Des démocrates sur le sentier de la guerre

AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2020-09-21T11:20:39Z

Les démocrates et Joe Biden n’ont guère eu le temps de célébrer la performance rassurante de l’ancien vice-président lors du plus récent town hall (assemblée publique télévisée). Les médias n’avaient pas fini de souligner son énergie et la maîtrise de ses dossiers qu’on annonçait le décès de la juge Ruth Bader Ginsburg.

Si le président Trump a souligné la disparition d’un colosse du Droit, d’une combattante et d’un esprit brillant, le meneur de la majorité républicaine du Sénat s’empressait de souligner qu’il attendait une nomination du président, tout en assurant qu’il demanderait rapidement une confirmation.

La vie et l’œuvre de la juge Ginsburg auraient assurément mérité une pause de jeux politiques partisans plus longue, mais à moins de deux mois de l’élection du 3 novembre, les républicains se doivent d’agir rapidement. Il n’est pas impossible qu’ils perdent à la fois la présidence et la majorité au Sénat. Si l'on souhaite augmenter le nombre de juges plus conservateurs à la Cour suprême, il leur faut agir maintenant.

Le président américain a parfaitement le droit d’agir avec célérité dans ce dossier et les sénateurs républicains disposent encore d’une faible majorité. Alors pourquoi les démocrates hurlent-ils depuis deux jours? Tout simplement parce que sous l’administration Obama, les républicains ont inventé une règle qui n’en est pas une pour bloquer la nomination de Merrick Garland, le candidat de Barack Obama pour succéder au conservateur Antonin Scalia.

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Mitch McConnell et ses collègues républicains avançaient alors qu’on ne peut procéder à la nomination d’un juge pendant la dernière année d’un mandat présidentiel. Pendant presque toute une année, on a ainsi refusé d’étudier le dossier de Garland.

L’hypocrisie est flagrante à moins de 50 jours du vote. Je peux bien penser qu’ils agiraient de la même manière dans la situation inverse, les démocrates montent donc aux barricades pour dénoncer la supercherie et on ressort les nombreuses déclarations de sénateurs qui doivent maintenant se contredire.

Outre un appel à un manque de sens moral, que peuvent faire les démocrates? À la fois peu et beaucoup. Si, comme ce fut le cas lors du vote sur la question de la destitution de Donald Trump, un nombre suffisant de républicains appuient le candidat ou la candidate du président, le sort en sera jeté.

Depuis hier, cependant, quelques démocrates font peser des menaces bien plus graves que ce à quoi se réfère Joe Biden et ses stratèges. Si on va de l’avant, ce sera l'un des chapitres les plus violents de la guerre politique entre les deux formations.

Comme les démocrates n’espèrent pas bloquer une nomination rapide, ils font miroiter à leurs adversaires ce que pourrait représenter une victoire démocrate pour la présidence et la majorité au Sénat. 

Ainsi, ils disent envisager la fin du filibuster (obstruction parlementaire de la minorité), l’ajout de deux nouveaux États à l’union américaine (Washington D.C. et Porto Rico favorisent les démocrates, donc quatre sénateurs de plus) et une modification du nombre total de juges à la Cour suprême. 

D’autres modifications pourraient s’ajouter à celles que je viens d’énumérer, mais je voulais souligner les plus importantes. Il n’est pas impossible qu’on puisse matérialiser ces menaces, mais l’exercice serait périlleux. Non seulement les démocrates dévoilent leur jeu très rapidement, mais on dénaturerait encore un peu plus un système élaboré autour de la notion de compromis.

Chaque fois qu’on se demande si la situation peut se détériorer encore un peu plus ou qu’on croit en avoir terminé avec les surprises, l’actualité se charge de nous fournir de nouveaux exemples d’enjeux autour desquels on ne parvient plus à s’entendre. 

Pour la période qui nous sépare du vote du 3 novembre, oublions l’éthique, la morale et les grands principes. Dans ce sport extrême qu’est la politique américaine, tous les coups sont permis et les arbitres ont rangé leur sifflet.

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