance était arrivée plus tôt?» se sont demandé les parents, des résidents de Shawinigan, en entrevue avec TVA Nouvelles.

Capture d'écran, TVA Nouvelles
Capture d'écran, TVA Nouvelles

L’enfant souffrait de problèmes de santé et était à Montréal pour un examen d’imagerie par résonance magnétique.  

«Je leur ai crié qu’elle ne respirait plus. C’est un des policiers qui a pris la décision de l’amener à l’hôpital [sans attendre l’ambulance]», a témoigné la mère endeuillée. 

Une enquête du coroner est ouverte.

Morte malgré des appels répétés

Capture d'écran, TVA Nouvelles
Capture d'écran, TVA Nouvelles

Une Montréalaise de 91 ans est décédée alors qu’elle attendait une ambulance depuis plus de 7 heures et que son fils faisait des appels répétés au 911.

Le 9 juillet dernier, Thérèse Pardiac a succombé à ses blessures subies après une chute, tout juste avant que les ambulanciers paramédicaux puissent se rendre à son chevet.

Capture d'écran, TVA Nouvelles
Capture d'écran, TVA Nouvelles

«Ne la bougez plus, il y a une ambulance qui s’en vient, mais ça va prendre quelques heures», leur avait-on répondu, selon ce que ses proches ont indiqué à TVA Nouvelles.

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Malgré des appels toutes les heures, les secours ne sont jamais arrivés à temps. Le coroner mène présentement une enquête.

Mal évaluée, elle en décède

Une femme de 63 ans a attendu les ambulanciers pendant deux heures et demie parce que son état a mal été évalué par la préposée du 911, en juillet 2021.

«[...] Elle était moribonde. [La patiente] présentait un état grave qui nécessitait des soins rapides dès l’appel à 9 h, et le cas a été évalué comme non urgent», a estimé la coroner Renée Roussel dans son rapport. 

La femme originaire de Farnham était en vacances avec son conjoint dans un motel quand elle serait devenue confuse, faible et sans tonus. 

«Il s’agit d’une mort qui aurait pu être évitée s’il n’y avait pas eu omission de soins au moment opportun», a-t-elle ajouté.

Envoyée sur un autre appel

Une septuagénaire de Lévis subissant un malaise cardiaque a attendu une heure avant d’obtenir des soins parce que les ambulanciers ont été réaffectés à un cas plus pressant. L’appel avait été fait vers 19 h 25 en mai 2020 par le conjoint de la victime. Des ambulanciers sont arrivés sur les lieux 20 minutes plus tard. 

Le temps qu’ils enfilent l’équipement de protection contre la COVID, un nouvel appel plus prioritaire a été acheminé. Ce n’est qu’à 20 h 23 que la deuxième ambulance est arrivée au domicile, après un autre appel du conjoint, car son état se détériorait. 

Le personnel médical n’a pas été en mesure de la réanimer. 

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«Il est certain que ses chances de survie auraient été meilleures, car ils étaient sur les lieux 10 minutes après l’appel au 911», a estimé la coroner Geneviève Thériault.

Une heure et demie à crier de souffrances à 93 ans

Une femme de 93 ans de Drummondville qui a fait une chute dans sa résidence pour personnes aînées en septembre 2020 aurait pu être traitée au moins une heure plus tôt si la répartitrice avait pris en considération les problèmes de respiration de la patiente.

Il aura fallu trois appels au 911 et une heure et demie d’attente pendant lesquelles la patiente «criait [...] souffrait de plus en plus, délirait, tremblait» et présentait des difficultés respiratoires pour que la nonagénaire soit vue par un premier ambulancier.

«Il est assez aisé de croire que si la procédure avait été respectée par les services préhospitaliers, les ambulanciers auraient pu se diriger vers la patiente environ 58 minutes plus tôt», a estimé le coroner, Yvan Garneau.

Car dès le deuxième appel, logé une quinzaine de minutes après le premier, la répartitrice a été mise au courant des difficultés respiratoires de la patiente. Au total, cette dernière a attendu environ une heure et demie.  

Si le coroner ne peut «affirmer que le délai d’attente d’attente a été contributif au décès», il est d’avis qu’une affectation plus rapide aurait «diminué les insupportables souffrances vécues par cette dame d'un grand âge».

Morte après une heure et quart par terre chez elle

Une femme de 67 ans de Laval qui a chuté dans son cadre de porte est morte d’asphyxie après avoir attendu les services d’urgence pendant plus d’une heure face contre terre en mai 2020.

Dans les minutes suivants le premier appel, le conjoint de la sexagénaire indique aux services d’urgence qu’elle éprouve des difficultés respiratoires et qu’elle est incapable «de parler, de pleurer, de tousser ou même d’avaler sa salive». Or, vu sa corpulence, il n’était pas en mesure de la retourner sur le dos pour l’aider à respirer.

«Il est clair que ce décès aurait pu être évité [...] Au lieu de modifier la priorité de 4 à 1, l’infirmière a plutôt demandé au conjoint de téléphoner au 911 s’il constatait que [la patiente] avait des difficultés respiratoires», a déploré la coroner, Denyse Langelier.

Dans son rapport, elle juge le délai avant l’arrivée des ambulanciers comme «inacceptable» et «déraisonnable» et questionne la qualité du diagnostic porté par l’infirmière. À son avis, une intervention plus rapide aurait probablement permis de la retourner pour qu’elle puisse respirer.

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