Meurtres conjugaux: des crimes qui hantent des proches de victimes

Nora T. Lamontagne
Des proches de victimes de meurtres conjugaux sont horrifiés par la fréquence des violences contre les femmes qui ont déjà coûté la vie à six d’entre elles en 2021.
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« Ça vient me rentrer dedans à chaque fois. Dans mon esprit, c’est toujours une autre mort qui aurait pu être évitée », témoigne Annie St-Onge, dont la sœur, Christine, a été assassinée en 2018 au Mexique par Pierre Bergeron, un homme qu’elle fréquentait depuis peu.
Depuis janvier, six femmes ont ainsi perdu la vie aux mains d’un homme violent, comparativement à huit pour tout 2020.
Véritable fléau
Bien que les accusations portées au criminel soient à la hausse depuis cinq ans, Éric Boudreault n’ose imaginer à quel point est répandue la violence conjugale, dont sa fille de 18 ans a été victime en 2017.
« Ça, c’est juste les accusations. Ça fait peur », dit-il.
Daphné Huard-Boudreault, par exemple, n’avait pas souhaité porter plainte envers son ex-conjoint quand elle s’était présentée au poste de police de Beloeil.
Cela fera quatre ans demain qu’elle a été poignardée à mort par Anthony Pratte-Lops après leur rupture, un anniversaire toujours douloureux pour son père.
« Même si j’ai de la peine cette journée-là, il faut que je la vive », laisse-t-il tomber.
Un processus complexe

Qu’autant de victimes rassemblent le courage d’entamer des procédures judiciaires contre leur agresseur est néanmoins « vraiment une bonne chose », insiste Geneviève Caumartin.
Sa mère, Francine Bissonnette, 62 ans, a été tuée par son conjoint Daniel Déry en 2016 alors que le couple était sur le point de se séparer.
Mme Caumartin rappelle les nombreuses embûches qui se dressent sur le chemin des victimes qui désirent obtenir justice, de la peur des représailles à la complexité du système.
« Ça peut paraître insurmontable », résume-t-elle.
Changer la donne

Depuis le drame qui a ébranlé leurs familles, Annie St-Onge et Éric Boudreault militent pour aider les victimes de violences conjugales, notamment en demandant un meilleur encadrement quand elles portent plainte.
« On n’a pas pu protéger [Christine]. Mais est-ce qu’on serait capables d’en protéger d’autres pour ne plus que ça arrive ? » demande avec espoir Mme St-Onge.
Geneviève Caumartin a pour sa part fondé la branche québécoise d’un organisme qui facilite le déménagement des personnes qui fuient de telles violences.