Des déménagements frustrants, épuisants, mais satisfaisants

Malgré les pépins et le manque de logements, l’entraide était au rendez-vous jeudi

Elsa Iskander

2021-07-02T03:09:32Z

Des milliers de familles et d’amis se sont réunis jeudi à Québec, non pas pour célébrer le 1er juillet, mais plutôt pour déménager leurs proches. Pendant que certains enchaînaient les déménagements, d’autres bénéficiaient d’une aide précieuse venue de loin alors que les plus malchanceux découvraient de mauvaises surprises dans leur nouveau logement. Surtout, plusieurs ménages n’avaient toujours pas trouvé de logement. En cette «journée nationale» du déménagement, Le Journal a arpenté les rues de la Vieille Capitale, jeudi.

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Plusieurs ménages sans toit  

Véronique Laflamme
Véronique Laflamme Photo courtoisie

À Québec, environ 40 ménages n’ont pas trouvé de logement ce 1er juillet. Une trentaine d'entre eux sont constitués de personnes qui étaient déjà logées dans des ressources intermédiaires ou spécialisées. Six ménages ont été relogés de façon temporaire chez des personnes de leur entourage. Aucun d’entre eux ne se retrouvera à la rue, assure l’Office municipal d’habitation de Québec, qui a reçu quelque 250 demandes d’aide de personnes à la recherche d’un logement depuis janvier.

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Des organismes de défense des droits des locataires estiment que ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg. «Je pense qu’on échappe du monde», soutient Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au BAIL. «Des dizaines de ménages sans bail, des loyers qui n’ont jamais autant augmenté depuis plus de 15 ans, un nombre record de cas de réno-évictions et, aussi, une augmentation d’au moins 50% du nombre de demandes de locataires en difficulté auprès du BAIL ces derniers mois, ce sont des indices clairs: on vit une crise du logement à Québec», avance-t-il. 

«Le taux d’inoccupation a monté, mais, dans plusieurs quartiers centraux, il y a une hausse accélérée du prix du loyer. Il y a un effritement du parc de logements locatifs qui sont encore abordables», souligne aussi Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.

De mauvaises surprises  

À Sainte-Foy, cet homme a démontré ses talents de déménageur en transportant un matelas sans aide.
À Sainte-Foy, cet homme a démontré ses talents de déménageur en transportant un matelas sans aide. Photo Stevens LeBlanc

La recherche de logement s'est bien déroulée pour Lilianne Masson et sa colocataire. Cependant, en arrivant sur les lieux, le nettoyage était de rigueur. «Quand tu en as trouvé un de ton goût, il faut vraiment être très rapide. Je m’y suis prise début mars», raconte l’étudiante originaire de Montmagny. «On a été surprises en rentrant, on ne s’attendait pas à ce que ça soit aussi sale... les murs sont jaunes. On frotte depuis une heure!» lance Mme Masson, avec le sourire, malgré tout. Les locataires d’avant «n’étaient pas gênés, mais moi, à leur place, j’aurais été gênée.» 

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Jessy Boileau, également étudiante, n’a pas eu beaucoup de difficulté à se loger, ayant commencé ses recherches en avril. Et ce, même si elle a un animal de compagnie. «On vient juste d’arriver, dit-elle en débarquant des meubles du véhicule, avec sa famille en renfort. On n’avait pas visité les lieux avant.» Le réfrigérateur et le poêle étaient censés être inclus, mais ni l’un ni l’autre n’étaient présents, se désole-t-elle. 

Bienvenue, les nouveaux voisins!  

Photo courtoisie
Photo courtoisie

L’organisme Service d’entraide Basse-Ville, à Québec, a mis sur pied une escouade de bénévoles chargés d’accueillir les nouveaux voisins dans les rues du quartier Saint-Sauveur. «L’objectif est simple: c’est d’accueillir les gens qui emménagent dans le quartier. On leur souhaite la bienvenue et on leur offre une boisson fraîche et une collation. Cela nous permet de partager avec eux l’ambiance qui règne dans le quartier», explique Juliette Bastide, chargée de projets.

L’initiative Voisins solidaires marque le 50e anniversaire de Service d’entraide Basse-Ville. «Avec la pandémie, on a besoin de renouer les contacts», ajoute Mme Bastide.  

Une dizaine de personnes ont pris part à cette mission en sillonnant les rues du quartier. «Les gens sont très enthousiastes», souligne-t-elle.

Une grosse semaine  

Mahïka Routhier n’en était pas à son premier déménagement cette semaine, mais était de bonne humeur malgré tout. Les deux derniers jours, elle avait aidé sa mère à Saint-Georges-de-Beauce. «Mardi soir, ça a été assez rapide, mais mercredi, ils ont fini à 4h du matin», raconte l’étudiante, qui déménageait elle-même jeudi dans un autre appartement de Sainte-Foy. Guylaine Hébert, la mère du conjoint de Mahïka, lui donnait un coup de main, avant de déménager sa propre fille. Avec deux déménagements la même journée, «disons que je n’irais pas courir ce soir», blague l’enseignante. «On est quand même chanceux, parce qu’il ne fait pas trop chaud», ajoute-t-elle.

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La valse des visites  

Bertrand Verreault (en vert) et sa conjointe ont eu un coup de pouce d’amis pour vider leurs deux appartements, alors qu'ils emménageaient ensemble.
Bertrand Verreault (en vert) et sa conjointe ont eu un coup de pouce d’amis pour vider leurs deux appartements, alors qu'ils emménageaient ensemble. Photo Stevens LeBlanc

Myriam Van-Winden et Bertrand Verreault emménageaient ensemble; ils avaient deux appartements à vider, avec l'aide d'amis qui avaient tous reçu au moins une dose du vaccin. Par contre, le véritable travail s’est fait en amont, puisque les logements s’envolaient. «Chaque fois qu’on trouvait quelque chose, on était au moins 10 à vouloir visiter», relate Mme Van-Winden. Ce chiffre a même frôlé la cinquantaine, une fois. Pour leur nouvel appartement dans le quartier Limoilou, comme ils étaient les premiers visiteurs de la journée, ils ont tout de suite dit au propriétaire: «On le veut!» Outre le nombre de demandeurs, les prix des loyers étaient aussi plus élevés qu’anticipé. «C’était tout plus cher que ce qu’on voulait», selon Mme Van-Winden. 

Des kilomètres de route  

Le va-et-vient des déménagements était bien visible jeudi dans plusieurs rues près de l’Université Laval, comme la rue Myrand.
Le va-et-vient des déménagements était bien visible jeudi dans plusieurs rues près de l’Université Laval, comme la rue Myrand. Photo Stevens LeBlanc

Plusieurs personnes venues aider leur entourage avaient fait des kilomètres de route avant même de commencer à transporter les meubles. C’était le cas, notamment, dans la rue Myrand, à Sainte-Foy, où vivent plusieurs étudiants. Abdel Soumaila et d’autres membres de son entourage sont venus de Montréal pour prêter main-forte à un ami. Ils étaient occupés à agencer les meubles pour qu’ils puissent tenir sur la remorque, ce qui était en soi un petit casse-tête: «On joue aux Lego», blague-t-il. 

«C’est encore pire à Montréal! C’est un peu plus “rushant”», fait remarquer Félix Lepage, qui vit dans la métropole, mentionnant les rues à sens unique et étroites. «Au moins, ici, il y a de la place dans la rue», note-t-il. 

Félix Lepage est venu de Montréal pour aider un ami à Sainte-Foy.
Félix Lepage est venu de Montréal pour aider un ami à Sainte-Foy. Photo Stevens LeBlanc

Luc Lacroix et sa conjointe avaient fait plus de six heures de route la veille en partance de l’Outaouais, avec une remorque, pour venir aider leur fille qui reste à Québec. «Aujourd’hui, c’est une journée pleine. Mais, demain, on va relaxer!» dit-il en riant. 

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